Le Gai Savoir
Abonné·e de Mediapart

Billet publié dans

Édition

Plein Suds

Suivi par 96 abonnés

Billet de blog 13 juil. 2012

Le Gai Savoir
Abonné·e de Mediapart

Si juifs et arabes se tenaient le manche

Juifs et arabes réunis par le Chaâbi, musique populaire algérienne, séparés par la guerre, les musiciens d’El Gusto se sont retrouvés par la volonté de Safinez Bousbia. Il en est sorti un documentaire puis une tournée, qui passe aux Suds ce soir. Rencontre avec Safinez, la réalisatrice, sans qui rien de tout cela n’aurait été possible.

Le Gai Savoir
Abonné·e de Mediapart

Ce blog est personnel, la rédaction n’est pas à l’origine de ses contenus.

Juifs et arabes réunis par le Chaâbi, musique populaire algérienne, séparés par la guerre, les musiciens d’El Gusto se sont retrouvés par la volonté de Safinez Bousbia. Il en est sorti un documentaire puis une tournée, qui passe aux Suds ce soir. Rencontre avec Safinez, la réalisatrice, sans qui rien de tout cela n’aurait été possible.

Quel est votre parcours ?
Je suis née à Alger. J’étais architecte de formation en Irlande car j’y habitais. J’y suis allée pour des vacances. Même si je suis d’origine algérienne je n’ai jamais vécu là-bas et en fin de compte on a fait un périple touristique basique : faire la balade à la Casbah. Là-bas, je vois un miroir qui me plaît dans une échoppe, et on a pu communiquer avec le miroitier qui nous raconte qu’il est aussi un grand musicien de l’époque. Et là, il commence à nous sortir ses albums, nous raconter sa grande fierté d’avoir été élève dans la première classe de Chaâbi qui existait au conservatoire El Akan. Au fur et a mesure des discussions, j’apprends qu’il a perdu tout contact avec ses amis qu’il voulait vraiment revoir. Je me suis juste proposée de l’aider à les retrouver.
Et la galère a commencé ?
C’est ça. Ça a pris deux ans et demi. Il a fallu trouver le registre d’inscription au conservatoire sur lequel il y avait les adresses à la Casbah, lorsqu’ils y habitaient gamins. Et en fin de compte, il fallait faire du porte-à-porte à Alger dans toutes les banlieues. Il fallait les tracer presque. Puis, quand je les ai enfin retrouvés, ils avaient des histoires extraordinaires à raconter, ce sont des personnages sortis de romans alors je me suis dit : c’est un film.
Le processus s’est donc mis en marche...
Le projet était quand même assez fou : reformer un orchestre, une tournée.. Alors, je me suis retrouvée à le faire moi-même. J’ai vendu ma maison, mes biens et je me suis lancée dedans et huit ans plus tard on est là. Heureusement, je n’étais pas seule. Beaucoup de gens se sont impliqués, se sont donnés à fond dans le projet pour que le rêve soit réalité.
Vous avez réussi à réunir à tous les membres, certains n’étaient pas décédés ?
La première classe était une vingtaine. Ils étaient très âgés, entre 72 ans et 95 ans. Alors pour jouer des solos ou chanter, ça allait très bien mais pour tenir une nuit au sein d’un orchestre, c’était plus compliqué. On a recruté des jeunes musiciens et on a fini avec tous les fils de tous les parents qui étaient dans la classe du Conservatoire.
Au total combien de musiciens ?
Quarante-deux. Depuis nous en avons perdu quelques-uns et aussi réduit un peu l’orchestre, ceux qui passent à Arles seront ving-et-un.
Les autorités algériennes vous ont soutenue ?
Pas vraiment, non. Nous avons eu beaucoup de difficultés avec les autorisations et autres, mais j’ai eu beaucoup d’aide de la population : les gens ont ouvert leurs maisons, je n’étais pratiquement jamais obligée de payer les repas pour mon équipe, nous étions invités partout, par les habitants de la Casbah, par les fans des musiciens.
Le film sortira en Algérie?
On s’est battu pendant 9 mois pour avoir le visa d’exploitation, nous venons de l’avoir, c’est la bonne nouvelle. On sort le documentaire pendant le Ramadan.
«Ce sont des personnages de roman»
Comment sont perçus les musiciens là-bas? Le statut d’artiste est différent en Algérie non?
Officiellement, mais vous avez deux mondes parallèles : officiellement, avec l’autorité, c’est une chose, mais parmi les gens c’en est une autre : les artistes sont respectés dans leurs quartiers, c’est presque des maîtres, ils sont limite vénérés.
Le film connaît un succès inattendu ?
On est agréablement surpris, puisque l’orchestre a une tournée de 20 dates, le film sort dans pas mal de pays. Il va sortir bientôt au Maghreb. Nous allons travailler sur des projets en plein air pour l’année prochaine, quand nous aurons soulevé assez de fonds pour pouvoir faire voyager le film là où par exemple il n’y a pas de cinémas.
Quelles sont vos actualités, vous continuez dans la réalisation?
Je prépare mon prochain film : une fiction. On m’a dit que dans le documentaire « El Gusto » il n’y a pas de femmes, dans le prochain il n’y aura que ça !
Propos recueillis par Margaux Bonet / le gai savoir

Ce blog est personnel, la rédaction n’est pas à l’origine de ses contenus.

Bienvenue dans le Club de Mediapart

Tout·e abonné·e à Mediapart dispose d’un blog et peut exercer sa liberté d’expression dans le respect de notre charte de participation.

Les textes ne sont ni validés, ni modérés en amont de leur publication.

Voir notre charte

À la Une de Mediapart

Journal — Justice
À Nice, « on a l’impression que le procès de l’attentat a été confisqué »
Deux salles de retransmission ont été installées au palais Acropolis, à Nice, pour permettre à chacun de suivre en vidéo le procès qui se tient à Paris. Une « compensation » qui agit comme une catharsis pour la plupart des victimes et de leurs familles, mais que bon nombre de parties civiles jugent très insuffisante.
par Ellen Salvi
Journal — Santé
Crack à Paris : Darmanin fanfaronne bien mais ne résout rien
Dernier épisode de la gestion calamiteuse de l’usage de drogues à Paris : le square Forceval, immense « scène ouverte » de crack créée en 2021 par l’État, lieu indigne et violent, a été évacué. Des centaines d’usagers de drogue errent de nouveau dans les rues parisiennes.
par Caroline Coq-Chodorge
Journal — Justice
Un refus de visa humanitaire pour Hussam Hammoud serait « une petite victoire qu’on offre à Daech »
Devant le tribunal administratif de Nantes, la défense du journaliste syrien et collaborateur de Mediapart a relevé les erreurs et approximations dans la position du ministère de l’intérieur justifiant le rejet du visa humanitaire. Et réclamé un nouvel examen de sa demande.
par François Bougon
Journal — Euro
La Réserve fédérale des États-Unis envoie l’euro par le fond
Face à l’explosion de l’inflation et à la chute de l’euro, la Banque centrale européenne a décidé d’adopter la même politique restrictive que l’institution monétaire américaine. Est-ce la bonne réponse, alors que la crise s’abat sur l’Europe et que la récession menace ?
par Martine Orange

La sélection du Club

Billet de blog
Suites critiques aux « Suites décoloniales ». Décoloniser le nom
Olivier Marboeuf est un conteur, un archiviste, et son livre est important pour au moins deux raisons : il invente une cartographie des sujets postcoloniaux français des années 80 à aujourd’hui, et il offre plusieurs outils pratiques afin de repenser la politique de la race en contexte français. Analyse de l'essai « Suites décoloniales. S'enfuir de la plantation ».
par Chris Cyrille-Isaac
Billet d’édition
Klaus Barbie - la route du rat
En parallèle d'une exposition aux Archives départementales du Rhône, les éditions Urban publient un album exceptionnel retraçant l'itinéraire de Klaus Barbie de sa jeunesse hitlérienne à son procès à Lyon. Porté par les dessins du dessinateur de presse qui a couvert le procès historique en 1987, le document est une remarquable plongée dans la froide réalité d'une vie de meurtres et d'impunité.
par Sofiene Boumaza
Billet de blog
« Mon pauvre lapin » : le très habile premier roman de César Morgiewicz
En constant déphasage avec ses contemporains, un jeune homme part rejoindre une aieule à Key West, bien décidé à écrire et à tourner ainsi le dos aux échecs successifs qui ont jusqu’ici jalonné sa vie. Amusant, faussement frivole, ce premier roman n’en oublie pas de dresser un inventaire joyeusement cynique des mœurs d’une époque prônant étourdiment la réussite à n’importe quel prix.
par Denys Laboutière
Billet de blog
Un chien à ma table. Roman de Claudie Hunzinger (Grasset)
Une Ode à la Vie où, en une suprême synesthésie, les notes de musique sont des couleurs, où la musique a un goût d’églantine, plus le goût du conditionnel passé de féerie à fond, où le vent a une tonalité lyrique. Et très vite le rythme des ramures va faire place au balancement des phrases, leurs ramifications à la syntaxe... « On peut très bien écrire avec des larmes dans les yeux ».
par Colette Lallement-Duchoze