Le dieu Taureau et la sainte Marie-Madeleine

Brama Biòu de Saboï et la Madalena Manu Théron, deux créations d’artistes issus de la culture occitane, étaient à l’honneur lors de la soirée d’ouverture de la 18ème édition des Suds à Arles.

Brama Biòu de Saboï et la Madalena Manu Théron, deux créations d’artistes issus de la culture occitane, étaient à l’honneur lors de la soirée d’ouverture de la 18ème édition des Suds à Arles.

A proximité du village de Mas-Thibert, la réserve naturelle des Marais du Vigueirat, à quelques encablures de la Camargue officielle, accueillait, lundi soir, Brama Biòu (Hurlement de taureau), dernière création de la horde festive provençalo-occitane Saboï.

Création Brama Biòu de Saboï - Marais du Viguerat pendant le Festival SUDS, à ARLES © SUDS ARLES

Une déambulation musicale et narrative dont chaque escale évoque un épisode de la riche mythologie liée au taureau, du Minotaure au Couloubrau, bête étrange qui incarne nos peurs ancestrales, en passant par la légende de Mithra, culte d’origine indo-persan.  Sous la direction artistique de Christian Coulomb, joueurs de cornes, piccolo, flûte, fifre, hautbois, galoubets tambourins et autres percussions ont accompagné Taurus et sa bande, tout au long, d’un parcours où l’animal le plus menaçant aura été le moustique. Jeux et combats, culte et sacrifice, renaissance et célébration, les thématiques scénarisées rappellent les différents rapports de force, de domination, de peur et d’apprivoisement qu’entretiennent depuis la nuit des temps l’homme et le taureau, l’homme et la nature en général. Acrobaties et rondes sont au menu de ce spectacle jubilatoire auquel participent de jeunes habitants, impliqués dans un atelier proposé tout au long de l’année par le festival. Au passage de ce drôle de carnaval, où cornes et costumes rivalisent de bestialité, les chevaux Camargue improvisent une danse circulaire qui ajoute à la magie du spectacle. Le final en farandole fait découvrir l’installation d’une sculpture de paysage, le Cabanatau, une structure de type maison camarguaise chapeautée d’une immense tête de taureau en paille et qui restera sur le site pour le plus grand plaisir des visiteurs.

 

Madalena au Festival SUDS, à ARLES © SUDS ARLES

C’est vers une toute autre vénération que nous conduit le spectacle suivant, dans l’imposante cour de l’Archevêché. Le pari était un peu fou : adapter la cantilène à « Sancta Maria Magdalena », texte enfoui dans le patrimoine sacré et qui remet en lumière la dévotion du peuple marseillais à Marie-Madeleine, débarquée, selon la légende, en Provence pour y diffuser la foi chrétienne. Manu Théron a pris le projet à bras le corps, en rassemblant 23 chanteuses de différents coins du pays d’Oc auxquelles il a laissé une grande part de liberté dans l’interprétation. L’enchainement de soli, construit avec pertinence, offre une grande diversité de voix et donne à l’œuvre une majesté empreinte de modernité. En chœur, l’émotion est tout aussi forte. En ouverture, les chanteuses se lancent dans des halètements qui rappellent la respiration saccadée propre aux accouchements. Le bébé sortira finalement dans un tourbillon de percussions, invitant à la transe. On en oublierait presque notre sainte et l’objet religieux. Car Madalena est avant tout une ode à la vie, à l’émancipation et aux plaisirs, bien terrestres ceux-là.

 

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