Heure sanguine

 La marquise sortit à une heure... d’un profond sommeil.

 

La marquise sortit à une heure... d’un profond sommeil.

 

Le marquis s’était absenté déjà. Sans doute parti au village, se dit-elle, pour mettre, en cette nuit un peu spéciale, les bouchées doubles.


Elle se leva, rejeta sa nuisette et se campa, jambes écartées, devant la grande glace écaillée. De lourdes tentures coulaient le long des murs et il faisait très sombre. Elle fit une grimace en haussant les épaules, excédée: on n’y voyait rien!

 

Longuement, soigneusement, elle se maquilla. Paupières bleu-noir, pommettes très ombrées, lèvres d’un rouge brillant. Puis elle enfila sa longue robe couleur de nuit, à peine serrée sous la poitrine, et attacha un rubis près du décolleté, juste au-dessus du sein gauche.


Lorsque la pendulette de Nuremberg marqua deux heures, la marquise en effleura le cadran de la pointe de ses ongles noirs... et le temps s’arrêta.


Avant le lever du soleil, il restait un joli compte d’heures (plus une, la nouvelle heure d’hiver!) pour se promener à travers toutes les pièces du château et rendre visite à leurs habitants.


Un sourire apparut sur ses lèvres. Aux clefs de voûte de la crypte, les diablotins cramoisis (nyctalopes comme toutes les créatures de l’ombre) ricanèrent en plissant les paupières... à la vue des luisantes canines.

 

 

 

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