Développement de l'hydrogène, attention à la précipitation

L'hydrogène est l'une des solutions énergétiques pour vivre dans une société permettant à tout le monde de vivre dignement et durablement. Prenons en compte les risques industriels dès maintenant plutôt que d'attendre des accidents.

L'ADEME (Agence de l'Environnement et de la Maîtrise de l'Énergie) vient d'ouvrir deux appels à projets pour l'hydrogène qui n'évoquent pas la sécurité des installations.
Se pose la question de la sécurité de ces installations. Cet été a eu lieu un incendie sur un site Seveso à Douai dans le Nord à cause d'une explosion d'hydrogène (H2) dans un site d'Air Liquide. 
L'incendie a eu lieu lors d'un déchargement d'hydrogène par un camion-citerne. 
Ce risque va se développer avec la volonté de réduire les émissions de CO2 en développant la filière à hydrogène notamment pour l'automobile et le ferroviaire

Cette filière n'est pas compétitive actuellement à cause de son mauvais rendement comparé à l'électrique. Une voiture à hydrogène consomme 1,7 fois plus que l'électrique. Le stockage par pile à combustible présente des risques et est aujourd'hui coûteux.
On produit de l'hydrogène soit par électrolyse de l'eau soit par le craquage d'hydrocarbures en chauffant du méthane. La seconde option qui ne règle pas le sujet des émissions de CO2 est choisie dans 95% des cas pour des raisons de compétitivité.
C'est sans parler des risques induits par la filière hydrogène comme le rappelle l'accident de Douai. D'ailleurs en 2019, en Norvège, une explosion dans un centre de distribution d'hydrogène a stoppée toutes ventes de véhicules utilisant cette énergie. 

L'hydrogène a des avantages certains.
Les vapeurs d'hydrogène sont bien moins inflammables que celles d'essence. (limite basse d'explosivité d'1,4% pour l'essence contre 4% pour l'hydrogène) même s'il faut reconnaître que l'hydrogène a une limite haute plus élevé supérieure à 75%.
Un réservoir d’hydrogène soumis à un feu ne présente d'ailleurs pas plus de danger qu’un réservoir de gaz naturel comprimé.
Les tests montrent que les valves de sécurité permettent de libérer la totalité du contenu du réservoir. Le réservoir en lui-même est donc sécurisé.
L'enjeu est donc que les bouteilles et réservoirs d'hydrogène soient tous équipés de valves de sécurité.

Le principal problème concerne les fuites potentielles car c'est la molécule de gaz la plus petite donc le risque de fuite est très important.
L'hydrogène est particulièrement dangereux car il s'enflamme avec 10 fois moins d'énergie que le gaz naturel (le méthane).
Un véhicule à hydrogène a besoin d'une pile à combustible (PAC) qui est un système électrochimique qui, alimenté en hydrogène, produit de l'électricité sans rejet de CO2.
Cette même pile fuit aujourd'hui régulièrement et les installateurs n’assurent pas ou très peu le service après vente.
Nous ne sommes donc pas encore prêt techniquement et opérationnellement à sécuriser au mieux cette filière.

Aujourd'hui, le marché de l’hydrogène est très petit au sein du monde de l'énergie. Mais le gouvernement vient d'annoncer un plan de relance pour la filière de 7 milliards d'euros sur les 30 milliards en faveur de la transition énergétique.
De nombreuses entreprises sans expériences vont donc se lancer sur le marché.
L'hydrogène apporte cependant une solution au stockage de l’énergie électrique de façon durable et écologiquement acceptable. Compte tenu des dangers du produit, il est fondamental de travailler au plus tôt.
L'enjeu principal est que les bouteilles et réservoirs d'hydrogène soient tous équipés de valves de sécurité.
N'attendons pas un accident pour réagir.
Avant le développement de l'hydrogène, travaillons sur la sécurisation des installations autour de cette technologie.
Et plus globalement, réfléchissons en amont du développement technologique d'une filière aux risques que nous acceptons de prendre et ceux que nous souhaitons éviter.

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