Bernard Jomier: «Créer une force écologiste capable d'affronter les scrutins majoritaires»

Mediapart a adressé un questionnaire à des représentants des différentes motions d'orientation stratégiques présentées au suffrage des Verts dimanche 16 novembre. Pour la liste Rassembler les écologistes, changer les Verts (motion B, RECV), Bernard Jomier répond.Lire aussi la réponse de Denis Baupin (Unir): «La ligne de partage politique passe entre les productivistes et les écologistes» 

Mediapart a adressé un questionnaire à des représentants des différentes motions d'orientation stratégiques présentées au suffrage des Verts dimanche 16 novembre.
Pour la liste Rassembler les écologistes, changer les Verts (motion B, RECV), Bernard Jomier répond.

Lire aussi la réponse de Denis Baupin (Unir): «La ligne de partage politique passe entre les productivistes et les écologistes»

 

 

Faut-il refonder l'écologie politique et si, oui, sur quelles bases?

Oui. Les Verts, parti de l'écologie politique, ne peuvent se satisfaire de leur audience alors que les idées écologistes sont largement reconnues par l'opinion publique. Nous devons nous ouvrir largement en tendant la main à celles et ceux qui mènent des combats écologistes, à celles et ceux qui se reconnaissent dans la nécessité d'une orientation écologique de nos politiques publiques. C'est le sens du Rassemblement des écologistes en marche pour les élections européennes.

 

Le mouvement doit-il rester à gauche et revenir sur des fondamentaux environnementalistes?

Le projet politique écologique comprend différentes facettes : environnementale, sociétale, économique et sociale qui ont une cohérence d'ensemble. Il ne faut rien retirer. Ce projet dessine une société où la course aux consommations cède le pas au partage solidaire des ressources. Etre écologiste, c'est comprendre que le libéralisme économique, institué en dogme planétaire, épuise la planête et les hommes. C'est comprendre que produire toujours plus, c'est dégrader toujours plus notre environnement, nos rapports sociaux et in fine notre qualité de vie. La remise en cause du dogme libéral et du productivisme sont certes peu avancés dans la gauche traditionnelle, mais ils le sont encore moins à droite.

 

Les Verts doivent-ils se situer comme un complément ou une alternative au Parti socialiste? Pourquoi?

Les Verts doivent s'attacher à dépasser leurs frontières actuelles pour créer une force écologiste capable d'affronter les scrutins majoritaires. L'importance des idées écologistes pour notre futur nous impose la responsabilité de mettre fin à nos querelles incompréhensibles, de rassembler celles et ceux qui pensent qu'il est temps d'agir pour changer notre monde. L'écologie n'a pas vocation à servir de complément à un parti en perte d'identité, mais à passer des accords pour faire progresser l'écologie dans notre quotidien, à tous les niveaux de décision. L'écologie est notre avenir.

 

L'écologie doit-elle servir la croissance économique ou tendre vers l'austérité et la décroissance?
Il serait gravement irresponsable de poursuivre la croissance de notre empreinte écologique : nous consommons déjà plus que ce que la planête peut supporter. La décroissance de notre empreinte doit nous amener à nous engager sur la voie d'une société plus sobre. Décroissance de nos consommations, oui, mais croissance des énergies renouvelables, croissance des circulations douces, croissance d'un habitat de qualité et croissance de la qualité de vie. La décroissance ne doit pas fragiliser celles et ceux pour qui les fins de mois sont difficiles à boucler; la décroissance, ce n'est pas l'appauvrissement, c'est une plus juste répartition et une plus grande modération de ceux qui ont beaucoup. C'est aussi un rapport plus juste entre les pays riches et les plus pauvres.


Pouvez-vous détailler trois mesures concrètes que propose votre motion?
Le congrès d'un parti politique, c'est le temps du choix d'une orientation stratégique. La notre est de mener les Verts à se transformer par le Rassemblement des écologistes. Pour cela, nous proposons un congrès constituant à l'automne 2009. Nous voulons passer d'un petit parti de moins de 10.000 adhérents, trop peu ouvert, à un mouvement entrainant celles et ceux qui partagent les idées écologistes. Nous avons ainsi le projet d'une fondation qui ferait vivre la pensée écologiste.

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