points de vue...

L'ensemble, ou le détail?

Nous ne pouvons voir, entendre,toucher, sentir ; ni penser, parler, écouter, consciemment, autrement qu'en optant pour l'un ou l'autre : un "plan général" plus ou moins flou , ou un "point particulier", précis, mais limité. L'école de la Gestaltpsychologie, à la fois contredit et conforte cette idée. Une globalité perçue comme telle ne peut être "interrogée" que par des pointés successifs, dont chacun fait perdre de vue l'ensemble.  Nos "automatismes" montrent cette alternance entre vacance de la conscience, et possibilité de contrôle par "touches". On peut fort bien marcher dans une rue passante, en discutant avec un ami, et sans manquer le trottoir, ni se heurter aux gens : la conscience est occupée en priorité par l'activité de parole/écoute, mais peut à tout moment opérer un "flash"de sécurité sur la situation.

Localisation et orientation

Notre dynamique propre d'intérêts/actes/pensées est toujours orientée , même dans le rêve.Nous ne sommes jamais "neutres" complètement. Cette orientation de notre activité nous fait nécessairement "perdre de vue" une part du réel et de nous-mêmes. Et nous sommes toujours "quelque part"lorsque nous sommes conscients. C'est de ce "quelque part"que nous apercevons la situation. Nous en avons nécessairement un "point de vue" particulier. Et nous savons bien (si nous nous interrogeons là-dessus) que d'un autre point, le paysage paraîtrait différent.

On peut changer de point de vue ; mais pas en avoir plusieurs à la fois. C'est ce qui nous met mal à l'aise devant certaines oeuvres de M.C. Escher, qui mêlent habilement plusieurs perspectives. Ce qui est vrai de l'espace, l'est aussi du temps. Nous pouvons nous référer au passé, et à l'avenir, pour interpréter le présent. Mais toujours "en alternance".

La multiplicité foisonnante des points de vue

Deux personnes , dans un même lieu, au même moment, ne peuvent avoir la même vue de la situation. Parce qu'elles sont différentes "à tous points de vue". Et parce qu'elles ne peuvent occuper exactement le même espace simultanément. Les "consensus" descriptifs entre elles seront toujours partiels et approximatifs. Autant de points de vue que de personnes présentes, sur les seuls aspects "concrets" ; et, bien sûr, les intérêts, les compétences, les situations personnelles du moment vont encore diversifier les regards et les interprétations.

Par ailleurs, l'évolution culturelle propre à notre espèce a fait exploser le nombre des points de vue possibles.  Qui eût pu, au XIXèsiècle, avoir une opinion sur le degré de radioactivité d'un site? Et, aujourd'hui encore, il faut être muni d'un compteur Geiger pour avoir un "point de vue" là-dessus.

Points de vue et évaluations

Si je me munis d'un thermomètre, je pourrai obtenir des températures...mais rien d'autre. Si j'utilise une loupe, j'obtiendrai des détails plus fins de ce que je regarde. Si je suis enrhumé, je n'aurai pas beaucoup d'informations sur les odeurs...Et ainsi de suite.

Or, chacun des problèmes que je dois affronter peut être étudié de beaucoup de points de vue...de tous, en définitive. Mais je ne peux en utiliser que peu. Souvent, c'est d'un seul point de vue que je décide d'une action. Il faudrait, alors, pouvoir choisir "le plus important", "le plus pertinent".Est-ce toujours le cas? Pour beaucoup de raisons, très souvent, "on fait avec ce qu'on a sous la main".

Il en va de même , à propos des évaluations, c'est-à-dire des jugements portés sur le choix d'un but, la qualité d'un résultat, la valeur d'un argument, etc...Par exemple, une note est-elle un portrait exact et utile d'un élève?

Chaque fois que ce sera possible, multiplier les points de vue devrait déboucher sur de meilleures connaissances, de meilleurs jugements . Mais l'urgence commande,;ou on n'a pas les compétences, ou les moyens matériels ; ou l'on pense que cela va revenir trop cher...

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