idéologie, toujours

Je pense que le fonctionnement idéologique est consubstantiel à l'espèce humaine , et qu'il est vain de penser s'en débarrasser. Ce que je nomme "fonctionnement idéologique", c'est l'utilisation non pertinente des systèmes symboliques ou des symboles isolés, dans l'exercice de la pensée humaine.

Nous sommes la seule espèce vivante à créer-utiliser des symboles , c'est-à-dire des formes matérielles arbitrairement liées à des complexes d'idées-sentiments-perceptions. Tous les vivants répondent à des "signaux" : phéromone femelle pour le papillon mâle ; vision de la proie pour le faucon ; odeur du gibier , ou "Ici!" de son maître pour le chien. C'est l'enchaînement bien connu stimulus-réponse , le stimulus étant "inné", génétiquement programmé , ou "acquis", par conditionnement spontané (gratification ou frustration résultantes) ou délibéré (dressage).Du signal au signe, il y a l'écart considérable entre le présent vécu et le passé reconnu comme tel. Seul l'homme (et le primate éduqué par l'homme) associent une "trace" et un passage révolu ; un objet"représentatif" et un autre objet "représenté". Du signe au symbole, il y a l'écart entre le savoir représentatif et l'affect représenté : le symbole est lié, non seulement à un aspect du monde, mais à une "évaluation", à une forme d'héritage du "choix/rejet" biologique (bon/mauvais, vrai/faux, juste/injuste, utile/nuisible, etc..). Le symbole n'est pas simple "information". Il tend à le devenir, par le biais des "systèmes symboliques" , parmi lesquels les langages.Mais il ne s'en sépare jamais complètement, la part d'affect se manifestant plus ou moins selon les situations et les circonstances.

Les symboles numériques, par exemple, peuvent servir à des calculs apparemment dénués de toute emprise affective ; et ils deviennent tout autre chose pour les "numérologues". La frontière entre astronomie et astrologie est parfois difficile à identifier. Et il est inutile d'évoquer le dollar ou l'euro...ou la madeleine de Proust ...ou l'impact des symboles religieux.

Nous pensons toujours idéologiquement, plus ou moins, de façon évidente ou cachée, parce que les idées ne peuvent être isolées des signes qui les manifestent, les communiquent, les classent et les combinent ...non plus que des associations affectivesque notre culture, notre biographie, y a attachées. Cela, même dans les domaines les plus "abstraits". Pensez aux résistances acharnées qu'a rencontré l'usage du zéro; aux efforts de pensée à consentir pour utiliser les "imaginaires" qui impliquent l'impossible "racine de -1". L'idéologie n'est pas que religieuse ou politique....

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