Une décennie de perdue pour le rugby français : le train-train des raisons bidons

On s'était laissé sur cette lancinante question : comment l'ovale tricolore en est arrivé là, c'est-à-dire en D2 mondiale après avoir eu l'outrecuidance de prétendre se hisser sur le toit du monde ?

On s'était laissé sur cette lancinante question : comment l'ovale tricolore en est arrivé là, c'est-à-dire en D2 mondiale après avoir eu l'outrecuidance de prétendre se hisser sur le toit du monde ?

Si personne ne conteste qu'elle ne gagne plus rien depuis 2010 et que son ratio match joué/perdu est le pire de l'histoire du rugby moderne, les raisons divisent.

Commençons par écarter les habituelles excuses à la con que t'en voudraient même pas dans ton carnet de liaison scolaire de 6ème.

Ainsi chaque année on a droit à :

- Tournée de novembre : les Bleuxv ne sont pas rodés, ils n'ont eu que quelques jours pour se préparer et retrouver des sensations collectives (on oublie en passant que les équipes du Sut sont en fin de saison et donc émoussées) ;

- Tournée de juin : les Bleuxv sont fatigués (on oublie en passant que les équipes du Sut sont en rodage). Admettons, sauf que si on prend le cas de Serin ou de Le Devedec, leur saison est finie depuis plus d'un mois et le moins que l'on puisse dire est qu'ils n'ont pas été très bons. En sens inverse, Gourdon qui a enchainé les matchs a été le plus en vue ;

Et entre les deux :

- Tournoi des 6 Nations, l'équipe est en reconstruction, l'objectif c'est la Coupe du monde.

Et tous les 4 ans on a droit à :

- Une préparation commando, pour la première fois le coach a pu travailler sur la durée avec le Groupe, les Bleuxv sont prêts et on va voir ce que l'on va voir... Bon là on a assez donné pour l'enfumage généralisé.

Enfin, on connait la rengaine, c'est la faute au TOP 14 !

De toutes les raisons évoquées, la seule qui vaille est celle-là mais pas pour les raisons que l'on pense le plus souvent.

Pour commencer, l'implacable logique recommande d’oublier de qualifier notre championnat comme le meilleur du monde s'il a pour effet de générer la pire équipe de France...

Mais, il est certain qu'en France la priorité est donnée aux clubs quoi qu'en disent leurs présidents délestés de leurs meilleurs joueurs à l'occasion des doublons internationaux. On se retrouve avec un TOP 14 riche de droits télé face à une FFR, vivant de ses rentes (et pratiquant l'impudeur jusqu'au sponsor maillot, dont l'absence jusqu'alors était le dernier refuge de la vertu fédérale). Pour le dire autrement, ce n'est plus l'équipe de France qui est la locomotive du rugby tricolore, mais les 14 wagons des clubs. Et il faut bien reconnaitre que la popularité (toute relative) de la gonfle doit plus au Top 14 qu'à l'équipe de France, même si cela reste (et c'est tant mieux) un sport régional. Pour le dire en termes marketés, si la gonfle gagne des parts de marché, elle doit plus à un TOP 14 survitaminé par ses stars étrangères, qu'à son XV de France anémié.

Il reste qu'incriminer le TOP 14 est une erreur, ce n'est qu'un contenant, le contenu reste de la responsabilité des clubs. Ce n'est pas la faute au championnat si Toulon espère le gagner en 2017 à la sauce bitteroise des années 70 ; rien n'empêche les clubs d'avoir pour modèle un jeu ambitieux comme celui pratiqué par les jaunards. Notre Top 14 n'empêche d'ailleurs pas les clubs français de régner sur l'Europe du rugby, et sans revoir son ambition à la baisse l'ASM s'est tout de même hissée en finale cette année. Sur le plan des individualités, Picamoles est-il plus fort depuis qu'il a quitté le Top 14 ?

Coupable idéal le TOP 14 n'est qu'un bouc émissaire, la vérité est ailleurs (une esquisse de réponse dans le billet ci-dessous).

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