un, zéro, les infiis (suite)

LES INFINIS

Drôle de titre...On m'a donné le mot "infini" pour dire "qu'il n'y a pas de raison pour que ça s'arrête". Qu'à mon tas de billes ou d'allumettes, je pourrais toujours en ajouter "dans ma tête", même s'il n'y en a plus dans mon sac ou ma boîte. Ca, c'est un "toujours plus".

Mais j'y pense, il doit y avoir un "toujours moins". J'avais coupé ou cassé en dix ; je pouvais casser en deux, ou en trois ...ou en onze, en douze. Là non plus, pas de raison que ça s'arrête. Des bouts d'allumette de plus en plus courts ... Mais voilà, j'ai entendu à la télé que "ça s'arrête", qu'il y a une longueur, mesurée, au-dessous de laquelle il n'y a plus de longueur. Dans cette direction-là, il n'y a plus d'infini. Ma tête a du mal à l'admettre. Et je sais que mes chiffres peuvent aller beaucoup plus loin ...

Plus grave : dans le journal, je lis qu'on a calculé "le nombre de particules de l'Univers". Après mon "toujours moins", voilà mon "toujours plus"qui s'arrête. Il y a encore moins de raison à ça. Ici encore, mes chiffres sont plus puissants que la réalité.

Tiens, au fait, j'avais imaginé d'opérer sur "l'infini", comme sur mon un et mon zéro. Dans ma tête "il n'y a pas de raison" pour m'empêcher d'ajouter un infini à un autre infini. Mais qu'est-ce que ça va donner? Deux infinis ... mais deux infinis, ça ne peut pas être plus qu'un infini. C'est ma tête qui est embêtée maintenant. Parce que, ajouter ou multiplier, elle a toujours envie de le faire, et elle ne voit pas ce qui pourrait l'en empêcher. Alors, une infinité d'infinis, et une infinité d'infinités, et ainsi de suite... Je vais attraper la migraine...

APRES LES QUATRE OPERATIONS, LES COMBINAISONS

Le lendemain, j'ai bien dormi, je n'ai plus mal à la tête. Mais je me réveille avec une autre idée : ranger mes aumettes et mes billes. Parce que, dans ma tête, des boîtes et des sacs, j'en aurai toujours autant que j'en voudrai. Allons-y...

Une allumette, une boîte ; dedans ou dehors, rangée ou pas. Facile. Deux allumettes, deux boîtes ; si j'ai trois boîtes, il y en aura toujours une de vide.. Deux façons de ranger seulement : les deux dans la même boîte, ou bien, une allumette, une boîte, deux fois. Et si je me passais de boîtes?, si je faisais des tasParce que, pour le moment, les boîtes vides, ça m'agace. Je les retrouverai plus tard. Une allumette, un"tas" tout petit. Deux : un tas de deux, ou deux tas de une. Mais trois? Ca se complique : Un tas de trois, trois tas de une...et trois façons de faire des tas de deux (avec trois couleurs ça se voit tout de suite. J'ai cinq façons différentes de ranger trois allumettes. Quatre ? Quinze façons de les "grouper", par tas de une(4 tas différents), deux(6),, trois(4) , quatre (1). Revoilà la migraine : j'ai trouvé une autre façon d'avoir, dans ma tête, des infinis d'infinis. Comment les reconnaître entre eux?

Deuxième morale : là, j'ai fait quoi? Des maths, de la physique, de la philosophie ? Tout ce à quoi je viens de penser, comme ça, à quel âge j'aurais pu le faire ? A l'école, on m'en a parlé d'une autre façon. J'étais déjà grand, mais je ne pensais pas comme je l'ai fait ces jours-ci. J'ai répété, appris sans me poser de questions, parce que c'est ce qu'on fait à l'école (ce qu'on faisait à mon école, en tout cas).

A un autre jour...

 

 

 

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