Sur les monnaies

Avant d'entamer ce court essai, je crois utile d'évoquer deux mots très employés aujourd'hui : écologie, économie. Les désinences choisies ne l'ont pas été au hasard.L'écologie se veut science des milieux de vie, étudie les relations entre espèces vivantes, et entre ces espèces et leur environnement. Elle vise la production de connaissances. Bien sûr, ces connaisances peuvent être évoquées pour appuyer des orientations éthiques ou politiques ; mais alors, le suffixe "logie" devrait être remplacé. Léconomie n'est pas une science, nous dit le suffixe, mzis un ensemble de règles, de normes, adoptées pour gérer les ressources humaines.

Les phénomènes monétaires ressortissent à n'en pas douter de l'économie. Les activités économiques sont culturelles, et à ce titre s'appuient sur des connaissances historiques, anthroplogiques, ethnologiques.

L'invention des monnaies

c'est sans doute, non pas une innovation à un endroit et à une date connus, qui aurait ensuite essaimé dans les sociétés humaines. ; mais une série d'inventions convergentes, en des lieux et à des dates diverses. C'est ce que l'on sait de l'histoire archéologique qui pousse à penser ainsi. Toujours est-il que l'on connaît des sociétés sans monnaie, et un très grand nombre d'autres, plus récentes, qui ont des pratiques monétaires.

Conditions d'apparition, nature et rôles des monnaies

Les monnaies sont apparues tard dans l'histoire de l'humanité, vieille de trente à quarante millénaires. On peut penser que leur invention a résulté de la possibilité , voire la nécessité,d'échanges autres que le pillage et le troc , que l'esclavage ou le travail coopératif.. Plus ou moins consciemment, des sociétés humaines pourvues de ressources supétieures aux nécessités de subsistance ont souhaité instaurer des échanges moins dépendants des distances, des temps, des lieux d'origine des ressources .

les distances peuvent être franchies en fonction des moyens de déplacement disponibles. Pendant longtemps, les moyens étaient seulement ceux des piétons, des cavaliers, puis de "chariots".Les limites au volume, au poids, au caractère plus ou moins périssable des biens transportés, s'imposaient aux échanges. Les productions et les savoir-faire fournissaient des excédents non transportables. La monnaie, moins volumineuse, fut un moyen de vaincre la distance.

les temps: les temps de transport sont fonction des distances à parcourir. Mais, aussi, les saisons de production , les procédés de conservation des biens "périssables". La monnaie permet des échanges "différés", donc une maîtrise plus grande du temps.

les lieux d'origine des ressources: la métallurgie, par exemple, dépend étroitement des emplacements miniers et/ou forestiers, puis de gisements de charbon. Tant que les moyens de transport ont été ceux décrits ci-dessus,  on devait déplacer  loin et "vite"seulement les objets ouvrés. Autre phénomène : l'utilisation de savoir-faire nécessaires seulement à certaines périodes : d'où l'appariton d'artisans pérégrins, et qui devaient pouvoir survivre dans leurs périodes de non-activité.

les civilisations du métal et les monnaies

les monnaies furent d'abord, et sont encore partiellement aujourd'hui, faites de métal (des exceptions intéressantes, comme les cauris, à voir plus précisément). Les métaux sont moins périssables que la plupart des denrées à échanger, de volume moins grand , et la fabrication de piéces moulées esrt apparue très tôt., ce qui permet une homogénéité de formes garante de la "fiabilité" d'origine, et de composition, des pièces ouvrées.

royaumes, empires et monnaies

les sociétés humaines , de plus en plus riches de productions de plus en plus diverses, se sont organisées à partir de la force des armes. Les souverains devaient disposer d'assez de guerriers efficaces pour faire perdurer leur autorité, et limiter les pillages. Ils comprirent vite que leur pouvoir pouvait aussi être de monnaie. C'est l'origine du caractère, encore invoqué aujourd'hui, "régalien", de la production de monnaie.L'effigie du souverain garantissait la "valeur" conventionnelle et la capacité à être échangées des formes monétaires. dans des conditions stables.

les monnaies et l'histoire

les matériaux monétaires ont évolué, pour devenir de plus en plus "certifiés", de moins en moins volumineux et pesants , jusquà être aujourd'hui, pour les échanges les plus importants, "immatériels", puisque composés de signes symboliques transmis par ondes.

le caractère "régalien" attaché aux souverains, puis aux Etats , est aujourd"hui remis en question par la financiarisation informatique. Cependant, dans l'histoire récente, on a pu voir des créations de monnaies avec l'indépendance d'Etats (déjà, les USA se sont "débarrassés" de la Livre britannique), ou avec la coalition d'Etats (apparition de l'Euro).

l'universalisation des activités monétairesIl y a aujourd'hui beaucoup moins de trocs , d'échanges de services, d'activités sociales non monétarisées. Et les monnaies s'opposent dans une guerre des taux d'échanges

la mutation du caractère symbolique au caractère de "richesse" la monnaie sst devenue un "bien" très particulier, qui n' a pas de valeur de consommation ou d'utilisation, mais seulement d'échange

la fiinance

C'est une activité purement monétaire, qui intervient dès que les souverains , ayant mis "en circulation" leur monnaie, n'en sont plus maîtres. Un nouveau pouvoir apparaît, le pouvoir financier, tantôt allié, tantôt adversaire du pouvoir traditionnel ou militaire. L'histoire des templiers est caractéristique A remarquer que, dans notre passé catholique, le pontife n'a jamais battu monnaie (la "monnaie du pape" n'est qu'un végétal sans valeur...)  et ,donc, les pouvoirs, "spirituel", "temporel" et financier, jouaient un jeu complexe, encore observable aujourd'hui, avec des amalgames, des complicités, des trahisons, qui font le délice des historiens.

Aujourd'hui, la finaznce , dans sa dimension cyber-mondiale, domine les autres pouvoirs. Même celui, apparu depuis peu, de la connaissance créative.Mais ceci est une autre histoire...

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