Entre propagande et contre-propagande, la révolution syrienne en otage

"Le régime ne m'a pas fait taire...toi non plus...je suis libre...et [encore] libre" © Ecriteau adressé à un bataillon islamiste le 25/01/2013 à Saraqeb (Idlib, Nord de la Syrie). "Le régime ne m'a pas fait taire...toi non plus...je suis libre...et [encore] libre" © Ecriteau adressé à un bataillon islamiste le 25/01/2013 à Saraqeb (Idlib, Nord de la Syrie).


Wassim Aldahhan est un jeune journaliste syrien d'une trentaine d'années récemment sorti de Syrie. Il nous envoie ce texte visant à démontrer que le traitement médiatique de la révolution par les chaînes étrangères, en particulier les chaînes d'information arabe, serait partisan et viserait à détourner la révolution syrienne civile vers une révolution islamiste. Quant au traitement médiatique du régime, il aurait un objectif interne visant à effrayer les Syriens de cette révolution. Voici son texte, en français et en arabe.


 


La révolution syrienne en otage entre propagande et contre-propagande !

Texte original, traduit de l'arabe par l'équipe d'ASML

Pour les observateurs des évènements en Syrie, il semble que le paysage se complique jour après jour, d'autant plus qu'il est teinté des couleurs de l'extrémisme religieux qui menace l'unité du pays d'une part, et la sécurité, la stabilité et la coexistence civile dans les pays voisins, d'autre part. Habituellement, il vient à l'esprit de ceux qui observent les affaires syriennes, une question centrale sur la réalité de ce qui se passe dans ce pays qu'ils croyaient assez stable avec des courants de nature politique se penchant principalement vers la gauche toutes formations confondues. Ils ont été surpris par ce que l’exemple syrien a donné lorsque les citoyens se sont révoltés. Il leur semblait que leur lecture du passé n'était pas assez pertinente. Quelle serait alors la bonne lecture ?

Bien sûr, il vient à l’esprit d’autres questions plus profondes sur le sort de la Syrie après tout le sang versé et la domination de «l’extrémisme» dans la plupart des rapports journalistiques arrivant de l’intérieur, surtout en l'absence de média «libre de tout agenda» sur le champ de bataille révolutionnaire qui fait rage sur la quasi-totalité du sol syrien. Toutes les questions sont sans doute légitimes dans un tel chaos et restent à ce jour sans réponse même de la part des Syriens. C’est tout simplement le résultat naturel de la sélection médiatique organisée qui a accompagné les évènements en Syrie depuis leur explosion.

Pendant la couverture des premiers évènements de protestation contre le monopole du pouvoir et de la richesse en Syrie, les médias en général, et ceux de langue arabe en particulier, ont réussi à contrôler le cours de la révolution de tout un peuple. Ils ont pu souvent attirer l'attention sur des questions secondaires qui visaient toujours à traiter le courant des évènements de façon à neutraliser la raison et en provoquant les passions jusqu’à réussir à présenter la révolution syrienne, supposément issue d’une nécessité historique de restauration des droits civils, politiques et économiques volés durant des décennies, comme une révolution religieuse dont le seul but serait de sanctionner un dirigeant infidèle ainsi que son clan!

A ce propos, il serait juste de signaler que les réseaux sociaux ont eu un rôle important, fournissant aux médias tout ce dont ils avaient besoin pour atteindre des objectifs spécifiques et similaires en substance, même si, au niveau de la forme, on les a présentés différemment aux observateurs en fonction du camp auquel chaque média appartenait. Cependant, il est nécessaire de souligner le fait que les médias étaient habiles à sélectionner ce qui leur convenait de la production des réseaux sociaux pour servir aux programmes spécifiques développés d'une manière ou d'une autre par des forces antagonistes, en secret ou en public, pour renforcer leur contrôle sur la Syrie ainsi que sur son avenir économique et politique.

Au niveau des medias pro-opposition, Al-Jazeera et Al-Arabiya par exemple semblent jouir de la diffusion de vidéos qui montrent des hommes armés et masqués crier «Allah Akbar!» et y confirmer leur obsession à tuer encore plus de partisans du régime «sectaire», armés des mots tels que «la victoire divine» et «l’instauration de la loi de Dieu». Parallèlement, les deux chaînes citées ci-dessus exercent le camouflage médiatique –de manière grossière vis-à-vis des citoyens syriens qui vivent les évènements– concernant toutes les formes de lutte pacifique dans l’ensemble du pays, sans interruption de jour comme de nuit depuis plus de 600 jours. Ainsi, l’opinion publique en dehors des frontières aurait l’impression que les Sunnites en Syrie se trouveraient face à une bête sectaire et farouche et penseraient qu’il faut déclarer le «djihad» contre lui sans qu’il y ait d’échappatoire à le combattre par tous les moyens, allant de la supplication et la prière jusqu’à l'épée.

Ainsi le monde entier pense que les Syriens mènent une «révolution réactionnaire» qui ne sert aucune cause véritable depuis que leurs enfants ont crié les premiers slogans réclamant la liberté, la dignité et un niveau de vie décent!

Le résultat des rapports d’informations sélectionnés jusqu’à maintenant a consacré le sentiment que les rebelles vus sur les écrans sont des «moudjahidines» qui n’obéissent qu’à la loi de Dieu, qui n’écoutent et n’écouteraient probablement pas autre chose que ce qui est dicté par la loi de «la victoire divine» et la purification de la terre des tyrans «infidèles». Alors qu'en réalité, la rue syrienne est sous le toit d’une autre loi profondément enracinée dans la conscience commune, en particulier chez les porteurs des drapeaux de la révolution. Une loi qui appelle sans relâche à respecter les mots d’ordre véhiculés par les slogans de la révolution (liberté, justice et égalité) protégeant ainsi le corps syrien riche de ses composantes religieuses et ethniques de la division en «patries» rivales, sans frontières politiques, légales, ni même morales!

De l'autre côté, la machine des médias pro-régime diffuse «la déviation» même avec un langage insolent et provocateur de manière à confondre les réclamations populaires et légitimes de liberté avec les appels d’hommes masqués en arme à instaurer des «Emirats islamiques» éradiquant sous leur règne toutes les religions ainsi que les courants politiques et culturels qui seraient en désaccord avec la loi islamique.

Ce camp médiatique vise naturellement à consacrer le rejet de la révolution au sein des milieux sociaux qui ne s’étaient pas encore engagés dans la mobilisation politique, ou alors à pousser les forces qui étaient présentes dans la révolution à ses débuts à s’en retirer, affectées par le brouillage médiatique à la fois anti et pro-régime. On pourrait dire qu’une partie de cet objectif a déjà été réellement atteinte.

On ne peut pas avoir le monopole de la vérité indéfiniment, de même qu’on ne peut facilement l’avoir par une neutralité plus ou moins relative dans les circonstances actuelles de la Syrie. Cependant, cela ne dispense pas les gens raisonnables qui se sont contentés jusqu'à maintenant de suivre les rapports d’information d’avoir un regard analytique sur ce sujet ainsi que de s'interroger sur le véritable bénéficiaire de l’implication des «djihadistes» dans le paysage syrien en dépit des Syriens eux-mêmes.

Les révolutionnaires syriens ont crié à plusieurs reprises dans les manifestations: «A bas les médias! A bas tout!» en ajoutant «Arrêtez la tuerie! Nous voulons construire une patrie pour tous les Syriens». Ce sont vraiment des demandeurs de liberté, de dignité, de pain et d’avenir. Ils sont pleinement conscients que la Syrie espérée pour tous ne sera jamais un terrain fertile pour les extrémistes et les voleurs semblables aux  Baasistes ou à leurs ennemis !

Wasim Al-Dahhane

Turquie


ثورة سورية بين فكّي الإعلام.. والإعلام المضاد!

 وسيم الدهان

يبدو للناظرين إلى الأحداث في سورية أن اللوحة ما انفكّت تزداد تعقيداً يوماً بعد آخر، خاصةً وأنها مشوبةً بكثير من ألوان التطرف الديني الذي يهدد وحدة البلاد من جهة، والأمن والاستقرار- والتعايش الأهلي- في البلدان المجاورة لها من جهة ثانية. وعادةً ما يتبادر إلى الأذهان، التي اعتادت مراقبة الشأن السوري، سؤال مركزي حول حقيقة ما يجري في هذه البلد التي اعتادوها مستقرةً إلى حد ما، كما اعتادوا طبيعة تياراتها السياسية الميّالة بمعظمها إلى جهة اليسار بأطيافه المختلفة، فقد فاجأتهم سورية بما أخرجته حين انتفض سكانها، وبدا لهم أن قراءاتهم للماضي لم تكن كافية؛ ولكن فعلاً ما الأقرب إلى الحقيقة؟!.

بالطبع يلي السؤال المركزي هذا أسئلة أعمق عن المآلات التي ستنتهي إليها سورية بعد نزيف كل هذه الدماء وسيطرة كل هذا "التطرف" على معظم التقارير الإخبارية الواردة من هناك، ولاسيما في ظل غياب الإعلام ("الحر" من الأجندات) عن أرض المعركة الثورية الدائرة رحاها على معظم التراب السوري، وكل الأسئلة دون شك مشروعة في ظل هذه الفوضى، وكلها أسئلة لا يجد حتى السوريون إجابات شافية عنها حتى الآن، وكل ذلك ببساطة جاء نتيجةً طبيعيةً للانتقائية الإعلامية (الهادفة) التي رافقت الأحداث السورية منذ تفجرها.

لقد نجحت وسائل الإعلام عموماً، والناطقة بالعربية على وجه التحديد، منذ مواكبتها لأولى مظاهر الاحتجاج ضد احتكار السلطة والثروة في سورية، نجحت بالتحكم في مسار ثورة شعب بأسره، واستطاعت في كثير من الأحيان توجيه الأنظار إلى قضايا ثانوية من شأنها- دائماً- تحييد العقل وإعلاء شأن العواطف في التعامل مع مجريات الأمور، وصولاً إلى إظهار الثورة السورية التي تفترض الضرورة التاريخية أنها اندلعت لاستعادة الحقوق المدنية السياسية والاقتصادية المسلوبة منذ عقود، فبدت وكأنها ثورة دينية هدفها الأول والأخير إنزال القصاص بحاكم كافر وحاشية كافرة!.

من المنصف القول هنا إن دور مواقع التواصل الاجتماعي كان كبيراً في تزويد وسائل الإعلام هذه بكل ما يلزمها لتحقيق أهداف محددة ومتشابهة من حيث الجوهر، حتى وإن اختلف شكل إظهارها إلى المراقبين بين وسيلة وأخرى تبعاً للمعسكر الذي تمثله الوسيلة، ولكن من الضروري جداً التشديد على أن وسائل الإعلام كانت بارعةً في اختيار مفرزات التواصل الاجتماعي التي تناسبها وتخدم برامج محددة وضعتها بشكل أو بآخر قوى تتصارع في السر والعلن لإحكام سيطرتها على سورية ومآلات تطورها اللاحق؛ اقتصادياً وسياسياً.

فعلى جبهة الإعلام الداعم للمعارضة؛ تتلذّذ قناتا "الجزيرة" و"العربية"- على سبيل المثال- ببث مقاطع الفيديو التي تظهر مسلحين ملثمين يصيحون: "الله أكبر"، ويؤكدون عبر أثير الإعلام "المعارض" إصرارهم على قتل المزيد من أتباع النظام "الطائفي" مدججين بكلمات من قبيل "النصر الإلهي" و"إقامة شرع الله". وعلى التوازي يجري التعتيم في كلتا المحطتين- وبشكل فاضح لمعايشي الحدث في الداخل- على كل أشكال النضال السلمي الهادف الذي يخوضه السوريون في كل أنحاء البلاد على مدار ساعات النهار والليل منذ أكثر من 600 يوم متواصل حتى الآن. بحيث يتكوّن في النهاية انطباع لدى الرأي العام خارج الحدود بأن أبناء "السنّة" في سورية يواجهون وحشاً طائفياً ضارياً، ويرون أنه لابد من إعلان "الجهاد" ضدّه، ولا مهرب من مقارعته بشتى السبل الممتدة بين الدعاء والصلاة وصولاً إلى حدّ السيف.

وبذلك يرى كل العالم أن السوريين يقومون بـ"ثورة رجعية" لا تخدم أياً من قضاياهم التي يتمنونها حقّاً منذ رفع أبناؤهم أولى الهتافات مطالبين بالحرية والكرامة ولقمة العيش!.

فمحصلة ما تنتقيه التقارير الإخبارية المبرمجة كرست حتى الآن شعوراً أن الثوار الذين يظهرون على الشاشات بمظهر "المجاهدين" إنما يأتمرون فقط بأمر الله، ولا ينصتون وربما لن ينصتوا لغير ما تمليه عليهم شريعة "النصر الإلهي" وتطهير الأرض من الطغاة "الكفار". بينما، وفي الواقع، تسود الشارع السوري شريعة أخرى ذات عمق راسخ في الوعي الاجتماعي العام، وخاصةً بين رافعي رايات الثورة، وهي شريعة تنادي دون كلل أو ملل إلى متابعة الامتثال لما تمليه شعارات الثورة (الحرية والعدالة والمساواة) من أوامر، وصولاً إلى حماية جسد الوطن السوري الغني بالمكونات المذهبية والإثنية من الانقسام إلى "أوطان" متناحرة، لا حدود سياسيةً أو قانونيةً، أو حتى أخلاقيةً لها!.

على المقلب الآخر، تعمل ماكينة الإعلام الداعم للنظام على بثّ "الشذوذ" ذاته، ولكن مرفقاً هذه المرة بلغة تحريضية شديدة الوقاحة تخلط بين مطالب الشعب المشروعة بالحرية على جميع المستويات، وبين وجوه ملثمة يحمل أصحابها السلاح وينادون بإقامة "إمارات إسلامية" تجتث بسلطانها المنشود كل ما يخالف الشريعة الإسلامية من مذاهب وأديان، وحتى أحزاب وتيارات سياسية أو ثقافية.

وبطبيعة الحال يهدف هذا المعسكر الإعلامي إلى تكريس حالة نفور من الثورة لدى الأطياف الاجتماعية التي لم تنخرط في الحراك السياسي الناشئ بعد، أو دفع تلك القوى والأطياف التي انخرطت في الثورة بمراحلها الأولى إلى الانفضاض عنها متأثرةً بالتشويش الإعلامي المعارض للنظام والداعم له على حد سواء، ويمكن القول إن جزءاً من هذا الهدف تم تحقيقه فعلاً.

لا يمكن احتكار الحقيقة طويلاً، ولكن أيضاً لا يمكن امتلاكها قليلة التشويه بسهولة في ظرف مثل الذي تعيشه سورية حالياً، إلاّ أن هذا لا يعفي العالم الواعي، الذي اكتفى حتى اللحظة بمتابعة التقارير الإخبارية، من الوقوف وقفة تحليلية منصفة حيال الأمر، ولا يعفيه كذلك من التساؤل عن المستفيد الحقيقي من زج "الجهاديين" في المشهد السوري رغماً عن أنف السوريين أنفسهم.

لقد قالها ثوار سورية مرات عديدة في مظاهراتهم: "يسقط الإعلام.. يسقط كل شيء". وأضافوا: "أوقفوا القتل نريد أن نبني وطناً لكل السوريين".. إنهم حقّاً طلاّب حرية وكرامة وخبز ومستقبل، ويدركون تمام الإدراك أن سورية التي ينشدونها لهم جميعاً لن تكون مرتعاً للمتطرفين أو اللصوص من أمثال البعث أو أضداده!.

 

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