Billet de blog 23 août 2012

Marche pour la vie : arrêt immédiat du nucléaire! Oui à la vie!

Gaiga Kaunta
Abonné·e de Mediapart

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A l'appel du Collectif antinucléaire de Vaucluse (CAN84) une "Marche pour la Vie" a lieu du 18 au 25 août 2012 sur les routes du Vaucluse, du Gard et de la Drôme, au coeur du triangle de la mort nucléaire Cadarache-Marcoule-Tricastin. Un seul mot d'ordre réunit les marcheurs à pieds, à vélo, à cheval, en rollers, qui relient les 3 sites nucléaires civils et militaires... : arrêt immédiat du nucléaire! Oui à la vie!

En finir sans attendre et une bonne fois pour toute avec le crime quotidien de la destruction atomique : tel est le sens et l'objectif de la "Marche pour la Vie" initiée par le CAN84.

Les citoyennes et citoyennes relient par étapes sur 8 jours les 3 sites emblématiques de l'obscurantisme scientiste et des atteintes à la santé et à la vie qu'ils imposent aux populations et aux territoires. Le trajet s'accomplit en totalité ou par étape le matin ou l'après-midi et selon les modalités de chacun : à pieds, à cheval, à vélo, en rollers, à dos d'âne, ou par tout autre moyen.

. A chaque étape une "escouade" de volontaires se rend dans le village ou la ville-étape pour rencontrer la population locale, l'informer, la documenter et l'appeler à l'action contre le crime nucléaire. Des photos de victimes du nucléaire sont exposées.

. A chaque étape les élu-e-s locaux sont interpellé-e-s pour prendre position, par une délibération du Conseil municipal, pour la mise à l'arrêt des installations nucléaires qui portent atteinte au quotidien par leur contaminations radioactives à la santé et à la vie.

. A chaque étape sur les lieux nucléaires une rencontre-discussion est proposée aux salarié-e-s du nucléaire et à leurs organisations syndicales

. A l'étape du soir est organisée une rencontre favorisant les discussions, projets d'actions, concertations (les musiciens sont invités à apporter leur instrument de musiques à corde, à vent et percussions)

VOUS POUVEZ ENCORE LES REJOINDRE  !!!

Contact participant-e-s: collectifantinucleaire84@hotmail.fr
Site internet: www.coordination-antinucleaire-sudest.org


Contact presse: 06 60 76 04 03  jean.revest@free.fr

Pour vous donnez une idée de l'ambiance voici compte-rendu du 6ème jour de marche, par Jean Revest

Les marcheurs ont à présent leur rythme, soutenu parfois. Leur détermination est encore plus renforcée depuis l'accueil chaleureux de ces derniers jours. Aujourd'hui c'est le second plongeon vers les salariés du nucléaire et le site nucléaire de Marcoule (Gard) haut lieu de la bombe atomique française et de l'interpénétration du nucléaire civil et du nucléaire militaire...


__

 
8h00 – Le groupe s’élance à l’assaut de la route qui va les conduire à Marcoule en passant par les villages de St-Geniès de Comolas et Codolet dans le Gard. Après avoir déjà parcouru 115km à pieds ou a vélo sous un soleil de plomb ils ont déjà traversés les Bouches-du-Rhône puis le Vaucluse. Cinq jours de marche pour la vie.


11h30 – Codolet. Le rythme est soutenu et les kilomètres avalés bien rapidement. Trop rapidement pour certains et certaines. Il faudra en discuter ce soir au « débriefing ». Les marcheurs et marcheuses se dirigent à présent vers la mairie pour rencontrer l’édile local qui, bien qu’ayant reçu une demande de rendez-vous depuis le mois de mai, est resté bien silencieux. « Aucun élu n’est présent » affirme la Secrétaire Générale qui prend note des motivations des marcheurs et y oppose le pseudo-argument fort éculé de l’emploi. Elle s’engage toutefois à transmettre au maire le dossier « faits et arguments pour l’arrêt immédiat du nucléaire » pour une mise à l’ordre du jour d’un prochain Conseil municipal. Grand doute donc et à suivre de très près…


13h00 – Les banderoles et drapeaux se déplient un peu plus à l’approche du site nucléaire de Marcoule, haut lieu de la mise au point de la bombe atomique tricolore si emblématique, avec ses multiples installations du lien étroit entre nucléaire militaire et nucléaire dit « civil ». La télé régionale est présente, la presse locale aussi. La côte est raide.


De nouvelles personnes rejoignent les marcheurs. Il y a là un arc-en-ciel de nationalités et d’origines : une lituanienne, deux espagnols, trois italiens, deux autrichiennes, un allemand, deux catalans, deux japonaises, des vauclusiens, des gardois et une multitude d’autres antinucléaires venus des quatre coins de la France. On y parle aussi l’espéranto.


Pendant près de 2 heures ici, comme à Cadarache où ils l’avait tenté au début de la marche, les « marcheuses et les marcheuses de la Vie » s’adressent aux salariés. Et là : ça marche ! Que se passe-t-il soudain ? Déjà il y a deux jours on avait senti dans la population de Caumont (Vaucluse) une ouverture, une écoute, un besoin d’envisager autre chose, de mettre fin au nucléaire.

 
 
Là, au cœur même du monstre, très vite les vitres des fenêtres s’abaissent et les tracts passent de main en main. A chaque voiture sa discussion, tandis qu’une immense banderole blanche et noire « arrêt immédiat du nucléaire » barre l’entrée du site.


Dès le mois de mai le CAN84 avait proposé aux syndicats et élus du personnel une rencontre. Histoire de mettre un terme à la barrière artificiellement dressée par le lobby nucléaire entre salariés du nucléaire et les populations et qui ne profitent qu’aux forces de la mort et de la prédation. La proposition était resté lettre morte. Aussi quelle surprise de voir un tel décalage entre l’attitude encore fermée des syndicats et celle des travailleurs bien plus conscient que cela ne peu pas durer encore comme cela.


La gendarmerie organise la file de véhicules et de cars qui s’allonge à présent sur plusieurs centaines de mètres. Les responsables de la sécurité du site s’inquiètent, viennent demander quelques infos de timing auprès des organisateurs. Pas de tentative d’impressionner les citoyens présents mais on sent bien qu’il suffirait d’un ordre venu de la hiérarchie ou d’une attitude inadaptée d’un manifestant pour que tout bascule. La détermination sereine est de mise. Et cela fonctionne.

   
Portant brassard noir au bras et, au cou, photos de victimes des catastrophes nucléaires de Fukushima et Tchernobyl, le discours est implacable. On parle bien de morts, d’humains déssimés par la radioactivité, d’impacts implacables sur le vivant et la santé. Pas d’échappatoire possible. Le malaise est perceptible chez ceux qui tentent désespérément de se raccrocher aux vieux discours idéologique du lobby « vous voulez retourner à la bougie ». Comme si, hors du nucléaire il ne pouvait y avoir de salut alors que le nucléaire menace toute la planète d’une extermination finale et que 80% des pays vivent et se développent sans cette sordide création d’extrémistes. « N’attendons pas une catastrophe nucléaire majeure inéluctable en France » comme l’ASN (l’Autorité de Sûreté Nucléaire) » en confirme la possibilité.


Les marcheurs scandent à chaque passage de voiture « Fuku, Fuku, Fukushima aussi était très sûr ». Ca ne peut qu’ébranler l’esprit de ceux qui participent à la mise en œuvre du crime et se soumettent à l’Omerta des parrains nucléocrates. Finalement c’est peut-être des antinucléaires « radicaux » que viendra le salut. Maintenir de l’emploi, sécurisé la santé, améliorer l’économie, se libérer des lobby. Un tryptique cohérent qui place naturellement le « pourquoi ? » avant le « comment ? ».


14h30- La file des voitures de salarié-e-s s’est tarie. Les antinucléaires rendent à présent hommage à José (le travailleur mort l’an dernier lors de l’explosion du four de fusion de métaux radioactifs de la Centraco) et à ses autres compagnons victimes de l’ignominie des entreprises du secteur nucléaire. Devant les grilles du complexe militaro-industriel, ils organisent un sit-in au pied de la stèle censée vantée la puissance et la grandeur des entreprises criminelles. «  Un jour de plus est un jour de trop », « Arrêt immédiat du nucléaire, pas dans dix ans pas dans vingt ans ». Plusieurs prises de paroles rappellent le million de victimes à ce jour de la catastrophe nucléaire de Tchernobyl – et l’hécatombe n’est malheureusement finie- , les 4000 salariés irradiés à Fukushima et les millions d’autres qui développeront dans les années à venir des pathologies handicapantes ou mortelles. Rappel aussi que c’est bien au quotidien, au jour le jour, que les installations nucléaires rejettent dans l’air et l’eau des radio-contaminants toxiques et destructeurs. Imposent la mort.


16h00 - Les marcheurs et marcheuses prennent à présent la direction de Bagnols s/Cèze avec une petite idée en tête. Dans cette ville trône le siège de Areva NC et autres filiales et structures impliquées dans la conception des réacteurs nucléaires et dans le terrifiant « Mox », le combustible du réacteur n°3 de Fukushima qui a explosé… et qui équipe aujourd’hui  plus d’une vingtaine de réacteurs nucléaires français.
Pas question de passer devant sans rien faire, sans rien dire, en détournant pudiquement le regard. Comme le font depuis des décennies ceux censés lutter institutionnellement contre le nucléaire. Depuis hier les marcheuses et marcheurs ont arrêté, en assemblée délibérative, leur action. Ils la mettent en œuvre au bon moment.

 
Rapidement, passant devant le siège d’ArevaNC, une trentaine de marcheurs et marcheuses déplient en quelque secondes une banderole de 10 mètres de long et pénètrent dans l’enceinte de l’entreprise. Ils en cernent les bureaux, s’installent devant l’entrée et bloquent la sortie. 3 à 4 minutes pas plus et voilà le fleuron de la modernité technologique isolé du monde extérieur.


 
Pas un blessé, pas une destruction, pas un affrontement. Une simple action citoyenne déterminée. Une façon de mettre en accusation et de signifier que, dorénavant, les nucléocrates ne pourront plus tuer tranquillement, placés sous le regard vigilant d’une partie de la population et de la société humaine. Brandissant les photos des victimes du nucléaire, scandant « Fukushima aussi était très sûr », les marcheur-e-s vont s’adresser à chaque salarié quittant son lieu de travail. On sent de la culpabilité et de la honte chez ceux à qui de grands manipulateurs avaient fait croire qu’ils étaient les maîtres du monde. Et ils y avaient crus… entraînant dans leur sillage la mort.


18h30 - Fin de marche à Bagnols/sur Cèze. La journée bien remplie et les 23 kilomètres parcourus autorisent une pause bien méritée. Le menu de la cantine autogérée "la Gamelle du Chat" préparé par J, C et C va, encore une fois, réjouir le palais des marcheurs et marcheuses pour la vie.

Demain : direction Pont-St-Esprit, départ à 8h.
photos Chris et wolakota

tous les autres compte-rendus ici :http://coordination-antinucleaire-sudest.net/2012/index.php?post/2012/08/19/La-Marche-pour-la-Vie-pour-l%E2%80%99arr%C3%AAt-imm%C3%A9diat-du-nucl%C3%A9aire-a-d%C3%A9marr%C3%A9-Jour-1#c156

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