Bipolaire?

Ce qu'un psychologue, aujourd'hui, nomme "bipolarité" s'appelait, chez nos anciens beaucoup moins portés à l'euphémisme , "syndrome maniaco-dépressif". Au-delà des formes langagières, il y a une réalité à explorer plus avant :nous sommes tous "bipolaires". C'est-à-dire que nous avons des mobiles, et positifs, et négatifs. Nous sommes "mobilisés" (nous passons à l'action) à partir des désirs, des besoins, des devoirs, des espoirs; et  des répulsions, des dégoûts, des craintes, des souffrances.

Ce qu'un psychologue, aujourd'hui, nomme "bipolarité" s'appelait, chez nos anciens beaucoup moins portés à l'euphémisme , "syndrome maniaco-dépressif". Au-delà des formes langagières, il y a une réalité à explorer plus avant :nous sommes tous "bipolaires". C'est-à-dire que nous avons des mobiles, et positifs, et négatifs. Nous sommes "mobilisés" (nous passons à l'action) à partir des désirs, des besoins, des devoirs, des espoirs; et  des répulsions, des dégoûts, des craintes, des souffrances.

Je suis convaincu que là réside une des causes profondes de notre manichéisme latent, toujours prêt à prendre parti sans nuance et sans examen. Mais, en même temps, cette simplification du réel (bon ou mauvais, vrai ou faux, souhaitable ou à redouter) ne résiste pas à l'expérience vécue. Ne serait-ce que parce que des jugemenrts antithétiques se croisent. Par exemple deux couples d'opposés comme "voulu/non voulu", et "bon/maivais", donnent quatre "cas" : voulu/bon , voulu/-mauvais, non-voulu/bon, non voulu/ mauvais . On peut faire correspondre à chacun une dénomination classificatrice. Voulu/bon : : mérite, ou efficacité.  Voulu/mauvais : agressivité, ou préméditation. Non-voulu/bon : chance, ou bénédiction. Non-voulu/mauvais : malchance, ou malédiction.

Le pensée humaine, plus riche que la simple opposition positif/négatif, a depuis longtemps inventé des triades, le trosième terme représentant neutralité, non-existence, ou "point de départ" (origine). La combinatoire entre deux triades donne neuf cas. Et trois triades engendrent vingt-sept figures possibles.. Par exemple, "positif-neutre-négatif", avec "certain, possible, impossible", et "voulu-accepté (subi)-craint" ... on voit aisément comment les pensées, les affects, les pratiques , aboutissent à des enchevêtrements difficilement démêlables...

Et l'esprit humain ne s'arrête pas aux tripolarités ...quatre quadripôles engendrent 64'"cas" différents. Et on va plus loin : le nombre des "ensembles complémentaires"  combinant un nombre arbitraire de distinctions/oppositions  (ce qu'on appelle des "classements") est potentiellement illimité....

Mais, hélas, si nous pouvons penser de façon indéfiniment plus complexe , nous ne savons ressentir et agir qu'en binaire. Voilà pourquoi il est nécessaire de "calmer le jeu", de laisser toute liberté à la pensée, qui commence avec  l'invention du "neutre". C'est ce qu'on a appelé "le recul nécessaire" (les affects provisoirement peu actifs), ou "le réalisme" (l'étendue des perçus, des connus, dépassant le champ des désirés ou craints), ou "la pensée dialectique" ( chaque chose et son contraire ont existence simultanée ; et tout change, tout a une histoire).

Penser, c'est aller plus loin que son ressenti et ses actes...

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