YOM et la musique du monde : ''branchitude" ou "ouverture sur le monde" ?

Yom, clarinettiste visionnaire, installe son laboratoire de musique ce soir à l’Atelier des Forges pour les premiers afters des Suds. Il nous livre ses réflexions.

Yom, clarinettiste visionnaire, installe son laboratoire de musique ce soir à l’Atelier des Forges pour les premiers afters des Suds. Il nous livre ses réflexions.
Pour commencer, est-ce que vous pouvez vous présenter ? Vous avez une formation classique c’est ça ?
Oui, j’ai été formé au CNR [Conservatoire National de Région, ndlr] de Paris et à 17 ans, je me suis mis au klezmer [musique traditionnelle d’Europe de l’Est]. J’ai toujours baigné dedans pendant mon enfance mais là, j’étais dans la classe du fils du leader du groupe dans lequel je me suis engagé et dans lequel j’ai joué pendant 10 ans. En gros, ça fait quinze ans que je fais que ça.

Vous êtes déjà venu à Arles dans le cadre des Suds c’est ça ?
Oui, je suis déjà venu, notamment pour faire la première partie du concert de Césaria Evora [concert au Théâtre antique en 2009]. C’est un moment à tout jamais inoubliable. Et puis je garde un souvenir ému de la fête aux Salins de Giraud, la tellinade et tout ça... [rires].

Et le klezmer, ça a dû vous faire voyager, non ?
Ben pas tant que ça en fait. C’est vrai que c’est une musique des Balkans, de Turquie, mon terrain de jeu se situe par là. Je suis juste allé quelques fois en Bulgarie pour des projets mais c’est tout. Bien sûr, j’ai écouté ces musiques comme un fou, c’est mon plaisir d’écoute. Et maintenant, avec toutes les nouvelles technologies, c’est beaucoup plus simple. On peut voyager seulement avec la musique !

Et depuis vous avez mixé votre musique avec plein d’autres non ? Vous avez joué avec Wang Li, joueur de guimbarde chinoise, Ibrahim Maalouf, trompettiste d’origine libanaise...
Mon style est déjà mixé, entre le classique, le klezmer... C’est donc d’autant plus important pour moi de confronter ma poésie à celle des autres. C’est pour ça que je  travaille depuis 3 ans avec Wang Li [cf Suds 2011], ça marche très bien entre nous et puis j’ai invité Ibrahim Maalouf sur un projet et il m’a invité sur un autre, c’est un musicien exceptionnel.

Dans votre concert aux nuits des Forges de cette année, c’est plutôt rock non ?
Oui, c’est le projet avec les Wonder Rabbis [prononcez ‘’Rabaïz ‘’ et pas ‘’rabizeuh’’ comme nous, pauvres ignares que nous sommes] qui fonctionne depuis 2011. C’est un projet aux influences électro, pop rock psychédélique [c’est bon vous suivez ?].

Dans notre rédaction, on se pose une question qui nous turlupine : c’est quoi la musique du monde ? parce que ça sonne un peu bizarre à nos oreilles, genre occidentalo-centrés qui découvrent les joies des musiques primitives...
Alors oui c’est vrai que c’est bizarre ce terme. Et puis c’est différent de tout ce qui est musique « traditionnelle », « folklorique », ou même « world music ». Par exemple, le klezmer, c’est plus une musique traditionnelle depuis la Deuxième Guerre mondiale, c’est devenu une musique de concert. Alors que c’était une musique morte, elle a été ressuscitée aux USA dans les années 1950, ça a été une sorte de retour à la vie. Ce terme de ‘’musique du monde’’ est presque choquant pour une musique traditionnelle comme le klezmer parce que ça veut dire que c’est pas une tradition vivante. C’est un point de vue vachement égocentrique occidental, voire parisien. Parce que même si je suis parisien, je le vois ça. La musique traditionnelle bretonne ou provençale, c’est un peu exotique quoi. C’est un truc de citadins urbains qui pensent que le monde est séparé en deux, entre la musique de ville et la musique qu’on danse que autour du feu...  Mais c’est pas une insulte du moment qu’on est conscient du fait qu’il y a pas de différences entre les musiques. Une tradition c’est pas figé, c’est toujours en évolution et là on est dans un absolu besoin de mettre des étiquettes sur tout. Si, quand on dit ‘’musique du monde’’, ça laisse à la poésie et à la magie, ça me va bien. Sinon c’est quasiment ridicule.

Et alors, est-ce que vous en faites vous de la ‘’musique du monde ‘’ ?...
Déjà, j’essaye de faire de la ‘’musique’’. Je crois vraiment que la ‘’musique du monde’’, c’est inclus dans une sorte de ‘branchitude’ et si c’est ça, j’espère que je n’en fais pas. Par contre, si ça signifie curiosité et ouverture vers le monde, oui c’est bon, je fais de la musique du monde. Mais on pourrait continuer à disserter longtemps avec toute votre équipe sur une terrasse arlésienne !
 

Propos recueillis par Hélène Servel


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