Algérie(s) 4/4 : El Gusto, "grâce à Dieu, ça s'améliore"

El Gusto, groupe rassemblant musulmans et juifs autour de la musique Chaâbi, a été séparé après l'indépendance de l'Algérie. Depuis 8 ans, ils se sont retrouvés grâce à Safinez Bousbia, réalisatrice du film éponyme.  Rachid Berkani, visage de l’affiche du film El Gusto et Madjid Meskouid se rémémorent l’indépendance de l’Algérie, l’avant et l’après.

El Gusto, groupe rassemblant musulmans et juifs autour de la musique Chaâbi, a été séparé après l'indépendance de l'Algérie. Depuis 8 ans, ils se sont retrouvés grâce à Safinez Bousbia, réalisatrice du film éponyme.  Rachid Berkani, visage de l’affiche du film El Gusto et Madjid Meskouid se rémémorent l’indépendance de l’Algérie, l’avant et l’après.

Rachid Berkani

Ce qui est assez étonnant dans le film El Gusto, c’est que quand il y a eu la guerre, quand vous avez eu votre coupure avec la musique chaâbi. Comment vous avez vécu cette période ?
Mais croyez moi, on a eu le courage de continuer à faire de la musique. C’était un peu très délicat mais on a continué. Parce que nous avons cette musique dans le sang, vous savez, on ne peut pas la quitter et elle-même, elle peut pas nous quitter.

Quoiqu’il se passe ?
Effectivement, effectivement. C’était notre vie, vous voyez, c’était notre oxygène !

Et en quoi c’était délicat ?
Quand on a eu les problèmes terroristes tout ça... Mais maintenant, grâce à Dieu, ça s’améliore, d’ailleurs, nous avons créé des écoles pour les jeunes, pour leur donner ce qu’on nous avons eu nous-mêmes en ce qui concerne la musique andalouse, chaâbi, la musique moderne. Ce qu’on peut savoir, il faut donner ce savoir aux jeunes de maintenant.

Sous la colonisation française, au moment de l’indépendance, qu’est ce qui a changé dans votre groupe de musique ?
Oui, maintenant nous avons plusieurs écoles. Moi personnellement, j’étais chef d’orchestre à la télévision algérienne et croyez moi, ça a donné beaucoup de choses en ce qui concerne la musique algérienne.

L’indépendance vous voulez dire, ça a donné beaucoup de choses ?
Oui oui, après l’indépendance. Moi personnellement, j’ai 38 ans à la télévision algérienne. 38 ans de services, mais vraiment avec des monuments en ce qui concerne la musique chaâbi mais malheureusement, on était 45 personnes dans l’orchestre, il en reste que trois.
Et aujourd’hui, comment vous sentez la situation en Algérie ?
Croyez moi, avec sincérité, on vit à merveille. Ah ça, je vous assure. Peut-être des dires comme ça mais croyez moi, on vit très très bien. Comme je vous ai dit tout à l’heure, nous avons construit des écoles, des instruments, de tout. Surtout la culture en ce moment en Algérie.

Donc ça va toujours en s’améliorant ?
Oui oui ! Non et puis l’occasion s’est présentée pour savoir la musique chaâbi mais je précise bien, c’est grâce à Safinez.

Que ça s’est recréé ?
Ah oui ! C’est un don du ciel Safinez, elle est adorable ! Grâce à Dieu, voilà, on a bossé et voilà le résultat. Depuis huit ans qu’on est avec elle, eh oui huit ans ! On est entre nous, elle connaît nos caractères et voilà le résultat, j’espère que vous allez voir la soirée. Là vous allez avoir un aperçu. On va donner le meilleur !

Et qu’est ce que ça représente pour vous de venir jouer en France aujourd’hui ?
Oh là là, c’est un événement pour nous ! Et surtout que je vous ai dit, on a l’occasion de faire quelque chose, de faire connaître la musique chaâbi parce, beaucoup de gens connaissent pas la musique chaâbi. Effectivement, l’occasion s’est présentée de leur donner le bonheur, vous savez, dans la musique, il y a toujours du bonheur hein ! [rires]

 


 

Madjid Meskouid

Comment s’est passée la vie du groupe pendant la période coloniale?  Et à l’indépendance?
Vous savez, pendant la révolution, c’était une histoire, et après l’indépendance c’est une autre histoire.

C’est ça qui est intéressant.
Oui, bien sûr ! Pendant la révolution, comment dire, on faisait passer des messages. C’étaient nos parents bien sûr, nous on était gamins. Ils faisaient passer des messages, ce n’étaient que des messages. Des messages qu’ils faisaient passer pour la révolution pour faire sortir les colons. C’était surtout ça l’idée, être indépendant. Et ils l’ont fait le 5 juillet 1962 avec tous les accords d’Évian et tout ce qui s’en suit. Ensuite c’est de la politique et moi ça ne m’intéresse pas. Voilà. Et après l’indépendance, ça a été des chants de joie, de liberté et d’amour.

Mais il y a eu la séparation avec les juifs…
Ça c’est autre chose ! Il y a eu la séparation avec les juifs, qui sont partis en 62. Il y avait la fameuse histoire de la valise et du cercueil. Ils ont préféré la valise. C’est sûr. Moi, j’aurais préféré la valise. On a attendu 50 ans, certes. Mais ça va revenir hein, ils vont finir par rentrer en Algérie. D’ailleurs ils reviennent, les gens reviennent, les pieds-noirs, les juifs, les gens rentrent en Algérie. Bon, ils rentrent surtout pour les vacances, mais ils rentrent quand même. C’est déjà un acquis. Il y en a beaucoup qui ont des tombes là-bas, qui viennent voir leurs parents… le président Mitterrand venait à Alger pour voir la tombe de sa mère ou de son père, Jacques Chirac aussi venait, il avait des parents ici à Alger.

Vous êtes plutôt optimiste.
Oui, il faut être optimiste. Après la pluie, le beau temps ! Ce sont des enfants d’Algérie, des Algériens. Bon il y a la religion qui diffère, c’est tout. Mais ils finiront par venir. Peut-être qu’on ne va pas y assister nous, ce seront nos enfants qui vont assister à ça.  

Et la situation actuelle en Algérie ?
Y a pas de problème. Nous on a fait dix ans de malheur entre nous, il y a des gens qui appellent ça la décennie noire moi j’appelle ça la décennie rouge, bon, c’est du pareil au même. En gros on est peinards, on est joyeux, voilà y a plus rien, il y a une sécurité totale.. Quoiqu’il y a encore quelques énergumènes... Bien sûr, il y a encore des trucs isolés, mais ça va pas tenir.

Et dans le contexte des révolutions arabes de vos voisins tunisiens…
C’est pas mon problème.

Vous pensez que ça ne peut pas se passer en Algérie ?
Non. Ça s’est déjà passé en Algérie. On a fait dix ans de… bon, c’est pas ce qu’ils font eux, c’est pire ! C’était le pire du pire.C’est pas eux. Et puis maintenant moi, sincèrement, pour l’instant rien ne m’intéresse côté arabe, parce qu’ils n’ont pas,… bon, c’est la politique. J’aime pas la politique.

 

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