Les divertissements des technologies relationnelles.

Nous ne sommes pas en face d'un divertissement diffusé par un canal autoritaire qui manque de pluralisme. Nous sommes face à plusieurs types de divertissement que l'on génère par l'envie, le désir d'être avec des semblables qui partagent les mêmes comportements, les mêmes centres d’intérêt.

Nous ne sommes pas en face d'un divertissement diffusé par un canal autoritaire qui manque de pluralisme. Nous sommes face à plusieurs types de divertissement que l'on génère par l'envie, le désir d'être avec des semblables qui partagent les mêmes comportements, les mêmes centres d’intérêt. Cette action de se détourner de quelque chose, d'une observation déplaisante par exemple, favorise peu la sérendipité. On peut même dire que le divertissement est l'exact contraire de la sérendipité.

 

Les technologies relationnelles qui nous environnent, parmi celles ci les réseaux sociaux et autres algorithmes de recherches, sont capables de nourrir une simple curiosité pour faire de nous des spécialistes. Ces médias de masse, construisent l'identité multiple de leur utilisateurs. A travers le jeu, l'expérience de la perte, nous répondons à l'injonction qui nous prie d'accumuler différentes expériences concentrées, condensées, pour pouvoir saisir de nouvelles opportunités. Nous sommes face à une nécessité culturelle qui caractérise le capitalisme des connaissances, dit capitalisme cognitif.

 

Mais dans ces jeux délimités et réservés, nous pouvons nous focaliser sur le doigt de la personne qui nous montre la lune. C'est pour cela qu'une meute cohabite souvent avec d'autres espèces. Par des préoccupations diverses, des intérêts multiples, différentes minorités peuvent très bien respirer ensemble (définition de la conspiration).

 

Au centre de cela, l'émancipation des minorités qui constituent ces communautés d’intérêt peut se trouver reconfigurée. On observe facilement des spécialistes qui parlent ensemble avec des termes techniques de quelques publications, et s'enthousiasment d'anecdotes triviales. La reconnaissance qu'ils peuvent avoir lorsqu'ils ont explicité, prouvé, l'existence d'un infra mince, vient alors principalement de leurs pairs. L'émancipation se traduit alors par le sentiment d'appartenir à une communauté restreinte, relativement close, elle même désirante de surpasser d'autres communautés similaires. Dans ce cas la volonté de devenir, ou de rester minoritaire est un socle qui rompt des connexions pour se penser autonome.

 

Dans cette forme de divertissement de niche, la verticalité est le principal axe des relations. Dans un cadre plus horizontal, les domaines d'application des découvertes et des nouvelles connaissances sont plus vastes et plus profitables. L'émancipation est alors produite par une curiosité envers ce qui ne relève pas de son domaine de recherche. Ces contingences définissent une autre émancipation, et échappent surtout à un divertissement produit par sa grande spécificité. Si cette forme d'émancipation est le résultat d'une volonté de rester minoritaires, il ne s'agit plus d'être minoritaire seul, mais de former des communautés d’intérêts plurielles et multiples. L’essentiel n'est pas de trouver un infra mince, mais un détail, une incohérence, une brindille écartée lors de la recherche pour pouvoir communiquer avec les autres membres de cette communauté hétérogène.

 

S'il existe différents types de divertissements, pas forcément reconnus comme tels lorsqu'il s'adressent à des minorités savantes, une nouvelle distribution des relations permettrai de générer différentes formes de sérendipité. La légitimité des technologies relationnelles pourrait bien être renforcée si elles reconnaissaient cette pluralité comme valeur. Cependant, si ces technologies ne se modifient pas considérablement de manière a pouvoir constituer des communautés d’intérêts hétérogènes et multiples, pour que différentes minorités puissent se réunir, elles pourraient très bien continuer à être des médias de divertissement.

 

Article initialement publié sur le blog Esthétiques Industrielles.

Le Club est l'espace de libre expression des abonnés de Mediapart. Ses contenus n'engagent pas la rédaction.