Petite histoire d'un grand sourire

– Mais enfin, Mona Lisa, si ça continue je ne pourrai jamais finir cette toile avant l'été. Votre sourire ! Où est passé votre sourire ?– Leonardino chéri, vous savez bien que ce sourire, c'est mon sourire d'après l'amour !

– Mais enfin, Mona Lisa, si ça continue je ne pourrai jamais finir cette toile avant l'été. Votre sourire ! Où est passé votre sourire ?
– Leonardino chéri, vous savez bien que ce sourire, c'est mon sourire d'après l'amour !
– Vous êtes le diable en personne ! Nous avons fait l'amour ce matin. Il faut aussi ajouter les deux fois d'hier, et... (il compte sur ses doigts) les quatre fois d'avant-hier. Aucun homme, fut-il un amant exceptionnel, un génie de l'extase, ne saurait tenir un tel rythme sans y perdre la santé. Que dis-je ? La vie !
– Mais, Leonardino, vous n'êtes pas un homme comme les autres ; vous êtes le grand Da Vinci ! Et puis, pour quelques minutes d'étreinte, vous avez pu peindre six longues heures aujourd'hui. Il est grand temps, mon bon Maître, de redonner un peu de vigueur… à mon sourire.

 


Caché derrière sa toile, Da Vinci ne disait mot. Alors, Mona Lisa décroisa les mains, repoussa avec délicatesse le voile qui lui couvrait le haut du front et se pencha pour attraper le bas de sa robe. Et tandis que les volutes de soie noire glissaient lentement le long des longues jambes pâles de son modèle, Leonardo da Vinci pensa, résigné et inquiet : "Pourvu... pourvu que tout cela ne se devine pas en regardant cette toile."

 

 

Mona-Lisa.jpg

 

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