Les danseurs de rue sur scène : "Ce que le jour doit à la nuit"

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De moments de pure poésie aux envolées énergiques, la chorégraphie d'Hervé Koubi est d'une technicité incroyable. Ce que le jour doit à la nuit, ballet librement adapté du livre de Yasmina Khadra, réunit douze danseurs de rue, algériens et burkinabé, et mêle hip-hop, capoeira, danses contemporaine et africaine dans le rythme effréné d'un voyage dans l'histoire de ses origines... et dans l'Histoire.

Comme le personnage principal du roman, Hervé Koubi, brun à la peau très claire, a grandi au milieu de Blancs, Ils ne savait rien de ses origines algériennes, mais sentait bien que son nom de famille était à part. Son histoire de famille, de secret en découverte, fait écho à l'Histoire, de conflits en frontières-barrières.

Là, le chorégraphe tombe les obstacles. Il fait brillamennent cohabiter la rigueur, la précision et la force. On y voit le voyage personnel, mais aussi des éléments des conflits et des bouleversements de l'Algérie.

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Hervé Koubi, qui a découvert sur le tard ses origines algériennes, est allé chercher ses talentueux danseurs là-bas. Il nous invite à un fabuleux voyage. La chorégaphie est joliment tissée, acrobatiquement enchevétrée, tantôt très ordonnée tantôt perdant le regard. Des prouesses techniques et sportives des interprètes, le public retiendra la beauté et l'esthétisme qui en ressortent.

Les incroyables montées en puissance, le calme soudain, les liens (ou non) entre les danseurs, nous transportent entre la France et l'Algérie. Elle-même liée, dans l'amour ou le désamour parfois, à la France. Les tableaux qui s'offrent à nous, peintures vivantes, s'élèvent puis rejoignent le sol avec élan. Cet élan qui a toujours animé les liens franco-algériens et qui, sans doute, font de Hervé Koubi l'homme qu'il est : métissé, à la pratique artistique éclectique, exigeant et attaché à son art.

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La pièce est un précieux assemblage de jour et de nuit, de blanc et de noir. Ce que la nuit, les origines longtemps inconnues du chorégraphe, doit au jour, la personnalité qui a toujours été la sienne et le caractère bien trempé de là-bas, comme il dit. Ce que le mélange des cultures apporte à la scène, à la vie. La pièce est aussi une sensible dentelle de la vie. Le spectacle est monté sur mesure : chacun de ses danseurs, ses frères comme il les appelle, apporte son talent, sa sensibilité sur un plateau envahi de vie.

Je suis Français, j'ai la peau très claire. Hervé, c'est un prénom breton, j'ai toujours pensé que j'avais des origines bretonnes. Alors un jour, quand mes parents et grands-parents ont parlé, je suis passé de la Bretagne à l'Algérie. Et alors ? raconte Hervé Koubi en présentant son spectacle. Mais oui : et alors ? La danse est un langage universel, dit-il.

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Ce que le jour doit à la nuit est bel et bien universel. En réunissant des danseurs issus de l'apprentissage, souvent autodidacte, de la rue, et non du formatage des écoles de danse, Hervé Koubi a fait un pari audacieux. Le résultat est époustouflant. Sous des pantalons-jupes blancs, les corps se magnifient au fil d'acrobaties qui côtoient la grâce et la douceur. Hervé Koubi ne raconte pas que son histoire, mais toutes les histoires de familles. Celles qui traversent les mers, les frontières, les secrets, les découvertes et les envies d'explorer.

Le public passe 1h15 les yeux grands ouverts, le coeur absorbé et l'esprit en voyage.

> Compagnie Hervé Koubi <
photos Cécilie Cordier, Oloron-Ste-Marie, 09/10/2015 - disponibles ici

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