Des marionnettes passionnément, en ombres et en couleurs

Mettez dans une pièce deux marionnettistes passionnés, leurs marionnettes, quelques outils de bruitage, du public. Vous obtiendrez des étoiles dans les yeux et des enfants qui chantent et dansent. Le Théâtre pas sage, en ce moment installé à Oloron-Sainte-Marie (64), fait vivre la marionnette depuis vingt-sept ans. Et c’est Petit Hibou qui nous permet de les rencontrer.

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« On va entrer dans la forêt et voir si on trouve Petit Hibou ? » Jimmy Azogué, marionnettiste du Théâtre pas sage, accueille le public de Petit Hibou avec, à la bouche, cette invitation à la promenade et un instrument reproduisant de petits cris d’oiseaux. Dans la petite salle de représentation, les plus petits ôtent leurs chaussures et s’installent sur de confortables coussins devant les gradins.

Le voyage peut commencer. Il était une fois, car « les histoires commencent souvent par Il était une fois... », note la douce voix de Sylvie Capdeboscq –l’autre marionnettiste–, Maman Hibou et Petit Hibou. Ce dernier va tomber du nid. Et partir à la recherche de sa maman avec l’aide de Maître Ecureuil -lui, il a perdu des noisettes, mais ce n’est pas vraiment pareil que perdre sa maman dans la forêt.

Petit Hibou-hou-hou

Captivés, les enfants chantent et dansent au rythme des rencontres du couple inattendu. L’ours, le lapin, la grenouille. « Yop yop » de l’un, « Carotte, carotte » du deuxième ; Elise, 2 ans et des poussières, répète avec les marionnettes. Et la comptine de Petit Hibou-hou-hou, répétée plusieurs fois, finit par être chantée par Jeanne, 4 ans et demi.

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Derrière l’écran lumineux, Sylvie manipule les marionnettes qui s’affichent en ombres et en couleurs éclatantes aux yeux émerveillés du public. A côté de Jimmy, qui assure les bruitages, « sauf les cris d’oiseaux, ils sont enregistrés parce que ce serait plus difficile à faire », s’amuse-t-il. Ensemble, ils content la quête de Petit Hibou qui se termine bien, en une petite demi-heure.

Des marionnettes, pas du théâtre d’objets

Cette création-là, qui date de février, s’adresse aux « 55 - 110... centimètres » sur le flyer. Une manière de sortir des limites trop rigides des tranches d’âge « qui ne veulent rien dire. Petit Hibou plait en maternelle autant qu’en CP », signale Jimmy.

Coutumier des chemins de traverse avec des représentations en crèche autant que dans la rue ou dans de grandes salles, plutôt que des sentiers battus normés, le Théâtre pas sage est attaché à l’art de la marionnette. A son histoire, à tout ce qu’il a de particulier. « Pour beaucoup, la marionnette est devenue superficielle, reléguée à un second plan et réservée aux enfants, regrette Jimmy Azogué. Mais par exemple, contrairement à ce qui est parfois dit, nous ne faisons pas de théâtre d’objets. »

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Nulle question d’objets en effet. Des personnages, des histoires, des émotions. Un art qui se montre avec ses ficelles, et qui n’a besoin que du talent de ses interprètes pour ouvrir l’imagination de son public. De génération en génération, les créations plaisent aux petits comme aux grands : Le placard aux balais, joué depuis plus de vingt-cinq ans, séduit désormais les enfants de ses tout premiers spectateurs.

Tombés dedans par hasard

Car le Théâtre pas sage conquiert son large public depuis 1989. Alors que rien n’y prédestinait ces deux marionnettistes. Sylvie Capdeboscq est tombée dans les marionnettes après des petits contrats dans des écoles maternelles. Elle s’est formée sur le tas, à sa demande, au sein d’une compagnie et au fil de leurs spectacles.

Quant à Jimmy Azogué, c’est le désistement d’une marionnettiste qui devait jouer avec sa jeune compagne, en 1988, qui le pousse dans le bain. Les histoires d’amour finissent parfois sur scène. « Je l’ai rencontrée, elle m’a mis les marionnettes dans les mains », résume-t-il. Depuis, ils créent, inventent, racontent, rencontrent.

« Notre cheminement est fait de rencontres de talents », raconte Jimmy. Et de transmission. Ils jouent dans des écoles, dans la rue, sont invités dans des festivals de marionnettes et en ont également créé, ne conçoivent pas de ne pas rencontrer leur public avant ou après une représentation.

Polichinelle voyage, Mémé vous attend

La dextérité, des doigts comme des voix, de Sylvie et Jimmy s’exerce en ombres, en lumière et en couleurs : dans la salle de représentation qu’ils occupent depuis janvier à Oloron-Sainte-Marie (64), se trouvent de très nombreux personnages.

Comme Polichinelle, à qui ils donnent vie depuis 2002 suite à leur rencontre avec le britannique Dan Bishop. Avec lui, le Théâtre pas sage s’exporte : Grande-Bretagne, Belgique, Italie, Portugal... Chaque fois « une petite partie du spectacle est traduite dans la langue du pays ». Petite preuve de la grande ouverture d’esprit qui caractérise les deux marionnettistes.

Et puis, dans la salle, celle qui attire beaucoup le regard, c’est Mémé. Avec son chat noir aux immenses yeux verts. Le spectacle de Noël du Théâtre pas sage sera une invitation « chez Mémé ». La vieille dame a déjà connu une histoire avec ses marionnettistes, « mais elle a décidé de ne jamais s’arrêter de travailler, jusqu’à 99 ans », confie Sylvie.

Alors, pour les vacances de Noël, elle vous invitera à Oloron-Sainte-Marie, petits et grands, dans son petit monde à elle, pour vous raconter une nouvelle histoire. « Avec ses gâteaux mous dans une boîte en fer », promet Jimmy. Une vraie mémé !

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- Photos © Cécilie Cordier, visibles ici. -

 


Exposition : La malle aux trésors...

Oloron-Sainte-Marie, petite ville nichée au cœur de plusieurs vallées au pied des Pyrénées. Des paysages époustouflants, des traditions et une identité béarnaise entretenues. Mais pas que. En face de la cathédrale, dans l’ancienne mairie du quartier Sainte-Marie, se cachent des trésors.

Pas ceux que vous trouveriez dans un guide. Ceux du Théâtre pas sage, une association riche de deux marionnettistes passionnés par leur art : Sylvie Capdeboscq et Jimmy Azogué, unis à la scène comme à la vie.

En passant la porte sur votre droite, ce sont cent cinquante-deux marionnettes indonésiennes qui vous accueillent. Elles sont le fruit de la collection d’un marionnettiste, dont la malle se trouve aussi dans la salle.

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Appel à l’imaginaire

Le regard se faufile de l’une à l’autre, derrière les ombres des unes pour s’accrocher aux couleurs des autres, se laissant porter par l’élégance, la finesse, la précision des détails.

Là, les tigres se battent. Ici, des femmes marchent. Et puis là ? C’est un instrument de musique manipulé par Jimmy qui amuse les plus petits, émerveille les plus grands. Par ici, on aurait envie d’avoir peur. Par là, on se laisserait bien attendrir. L’imaginaire voyage et vagabonde dans la pièce.

Les enfants y jouent, y crient, y imaginent. Les adultes s’y émerveillent, s’y interrogent, se laissent prendre à leur imagination. Vous regarderez avec les yeux, mais sans doute aussi avec le cœur. Et vous toucherez avec l’esprit les histoires que vous inventerez au fil de votre parcours dans ces cent cinquante-deux « ombres » colorées.

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