Jean-Vincent Placé: «Apporter des réponses aux crises économique, sociale et environnementale»

Mediapart a adressé un questionnaire à des représentants des différentes motions d'orientation stratégiques présentées au suffrage des Verts dimanche 16 novembre.Pour la liste L'Espoir en actes (motion E, EEA), Jean-Vincent Placé répond.Lire aussi les réponses de Bernard Jomier (RECV): «Créer une force écologiste capable d'affronter les scrutins majoritaires» et de Denis Baupin (Unir): «La ligne de partage politique passe entre les productivistes et les écologistes».

Mediapart a adressé un questionnaire à des représentants des différentes motions d'orientation stratégiques présentées au suffrage des Verts dimanche 16 novembre.
Pour la liste L'Espoir en actes (motion E, EEA), Jean-Vincent Placé répond.

Lire aussi les réponses de Bernard Jomier (RECV): «Créer une force écologiste capable d'affronter les scrutins majoritaires» et de Denis Baupin (Unir): «La ligne de partage politique passe entre les productivistes et les écologistes».

 

 

 

Faut-il refondre l’écologie politique et si oui, sur quelles bases ?

L’écologie politique est un projet de société global, qui intègre la complexité du monde dans ses réponses. Pour chaque situation, dans chaque action, l’écologie politique articule les problématiques sociales, environnementales, économiques et démocratiques et les différentes échelles temporelles et spatiales. Quand on défend la consommation de produits alimentaires bio et de proximité, on se préoccupe de la réduction de la consommation énergétique, de la biodiversité, des rapports Nord-Sud, des conditions sociales de production, de la santé des consommateurs et des producteurs, etc.

Cette approche, aujourd’hui plus que jamais, nous semble la seule à même d’apporter des réponses efficaces aux crises économique, sociale et environnementale. Certes, au vu de l’accélération des crises, il est nécessaire de revisiter le projet de l’écologie politique, de l’actualiser, de l’améliorer, de l’approfondir encore, de le décliner dans de nouvelles mesures concrètes, mais la pertinence de son mode de raisonnement en fait la pensée politique du XXIe siècle, seule porteuse d’une véritable alternative.

Le projet de société porté par l’écologie politique est aux fondements de beaucoup de luttes : nombre de militants pour la régularisation des sans papiers, d’associations environnementalistes, de mouvements féministes, d’associations d’éducation populaire…partagent ce projet de société. Il s’agit aujourd’hui de rassembler toutes celles et ceux qui portent cette même vision de la société, sur une ligne cohérente. Tel est le sens du rassemblement des écologistes, de Bové à Hulot, qui est en train de se concrétiser.

 

Le mouvement doit-il rester ancré à gauche ou revenir sur des fondamentaux environnementalistes ?

Le projet de transformation de l’écologie politique s’inscrit clairement dans les valeurs portées par la gauche. Il s’agit bien de préserver l’avenir de la planète dans un souci de solidarité à l’échelle mondiale et de manière démocratique. Pour Les Verts, cependant, on ne peut continuer à penser que la course à toujours plus de croissance va permettre d’apporter des réponses aux urgences sociales et environnementales : il faut remettre en cause les fondements productivistes de nos sociétés. Or, à gauche, aujourd’hui, à part, les Verts, la nécessité de la mise en œuvre d’un nouveau modèle de développement qui allie les exigences sociales, environnementales et démocratiques, n’est pas encore acquise. Pourtant, il s’agit de la seule alternative capable de permettre de donner les moyens de choisir sa vie à chacun et chacune et d’améliorer sa qualité de vie.

Par exemple, sur la question de l’eau : il s’agit de protéger cette ressource, ici mais aussi de par le monde, mais aussi de permettre l’accès de tous et toutes, partout sur la planète, à une eau à un coût raisonnable. Et se battre pour cela, c’est à la fois lutter contre les pollutions de l’eau, contre les multinationales qui maximisent leurs profits sur cette ressource naturelle, œuvrer pour la municipalisation de l’eau dans toutes les collectivités, etc…

Pour nous, on ne peut être écologiste sans partager les valeurs de gauche de solidarité, de justice sociale, de démocratie, …Et même, pour aller plus loin, aujourd’hui, on ne peut être de gauche sans être écologiste. Car la solidarité à l’échelle planétaire comme à l’échelle locale ne peut exister sans prendre en compte les incidences environnementales de nos actes.

 

Les Verts doivent-ils se situer comme un complément ou une alternative au Parti socialiste ?

Les Verts portent un projet politique global et autonome. C’est un projet original, un projet de transformation qui portent des propositions radicales, inventent de nouveaux modes de vie. Il n’a pas vocation à constituer un supplétif d’un autre parti dont l’écologie ne serait qu’un accessoire, car ce serait renier l’originalité et la globalité de son projet. De fait, Les Verts s’opposent clairement à la droite, dont nous constatons chaque jour la capacité à accroître la précarité, renforcer le libéralisme économique, détricoter les droits sociaux, réduire les libertés publiques. Mais Les Verts constituent également une alternative à l’ensemble des autres partis de gauche, PS, PCF, et y compris le NPA… Sortir du productivisme et du libéralisme économique sont nos deux priorités, nous devons les concilier, nous avons l’exigence de n’en prioriser aucune car nous sommes convaincus que sur le long terme, c’est la seule issue possible.

 

L’écologie doit-elle servir la croissance économique ou tendre vers l’austérité et la décroissance ?

Décroissance ne signifie ni austérité, ni récession comme on l’entend parfois. Agir pour une meilleure qualité de vie pour chacun et chacune, alors que les besoins vitaux ne sont pas assurés pour tous et que les ressources naturelles ne sont pas inépuisables, passe par un mouvement démocratique vers une décroissance sélective, équitable et solidaire.

La notion de croissance renvoie à un indicateur dépassé qu’est le PIB : il faut recourir à de nouveaux indicateurs de richesse. Nous, nous voulons faire croître le bonheur et faire décroître la précarité. Nous voulons faire croître les transports collectifs, les énergies renouvelables, l’agriculture biologique, ….Nous voulons faire décroître les pollutions, les déchets, l’énergie nucléaire, ….

On voudrait nous faire croire que c’est en consommant toujours plus, en achetant toujours plus de biens, que nous serons plus heureux. Pourtant, ce n’est pas forcément parce qu’on a le dernier gadget à la mode que l’on vit mieux. Il s’agit bien de proposer de nouveaux modes de vie, qui passent notamment par de nouveaux modes de production et de consommation, qui peuvent en outre aller dans le sens d’une société plus conviviale : « Plus de liens, moins de biens. » Ce n’est pas une vision « triste » mais au contraire pleine d’espoir que nous proposons, l’espoir d’une société plus solidaire et d’une qualité de vie améliorée.

Par exemple, en mutualisant des outils ou des accessoires, au sein d’un immeuble ou d’un quartier, on peut réduire le besoin de productions et in fine les déchets. En allant vers des modes de partage ou de location, en intégrant l’ensemble des coûts dans un produit (y compris son coût de recyclage ou de destruction), en relocalisant l’économie, on contribue à réduire notre empreinte énergétique. Et comme nous n’avons qu’une planète, et non 3, si nous ne voulons pas que des changements s’imposent par eux-mêmes, au détriment des plus défavorisés et de manière autoritaire, nous devons anticiper.

Comme le dit André Gorz, « la redéfinition autonome d’un modèle de vie visant à faire plus et mieux avec moins suppose la rupture avec une civilisation où on ne produit rien de ce qu’on consomme et ne consomme rien de ce qu’on produit ».

 

Pouvez-vous détailler trois mesures concrètes que propose votre motion ?

L’écologie politique est un projet global, et il est difficile de cibler uniquement trois mesures sans risquer de ne donner qu’une vision parcellaire. Cependant, à quelques mois d’échéances européennes, nous faisons des propositions qui vont dans le sens de la construction d’une Europe solidaire et démocratique. Car l’Europe sera écologiste ou ne sera pas.

  • Instaurer un véritable gouvernement économique européen. Nous le constatons aujourd’hui, les réponses crédibles et efficaces aux crises économiques et environnementales doivent être portées au niveau européen. Mais les modes de gouvernance actuels ne permettent pas une réelle politique européenne. Et si Sarkozy fait beaucoup de vent, en réalité, il n’a pas les moyens d’agir réellement. Seule une gouvernance européenne pourrait permettre de réorienter profondément les politiques économiques, pour sortir de la spirale négative dans laquelle nous sommes. Cela doit notamment permettre de développer des secteurs d’activités « verts » et des services publics européens. Il y a en effet urgence à sortir du tout marché les transports collectifs, l’eau, la formation, l’énergie,…
  • Mettre en place une politique d’immigration européenne d’ouverture, qui concilie les valeurs d’humanisme aux fondements de l’Union européenne, et une mondialisation solidaire. L’Europe forteresse n’est de toute façon pas une solution, ni à court terme, ni à moyen terme. Pour nous, l’immigration est une chance pour l’Europe.
  • Renforcer le parlement européen pour permettre d’aller vers une Europe démocratique plus proche des citoyens et citoyennes.

 

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