symboles et idéologie

Des symboles, notre monde humain en est farci. Beaucoup ont été imaginés et fabriqués pour  un usage symbolique : emblèmes, drapeaux, insignes, logos, marques, signaux (routiers, p.ex.) . Mais des objets , des noms, des personnes deviennent des symboles (au hasard, le "portable",le "godillot", Che Guevara ). Le même signe, ou la même collection de signes, peuvent être symboliques de manières différentes, et même incompatibles (le zéro, nul ou "origine", "rien" ou décuplement ; les "smileys", caractères typographiques détournés de leur usage textuel). Le même symbole peut être révéré par les uns , haï par les autres, sans signification pour d'autres encore.

Nous l'oublions souvent, les mots sont des symboles ; et le langage est un "système symbolique" (une collection de symboles, pourvue de règles d'association, de combinaison, qui lui permettent de "signifier" des objets, des êtres, des évènements, des situations, des actions, des états, des transformations, des mouvements, des apparitions et disparitions, des idées, etc...). Un mot, même en dehors de ses "usages linguistiques", tels que recensés par un dictionnaire; en dehors de son histoire, telle qu'ébauchée par une encyclopédie, peut prendre "valeur symbolique" pour une personne ou un public (la madeleine de Proust ) , dans une discipline artistique ou scientifique, ou technique ( une "clef" n'est pas la même chose en musique, en informatique, en serrurerie, en lutte, en philosophie, et est un symbole maçonnique)

Un symbole, cela symbolise quoi ?

-une appartenance, une croyance, une origine

-une idée, une théorie, un lien logique ou causal.

- un sentiment, passion, haine, goût , compassion, beauté, etc..

Si on se rapporte à l'inventaire plus haut , on comprend pourquoi les symboles sont si générateurs d'incompréhensions, de conflits, d'obscurités, d'insécurités personnelles et de groupe.

L'opérativité des symboles

-les symboles sont signifiants : ils désignent (casquette à l'envers = banlieue), ils déclarent (le col "ecclésiastique" ou le hidjab), ils "nomment" ("voie prioritaire"), ils classent (icônes sur l'écran), ils évaluent (les "coeurs" appréciatifs sur un blog)

-les symboles sont mobilisateurs : on se rassemble derrière une pancarte, un drapeau ; on est attiré par l'effigie d'une star ; on arbore le maillot d'une équipe (alors qu'on n'est pas membre du club) ; on déchire les affiches évoquant des idées qui vous déplaisent.La croix a rassemblé et mis en mouvement les croisades; le svastika suscite peur et dégoût...

la personne humaine et les symboles

-arborer le même symbole : connivence, communauté, partage, même si l'on ne se connaît pas

-utiliser un sytème symbolique commun : envoyer/recevoir des informations, des messages ; enregistrer des évènements, des savoirs ; formuler des questions, des problèmes.

-travailler sur des systèmes symboliques: théoriser, calculer ; analyser, critiquer ; créer, imaginer, inventer.

La puissance des symboles

comme mobilisateurs ; comme enregistreurs/metteurs en réserve ; comme "agir sans agir" (narration, projet, compte-rendu, évaluations et bilans), les symboles sont outils puissants, donc dangereux si on les utilise maladroitement, ou agressivement.

comme "formes concrètes d'idées", ils peuvent à la fois informer et tromper.

Tous, nous utilisons, à longueur de journée, des symboles, à commencer par les mots que nous disons, entendons pensons, lisons, écrivons. A ce titre, , nous sommes tous "idéologues", utilisateurs incompétents ou partiaux d'idées. Très souvent, nous ne nous en rendons pas compte. Souvent aussi, nous avons tendance à accuser autrui d'emploi mauvais d'idées, pas toujours à juste titre.

Nous avons, tous, intérêt à surveiller notre activité symbolique, et à  y devenir le plus experts possible. A commencer par nos usages du langage ordinaire...

Le Club est l'espace de libre expression des abonnés de Mediapart. Ses contenus n'engagent pas la rédaction.