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Billet de blog 15 juil. 2012

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Algérie(s) 3/4 : Zebda, les beurs chez leurs pères

Magyd et Mouss, chanteurs du groupe Zebda, reviennent sur leur concert à Alger, terre de leurs pères et de leurs mères. Venus pour créer des ponts, ils gardent leur style et leurs valeurs.

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Magyd et Mouss, chanteurs du groupe Zebda, reviennent sur leur concert à Alger, terre de leurs pères et de leurs mères. Venus pour créer des ponts, ils gardent leur style et leurs valeurs.

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Il y a cinq jours, vous faisiez un concert à Alger sur la place d'Alger pour le cinquantenaire de l'indépendance. Comment vous avez abordé ce concert là et qu'est-ce que vous en retenez maintenant ?
Magyd : Pour nous, c'était un concert essentiellement affectif parce qu'on est trois fils d'Algériens mais nous ne sommes pas Algériens, nous. On est Français. Et donc il s'agissait de proposer aux Algériens, des Algériens qui ne le sont pas ou qui ne le sont plus. Il y a une douleur entre la France et l'Algérie. Une douleur qui ne veut pas cesser et nous on était au milieu de cette douleur, entre les Français que nous sommes et les Algériens qu'on peut être. Donc voilà c'était un moment très particulier où on était au milieu de l'Histoire en se disant : tiens, est-ce que nous sommes significatifs de quelque chose ou pas ?
Et vous avez trouvé des réponses ?
Magyd : Des réponses ? Sûrement pas ! Parce que c'était un premier pas, c'était un premier concert rock, en public sur une place. Plutôt heureux de l'avoir fait comme si on faisait partie de ces démarches qui essaient de créer un pont entre la France et l'Algérie, le Nord et le Sud. Donc on y est allé plein de questions comme ça et heureux de l'avoir fait.
Mouss : Ce qui est sûr, c'est que pour les gens qui nous ont reçus, on était bien un groupe français, y avait pas de doutes là-dessus hein. Par rapport au style musical, aux textes, à notre histoire... après, ils sont bien conscients de la filiation ; mais ils le sont de fait parce qu'on imagine que l'histoire entre la France et l'Algérie est une histoire longue et compliquée et pas encore complètement sereine. Pour nous ce qui est important affectivement, c'est se sentir à notre place pour dire à quel point les ponts existent même s'ils sont pas encore visibles ou valorisés. Les ponts familiaux, historiques, culturels existent incontestablement.
On a dit de ce concert que c'était un pari réussi, est-ce que vous considérez ce concert comme un pari ?
Mouss : Ce qui était surtout un pari, c'était surtout de le faire sur la place publique, en plein cœur d'Alger, gratuit, avec des gens qui descendaient de chez eux pour aller au concert. On peut aller jouer dans des salles en Algérie, justement avec des populations déjà habituées à aller au spectacle. Là on s'est vraiment adressé au peuple. Voilà, on a vraiment joué devant les Algériens. Le pari était double, hein, parce qu'on ne propose pas de la musique algérienne, on propose un registre qui est le nôtre et nous-mêmes, avant de monter sur scène, on s'est dit : ''on est face à des gens qui majoritairement n'ont jamais vu de concert de cette ampleur, n'ont jamais assisté à des spectacles de cette dimension là, de cet aspect là, de cette couleur là.''
Ca faisait plus de trente ans qu'il y avait pas eu de concert en plein air. Il y a eu dix ans d'années noires en Algérie, de terrorisme, de couvre-feu,  plus dix ans de peur, de 1990-2000, inscrite dans les gènes familiaux. Les parents  laissaient pas leurs enfants sortir comme ça le soir étant donné le risque d'attentat qui était bien réel. Là, il y avait comme un espoir que quelque chose se libérait parce que ça s'est très bien passé. On s'est dit voilà, c'est un pari pour tout le monde.
Vous jouez aussi ici aux Suds, dans le cadre du cinquantième anniversaire de l'indépendance. Mais ici en France, cet anniversaire n'a pas la même signification non ? Comment vous abordez cette différence de signification ?
Mouss : Il y a pas de différence à faire pour nous. Pour nous, la différence, elle se fait dans la nature du spectacle. Là, on joue dans un lieu sublime, il y a cette idée de transposer la tradition pour aller de l'avant et aller vers autre chose. Parce que là, on est dans des ruines romaines mais les premières que j'ai vues, c'était à côté d'Alger quand j'étais enfant... donc il y a quand même des choses comme ça qui vont bien plus loin que ce qu'on imagine. Réduire dans le temps nos histoires communes comme ça, c'est finalement une erreur quoi.

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