L’ open data sélectif.

La restriction de l'accès au contenu des produits sociaux n'est pas contraire avec la libre circulation des données. Ce n'est pas parce que ces produits ne se revendiquent pas comme détenteurs de ces contenus qu'ils font entrave à l' open data. Si le produit n'exprime pas ce qu'il contient, il ne le retient pas non plus. En fait, il s'agit d'une forme de communication sélective.

 

Le contenu communiqué à un cercle précis d'individus est une forme de service évolutif qui trouve ses racines dans des informations publiques sélectionnées en fonction de leur utilité vis a vis du groupe d'usagers. Cette première étape de tri fait apparaître un état de fait modifié ultérieurement par le groupe, de la même façon qu'un modèle doit être remis en question pour être perfectionné. Ainsi, une partie de données publiques, elles mêmes constituées par d'autres communautés plus ou moins importantes, est sélectionnée par différents groupes qui, par ces produits sociaux, les valorisent à travers différentes pratiques innovantes.

 

Cette sélection, puis cette modification par les faits de contenus n'est appropriée que temporairement. D'autres communautés viendront ensuite modifier ces données. Il s'agit d'un exemple comme un autre de créativité partagée sans que l'on puisse identifier une communauté précise comme étant à l'origine du projet, et encore moins un individu.

 

Dans ce cas de figure, c'est l'utilisateur du produit qui innove, ou plus précisément la communauté dans laquelle il est inséré. Sorte de créativité collective.

 

Cependant, il reste impossible à garantir l’appropriation temporaire des données pratiquées. L'enjeu de cette hypothèse réside donc essentiellement sur ce qui pourrait conserver publiques les données communiquées de façon sélective. Le simple fait de restreindre l'accès à ces données permet il de les maintenir publiques plus facilement ?

 

La volonté de montrer son savoir faire au sein d'une communauté d'usagers est déjà chose courante si l'on se réfère à l'étude de Eric Von Hippel réalisée pour le Nestea. Les fabricants commercialisent ensuite les produits améliorés par les usagers lorsque les débouchés sont possibles. Les utilisateurs collaboratifs peuvent souvent prendre le dessus sur les producteurs, car ils sont plus nombreux et parce que l’espace d’innovation est ouvert, ce qui rend très facile l’adoption de ces innovations. Le principal moteur de l'innovation ouverte tient essentiellement d'abord à la possibilité d'une reconnaissance proche. Cela n’exclut pas la possibilité d'une reconnaissance plus large, mais pour se valoriser aux yeux des membres proches de la communauté l'innovation ne peut pas être privée. Elle doit rester publique pour que l'espace ludique continue à exister.

 

L'appropriation de ces innovations collectives par les fabricants sera réalisée lorsque les créateurs auront eu même produit des communautés d'usagers, ou lorsqu'ils seront susceptibles d'en produire. La valorisation du produit est d'abord réalisée en fonction des applications possibles des données transformées antérieurement par des groupes d'usagers. Dans ce cas, la valorisation fonctionne avec la modification des contenus du produit social.

 

Article initialement publié sur Esthétiques Industrielles.

Le Club est l'espace de libre expression des abonnés de Mediapart. Ses contenus n'engagent pas la rédaction.