Régine Chopinot à froid et à sec

Minimaliste, proche du silence et du néant, la dernière création de Régine Chopinot, Cornucopiae, déroute. Au Centre Pompidou, dont le public est pourtant aguerri à la danse contemporaine la plus pointue, un quart des spectateurs quitte la salle avant la fin de la représentation, au bout de soixante-quinze minutes de contemplation d'un groupe humain exécutant des demi-mouvements, et dont jamais on ne voit les visages.

Cornucopiae Cornucopiae

Minimaliste, proche du silence et du néant, la dernière création de Régine Chopinot, Cornucopiae, déroute. Au Centre Pompidou, dont le public est pourtant aguerri à la danse contemporaine la plus pointue, un quart des spectateurs quitte la salle avant la fin de la représentation, au bout de soixante-quinze minutes de contemplation d'un groupe humain exécutant des demi-mouvements, et dont jamais on ne voit les visages.

 

Sur le sol, réverbérant comme un lac gelé, un tas de cadavres de chevaux. Les murs sont parcheminés, au plafond, dont pendent trois lunes noires, des plaques courbes flottent comme des panneaux solaires. Huit personnages, emmitouflés dans des vestes matelassées, le visage dissimulé derrière une pelle qu'ils s'évertuent à garder collée au visage, se muent ensemble, masse uniforme proférant des paroles inintelligibles, des demi-mots étouffés. La bande-son évoque l'intérieur d'un sous-marin ou un fond de cale, avec résonances, crissements de métal et échos lointains assourdis.

 

Cette sorte d'humanité post-apocalyptique gelée, irradiée, semble coupée de toute relation à la nature, hormis ces bêtes au pelage brun, seule notation de chaleur dans le décor. Peu à peu, la nouvelle tribu d'hommes sans visage, âge ou sexe, s'agrège par petits groupes. Le burlesque déboule par leurs jeux de saute-mouton esquissés.

 

La farce se politise lorsque ces humains, de la couleur du marbre, prennent la pose pour mimer des monuments statuaires, ou lorsque l'un d'eux prend la parole à un pupitre. « A...T...T...C...G...C...T » : une séquence ADN, résidu d'humanité, est scandée avec véhémence comme un absurde discours à la micro-foule anonyme, qui répond par une sorte de « Un...deux...trois...soleil ». Tu me vois, je ne bouge plus : le mouvement est conditionné au regard. Pas de soleil ici pourtant, seulement la chaleur d'une chair animale autour de laquelle ils viendront finalement se blottir.

 

« Cornucopiae » : la corne d'abondance est symbole de richesse depuis l'Antiquité. A rebours de ce mot, Régine Chopinot, qui vient de monter avec opiniâtreté une compagnie du même nom (sous-titre : « The Independent Dance »), après avoir dû quitter le CCN de La Rochelle, crée ici un spectacle sec, froid et rêche comme une plaine sibérienne. Vivifiant les uns, engourdissant les autres.

 

 

Cornucopiae, Régine Chopinot, au Centre Pompidou, dans le cadre du Festival d'Automne, du 26 au 30 novembre 2008, et à Montpellier Danse le 5 décembre 2008.

Crédit photo : J. Garcia

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