Madalena, la nouvelle reconquête de Manu Théron

 © jeff Bonnier © jeff Bonnier

Pilier du renouveau musical d’héritage occitan, Manu Théron met en musique la légende provençale de Marie-Madeleine. Connu pour diriger des polyphonies masculines, il a créé pour « Madalena » un chœur exclusivement composé par la nouvelle génération de chanteuses et musiciennes du grand pays d’Òc.

 

Si on peut douter de la véracité de la chansonnette « Jésus est né en Provence », la légende selon laquelle Marie-Madeleine y aurait été accueillie après la résurrection du Christ semble plus crédible. C’est d’ailleurs ce qui pourrait expliquer la dévotion à la sainte toujours vivace dans la région, et que confirme autant une multitude de textes issus de la tradition populaire que de nombreux sanctuaires et autres pèlerinages dont la ferveur continue d’étonner. Ceux de la Sainte-Baume et des Saintes-Maries de la Mer en sont les plus emblématiques.

Dans le quartier du Panier, à Marseille, existait depuis des temps immémoriaux, un oratoire dédié à Marie-Madeleine qui renfermait une pierre esquissant les gestes d’une prédication de la sainte, assise devant la foule. Seul témoignage de ce culte aujourd’hui, le texte de la cantilène, redécouvert à la fin XVIIIe siècle, après des lustres d’interdiction de son interprétation. Et c’est un siècle plus tard qu’il fut le plus fidèlement retranscrit, dans l'ordre et l'équilibre des couplets originels. Certains allant jusqu’à considérer cette cantilène comme le premier témoignage de langue populaire en Òc.

Un patrimoine qui ne pouvait qu’inspirer le Marseillais Manu Théron, infatigable collecteur-défricheur-agitateur de culture occitane. Un artiste bien connu pour Lo Còr de la Plana, chœur polyphonique d’hommes, qu’il a créé ou encore Gacha Empega, en duo avec l’autre enfant terrible de la movida occitaniste, l’écorché Sam Karpienia. 

Lo Cor De La Plana au Studio de l'Ermitage (18/10/12) © Studio Ermitage Video

 

« En abandonnant un de ses cultes magiques les plus emblématiques, l'Eglise manifestait une volonté de se couper du peuple et de ses croyances. En assumant cet héritage abandonné, nous ne faisons que reconstituer, par un travail réjouissant de recherches et de ré-appropriation, les données refoulées d'une histoire de la culture et du territoire », explique Manu Théron.

Ce n’est d’ailleurs pas la première fois que celui-ci se penche sur le répertoire sacré mais c’est en revanche un vrai défi pour lui de monter et diriger un chœur de 23 chanteuses impliquées dans différentes aventures artistiques d’expression occitane. « La Cantinella était interprétée autrefois par des chanoines de la cathédrale de Marseille, des hommes que l'impudeur des femmes de l'assistance avait effrayés et convaincu d'abandonner ce chant. Son exhumation par un groupe de femmes représente de fait une forme d'appel à une spiritualité dégagée du truchement religieux, s'exprimant par la musique et le collectif », explique Manu Théron.

Parmi ces interprètes, on retrouve des membres de formation telles que Enco de Botte, La Mal Coiffée, Le Chœur de la Roquette, la plupart ayant suivi des ateliers de chants dirigés par Manu Théron.

Et ce qui intéresse par-dessus l’artiste marseillais est cette coloration populaire du texte « qui imprègne aujourd'hui encore de nombreux aspects de la sociabilité méridionale » et qui lui « permet de la raccorder à d'autres rites méditerranéens de la spiritualité populaire telles que la Taranta d'Italie du sud ou les Hadra-s du Maghreb ».

 

Madalena, création de Manu Théron, lundi 8 juillet à 22 heures, dans la Cour de l’Archevêché.

Gratuit.

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