Jérôme Bel online

Etudier la danse comme champ de recherche, exercer son œil et ses sens

Etudier la danse comme champ de recherche, exercer son œil et ses sens à l'expérience chorégraphique, maîtriser un corpus d'œuvres comme le fait l'historien de l'art pour un peintre ou un sculpteur ne sont pas choses aisées pour l'amateur comme pour le spécialiste de danse. On sait que la danse n'a jamais réellement trouvé de mode de transcription probant, et tous les articles ou ouvrages compilés ne vaudront jamais la vision d'une œuvre live.

 


Si le film de danse n'apparaît pas comme un substitut idéal à la co-présence du spectateur et des interprètes, puisqu'il implique un point de vue, un cadre et des choix dans le déroulement temporel de l'œuvre, il pallie les faiblesses de la description écrite du spectacle vivant, plus criantes que dans le domaine des arts visuels. Car assister à un spectacle de danse, c'est aussi entendre le souffle des danseurs et leurs pas sur scène, guetter leurs échanges off ou éprouver dans l'iris les changements de lumière. Ce qui rejoint ce que disait John Cage au sujet du concert : on vient y écouter de la musique autant que voir le joueur de cor évacuer sa salive de son instrument.

 

C'est pourquoi est louable l'initiative des Laboratoires d'Aubervilliers : répertorier, sur le modèle du catalogue raisonné d'un artiste plastique, les œuvres d'un chorégraphe. Projetés récemment dans le cadre du Festival d'Automne, les neuf films qui composent le Catalogue raisonné 1994-2005 de l'œuvre du chorégraphe Jérôme Bel sont mis en ligne les uns après les autres, à raison d'un par mois, de juin 2008 à février 2009. Dernier en date, The Show must go on (part one), film d'Aldo Lee réalisé en 2007. Outre l'intérêt manifeste de revoir (ou de découvrir) les pièces de l'artiste filmées avec sobriété — en évitant la peine d'une recherche sur Youtube ou Dailymotion qui aboutit généralement au visionnage de montages d'extraits de mauvaise qualité — les entretiens avec Jérôme Bel apportent des outils réflexifs, bienvenus dans un cadre créatif relativement complexe, et qui nécessite la transmission au public de clés de lecture.

 

Transmission, public, clés de lecture... : des termes qui passent pour certains critiques pour des gros mots, tant la plupart des exégètes actuels de l'art nient cette fonction essentielle de la critique, celle de la circulation du sens, au-delà des sphères autorisées. La bonhomie de Jérôme Bel, qui se livre avec humour et générosité à l'exercice, participe de cette bonne volonté salutaire.

 

http://www.catalogueraisonne-jeromebel.com

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