Faux avion, fausse tong : le public veut comprendre le journalisme actuel...

Mais jusqu'où ira le sensationnalisme journalistique? Sur TF1, un avion foudroyé qui n'est pas celui ayant disparu entre Rio et Paris... Sur France 2, une tong qui flotte sur l'eau mais qui n'était pas celle d'un voyageur du vol AF447...

 

Voici quelques-uns des exemples que le site d'Arrêt sur images donne dans son émission du 5 juin après avoir visionné des journaux télévisés (http://www.arretsurimages.net/contenu.php?id=2012, accès payant). Des exemples de dérives médiatiques comme les médias français savent en produire régulièrement depuis des années (affaire d'Outreau, la mort annoncée précocement de Pascal Sevran, etc). On pourrait aussi parler des photos de victimes du crash publiées par des quotidiens français sans que l'accord de toutes les familles ait été obtenu.

 

Que faire pour circonscrire ces incendies endommageant la crédibilité des journalistes? Que faire pour accroître la conscience déontologique des professionnels de l'info?

 

Le 4 juin avait lieu à la Maison de la radio un colloque sur la possible création en France d'une instance de médiation nationale entre le public et les médias. Il était organisé par l'Association pour la préfiguration d'un conseil de presse (APCP, http://apcp.unblog.fr), dont je fais partie (précision déontologique utile ;). Conseil de presse, PAS un conseil de l'ordre, car ce serait un non-sens démocratique, mais un conseil d'éthique et de déontologie professionnelles, pour faire face aux dérives médiatiques.

 

Je vous assure que le 4 juin était une pierre de plus sur le chemin d'un dialogue possible entre éditeurs, journalistes et leur(s) public(s). Les 70 personnes présentes -des journalistes, des hommes de droit, des responsables syndicaux et associatifs, des professeurs et chercheurs, des citoyens un peu plus éloignés de la presse...- tous ont pu parler sans retenue des promesses et risques d'une telle instance de médiation. Surtout, des responsables de conseils de presse étangers (suisse, québécois et belge flamand) ont dit leurs réussites, leurs doutes, et détaillé l'impact des avis rendus sur des cas précis. Parfois, l'éditeur mis en cause par un lecteur/auditeur/téléspectateur n'a pas publié l'avis mais cela a été repris par un de ses concurrents. Parfois, l'éditeur a compris que telle dérive devait être à tout prix empêchée.

 

En France, il existe bien le CSA (conseil supérieur de l'audiovisuel), instance qui régule la radio et la télévision , mais ses liens avec le gouvernement lui font perdre une certaine légitimité et brident ses initiatives en matière déontologique. Le CSA dira-t-il qu'une vieille image d'un avion utilisée pour illustrer le crash récent d'un autre est une entorse à l'information honnête? Peut-être, mais pour l'instant on ne voit rien venir, ce n'est pas dans ses missions.

 

Une instance de médiation nationale, indépendante du pouvoir politique, aurait au moins le mérite d'expliquer aux publics comment les journalistes travaillent (en bien ou en mal), comment une dérive se forme, ou comment une soi-disant dérive n'en est pas une. Tous les cas de figure sont possibles.

Dans cette affaire, tout le monde peut y gagner car c'est une culture de la pédagogie qui pourrait s'installer dans la profession. Chers confrères journalistes, n'ayons pas peur d'expliquer notre métier ! Et parfois de faire amende honorable quand on s'égare vraiment!

 

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