La fable déontologique du rapport Giazzi

Le rapport sur les médias et Internet, rédigé par la secrétaire nationale UMP chargée des médias Danièle Giazzi, parle de concentrations capitalistiques, de réformes économiques du monde de la presse mais bien peu d’éthique et de déontologie…

Le rapport sur les médias et Internet, rédigé par la secrétaire nationale UMP chargée des médias Danièle Giazzi, parle de concentrations capitalistiques, de réformes économiques du monde de la presse mais bien peu d’éthique et de déontologie…

 

Il était une fois l’éthique et la déontologie du journaliste. Parfois, le journaliste ne les respecte pas, pressé par les événements ou par sa hiérarchie, acculé à réaliser un reportage alors qu’il n’y a rien à dire, ou plus simplement en proie à la paresse intellectuelle et aux approximations. Résultat : il y a erreur, voire carrément faute professionnelle. C’est humain, on peut comprendre, mais son métier exige, autant que d’autres sinon plus, un respect extrême de ceux à qui il s’adresse. Qui dit respect dit reconnaissance de l’erreur et de la faute, et pédagogie de ces dernières.

 

 

Comme solutions, il y a le rectificatif, l’erratum, le droit de réponse, et bien sûr les sanctions internes aux entreprises de presse. Mais ce sont parfois des réponses a minima par rapport aux torts que peuvent causer les dérapages médiatiques. Auriez-vous aimé être de la famille de Pascal Sevran lorsque sa mort a été annoncée prématurément sur Europe1 ? De la famille du petit Louis mort sur TF1 en direct ? Auriez-vous aimé être accusé à tort d’attouchements sexuels et viols suite à l’emballement de la presse dans « l’affaire d’Outreau » ?

 

 

Il y a des solutions potentiellement plus efficaces, comme l’intégration d’une charte de déontologie dans la convention nationale des journalistes –proposition du rapport Giazzi. Ce serait une avancée… bien timide quand on sait déjà qu’une partie seulement de la convention est respectée par certaines entreprises de presse. Un texte éthique, même d’une grande valeur, aurait peu de portée pratique si elle était inscrite dans la convention, à moins que… -et c’est ce que le rapport Giazzi oublie totalement- à moins qu’une instance de régulation s’appuyant sur la charte déontologique fasse de la pédagogie des loupés médiatiques.

 

 

Pourquoi et comment cela a-t-il pu arriver ? Quels principes et fondamentaux auraient dû être respectés à tout prix ? Cette instance serait une sorte de grand service après-vente des médias français. Elle aurait un nom : Conseil de presse ou Médiateur national des médias. Elle serait saisie par des particuliers mécontents de traitements médiatiques et aurait comme pouvoir celui d’émettre une analyse, un avis, qui serait publié par le média ayant dérapé. D’autres instances de ce type existent au-delà de nos frontières, comme au Québec ou au Royaume-Uni. -Sur ce point précis, je vous invite à lire l’analyse sur ce site de Jean-Luc Martin-Lagardette, journaliste et auteur de livres faisant référence dans la profession.

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