Bruno Beltrão au Centre Pompidou : variations sur le hip-hop

 Comment résoudre le mariage d'une danse ultra-codifiée, en l'occurrence le hip-hop, et de la danse contemporaine, par définition sans codes, sans cesse à réinventer afin qu'elle conserve justement sa contemporanéité ?

 

Comment résoudre le mariage d'une danse ultra-codifiée, en l'occurrence le hip-hop, et de la danse contemporaine, par définition sans codes, sans cesse à réinventer afin qu'elle conserve justement sa contemporanéité ? Bruno Beltrão, (très) jeune chorégraphe carioca né en 1980 à Niteroi, dans la baie de Rio, a co-fondé à l'âge de seize ans une association, le Grupo de Rua, consacrée à la street dance, principalement marquée par l'esthétique hip-hop. La Ferme du Buisson, puis le Centre Pompidou accueillent sa dernière création, H3, dans la cadre du Festival d'Automne.

 

Malgré les variations fréquentes de modes chez les jeunes générations, la danse hip-hop, qui est l'une des multiples extensions d'une musique née voici plus d'un quart de siècle, perdure avec une extraordinaire vitalité dans la culture occidentale, au point que l'on en retrouve approximativement les mêmes gestes et attitudes de Paris à Rio de Janeiro, du début des années 1980 à aujourd'hui. A titre d'exemple, le Grupo de Rua, au départ modeste association de quartier, est aujourd'hui, douze ans après sa création, une compagnie de danse reconnue qui tourne dans le monde entier. La moyenne d'âge de ses danseurs doit être, à vue de nez, d'une vingtaine d'années — ils sont donc nés en même temps que le hip-hop.

 

Dans H3, nouveau spectacle de Bruno Beltrão, la maîtrise des codes de la street dance est nécessaire à son dépassement et à l'incursion dans le domaine de la danse contemporaine de danseurs dont le corps et le look ne semble pas pré-formatés pour la scène. Sur un fond sonore d'ambiance de rue, recréant assez naïvement le contexte de création de ces gestes trop connus, neuf jeunes hommes se croisent, s'entrechoquent, se séparent, dans un véritable « ballet » qui met en relief l'individualisme propre au hip-hop. Le plateau de théâtre devient un ring aux contours incertains, la danse est une battle aux implications mythiques, où c'est chacun pour soi, le sol t'aidera. Si l'on reconnaît les mouvements caractéristiques du hip-hop, ceux-ci sont simplement esquissés ou au contraire répétés et caricaturés afin d'en déformer le motif, comme cet élan vers l'arrière que prennent les danseurs avant d'effectuer une pirouette au sol.

 

Ici point de pirouette, de spectaculaire vrille sur la tête ou de mime d'homme-robot. On n'est pas là pour en mettre plein la vue, mais pour participer à une recherche. Bruno Beltrão déconstruit le hip-hop pour l'adapter à un vocabulaire contemporain. Pour le chorégraphe, il s'agit aussi de « comprendre et éprouver l'écart entre la rue et le théâtre », soit entre le réel et le factice. Entreprise complexe qui défie les codes du spectacle, et à laquelle H3 apporte quelques éléments de réponse.

 

 

H3 de Bruno Beltrão, à la Ferme du Buisson, du 13 au 14 décembre, et au Centre Pompidou, du 17 au 21 décembre, dans le cadre du Festival d'Automne.

www.festival-automne.com
Photo © Scumeck

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