Billet de blog 26 févr. 2009

Petit conte secret pour de vrai.

Claire Malbos
Abonné·e de Mediapart

Ce blog est personnel, la rédaction n’est pas à l’origine de ses contenus.

Phase 1 : révélation.

Dans un temps d’il y a longtemps, corbeaux et souris se disputaient incessamment les quelques petits bouts d’os et autres graines trainant, rares, sur des terres toutes arides.

A force de bagarre, ils ne trouvaient plus même le temps de grignoter. Ni os, ni graines.

Ils firent une trêve, discutèrent le coup, et conclurent le traité suivant :

« Les Corbeaux, au sud ! Les Souris, au Nord !

Pas de dépassement de territoires !

Chacun ses os, chacun ses graines !

Allez ouste, on signe ! »

Et chacun chez soi pendant des siècles.

Phase 2 : Rupture du contrat, puis rabibochage et enfin, paix.

Vingt et unième siècle, bonjour !

Corbeaux du Sud, Souris du Nord, chacun prospère avec sa petite entreprise de déchets dans un monde mieux achalandé qu’aux vieux temps, et où tout circule.

Novembre 2008.

Une fillette perd, miracle, sa première dent.

« Bonheur –dit la maman- et comme je suis émue. La petite souris passera cette nuit. »

La fillette s’endort incrédule et bourrée d’espoir, pour se réveiller dans la merveille d’une « vraie pièce en or » trouvée sous l’oreiller.

Janvier 2009.

Deuxième dent !

« Et la petite souris, Maman ? » - « Oui ma chérie, j’en suis sûre, cette nuit ! »

Ah, mais voila ! Le papa est du Sud, et là-bas les corbeaux, grands -pères certifiés, réclament leur dû légitime : « Cette dent de lait là est aussi bien à nous ! ».

-Rupture de traité à l’horizon pour cause de chute intempestive de dent d'enfant–

Discussions, colloques, convocations ethnologiques, études sociologiques, politique comparée, tout ça en 5 minutes en un seul coup de fil.

-Ouf, le pire évité, marchons vers un lumineux futur !-

Un nouveau traité se profile, qui confirmera chacun dans sa tradition tout en favorisant de mutuelles découvertes !

Le soir même donc, une lettre est glissée sous l’oreiller, enveloppant le joli petit bout d’os tant convoité : « Désolée petite souris, il faut montrer la dent à mon papa ».

Les petites souris savent lire.

Au matin, sous la lettre : « Maman, elle a laissé la dent ! Et elle m’a donné quand même une pièce d’or ! ».

Généreuse petite souris…

Papa arrive un beau jour, le petit os en forme de graine accomplit alors en famille son rituel de renaissance :

Formule :

Jeter la dent sur le toit de la maison, tourner sur soi-même en battant des bras façon oiseau, tout en chantant : « Acoucoumba yong ma song ma bè, timmé ma lam ! », soit : « Corbeau, corbeau, prends ma vieille dent et ramènes-moi une meilleure dent ! »

Plus on est nombreux pour chanter et danser, plus le corbeau sera satisfait et offrira des dents solides.

Les enfants alentour qui ont encore des dents à perdre, donc à gagner, ont tout intérêt à se mettre bruyamment dans la danse afin de se faire remarquer du corbeau et de gagner ses bonnes grâces.

Moralité 1 : Un bon mélange, vaut mieux qu’un mal traité.

Moralité 2 : Laissez les enfants dans la paix, ils la feront.

Bienvenue dans le Club de Mediapart

Tout·e abonné·e à Mediapart dispose d’un blog et peut exercer sa liberté d’expression dans le respect de notre charte de participation.

Les textes ne sont ni validés, ni modérés en amont de leur publication.

Voir notre charte

À la Une de Mediapart

Journal
Élisabeth Borne à Matignon : Macron choisit la facilité
Trois semaines après sa réélection, Emmanuel Macron a décidé de nommer Élisabeth Borne comme première ministre. À défaut d’élan ou de signal politique, le chef de l’État a opté pour un profil loyal, technique et discret, dans la veine de son premier quinquennat.
par Dan Israel et Ilyes Ramdani
Journal
Le maire écologiste de Grenoble fait voter l’autorisation du burkini sous les invectives
Lundi soir, malgré les pressions et après un conseil municipal interminable, Éric Piolle a fait adopter, sur le fil, un changement du règlement intérieur des piscines municipales. Les militantes qui se sont battues pour pouvoir porter le burkini reviennent, pour Mediapart, sur la genèse de leur combat. 
par Pauline Graulle et David Perrotin
Journal
Libertés fondamentales : Darmanin désavoué par le Conseil d’État
La dissolution du Groupe antifasciste Lyon et environs (Gale), prononcée par le gouvernement à l’initiative du ministre de l’intérieur, est suspendue. Les trois dernières dissolutions du quinquennat se sont soldées par des revers devant la justice. 
par Camille Polloni
Journal
À Bobigny, les manœuvres de l’académie pour priver des enseignants d’un stage antiraciste
La direction académique de Seine-Saint-Denis a été condamnée en 2020 pour avoir refusé des congés formations à des professeurs, au prétexte de « désaccords idéologiques » avec Sud éducation. D’après nos informations, elle a retoqué de nouvelles demandes en tentant de dissimuler, cette fois, ses motivations politiques. Raté.
par Sarah Benichou

La sélection du Club

Billet de blog
Procès Amber Heard - Johnny Depp : l'empire des hommes contre-attaque
Cette affaire délaissée par les médias généralistes en dit pourtant beaucoup sur la bataille culturelle qui se joue autour de #metoo.
par Préparez-vous pour la bagarre
Billet de blog
Picasso et la sorcière
[Rediffusion] Picasso, Dora Maar et la culture du viol
par Nina Innana
Billet de blog
Présenter le monde tel qu'il devrait être : contre la culture du viol
[Rediffusion] Dans les médias, au cinéma, sur les réseaux sociaux, dans les séries, de trop nombreuses voix continuent de romantiser et d'idéaliser les violences sexuelles. L'influence de ces contenus auprès des jeunes générations inquiète sur la meilleure
par daphne_rfd
Billet de blog
Pour Emily et toutes les femmes, mettre fin à la culture du viol qui entrave la justice
Dans l'affaire dite du « viol du 36 », les officiers de police accusés du viol d'Emily Spanton, alors en état d'ébriété, ont été innocentés. « Immense gifle » aux victimes de violences masculines sexistes et sexuelles, cette sentence « viciée par la culture du viol » déshumanise les femmes, pour un ensemble de collectifs et de personnalités féministes. Celles-ci demandent un pourvoi en cassation, « au nom de l’égalité entre les hommes et les femmes, au nom de la protection des femmes et de leur dignité ».
par Les invités de Mediapart