Et encore Bravo des Suds

Nouveauté de cette 19e édition du festival arlésien : le Bravo des Suds, un prix destiné à rendre hommage aux professionnels et à les faire connaître. Le premier Bravo a été remis jeudi à Christian Mousset, grand passeur de musiques africaines, par Johnny Clegg et les Mahotella Queens.

Nouveauté de cette 19e édition du festival arlésien : le Bravo des Suds, un prix destiné à rendre hommage aux professionnels et à les faire connaître. Le premier Bravo a été remis jeudi à Christian Mousset, grand passeur de musiques africaines, par Johnny Clegg et les Mahotella Queens.

Christian Mousset recevant son prix des main de Johnny Clegg avec les Mahotella Queens © Benjamin Minimum Christian Mousset recevant son prix des main de Johnny Clegg avec les Mahotella Queens © Benjamin Minimum

Jeudi, un public impatient d'écouter les Mahotella Queens et Johnny Clegg pour cette soirée hommage à Mandela a rempli les gradins et la fosse du Théâtre antique. A 21h30, Marie José Justamond, la directrice du festival Les Suds, est montée sur scène pour présenter la soirée, mais elle n'était pas seule : huit hommes l'accompagnaient. Alors elle a passé la parole au journaliste et musicologue Philippe Krümm, qui a expliqué la nouveauté de cette 19e édition du festival arlésien : « Rendre hommage à ces personnes qui travaillent souvent dans l'ombre et à qui l'on doit beaucoup : elles permettent aux musiciens d'être découverts. »« L'environnement de l'artiste est presque aussi important que l'artiste et je voulais que le public prenne conscience qu'il y a des professionnels qui forment un secteur très organisé, très convivial, avec le désir de médiation ente public et artiste », m'a expliqué Marie José Justamond. L'hommage a un prix : le Bravo des Suds, un petit bonhomme qui joue de la flûte assis sur la Terre, fabriqué par un artisan local. Et le premier lauréat de ce nouveau prix est… Christian Mousset.

Regardez le début de la vidéo de la première partie de soirée de jeudi retransmise par Arte Concert :

 

« Je ne suis pas un créateur mais un passeur. Je me suis contenté de faire aimer les gens que j'ai aimés », a commenté Christian Mousset en toute modestie en recevant son prix. « Ce qu'il a dit est chouette, c'est la part profondément humaine de la musique », a dit le lendemain Marie José Justamond, qui avait eu trop le trac la veille au soir pour faire l'éloge de son ami de longue date.

L'histoire d'amour de Christian Mousset avec la musique a commencé il y a plus de quarante ans, et s'est construite au fil des voyages, des rencontres et des découvertes, surtout avec les musiques africaines, qu'il a largement contribué à faire connaître en France. On lui doit le festival Musiques métisses d'Angoulême. Au Label Bleu, il a créé la collection Indigo consacrée aux musiques d'Afrique, qui a sorti les albums, entre autres, de Rokia Traoré, à l'affiche des Suds en 2013, et… des Mahotella Queens, qui lui ont fait et à qui il a fait une grande déclaration d'amour jeudi soir sur scène. Il est aussi l'un des artisans de l'agence de production Mad Minute Music, qui a fait venir en Europe Papa Wemba, Salif Keita, Ismael Lô, Femi Kuti…

Il a joué ce rôle de passeur à bien d'autres occasions que je ne citerai pas toutes. Seulement deux : il a présidé Zone Franche, premier réseau francophone consacré aux musiques du monde, de 2006 à 2012. Frank Tenaille, qui lui a succédé, était donc sur scène hier soir et signe par ailleurs de nombreux articles pour César, « journal des Suds culturel et citoyen », qui les diffuse aussi dans le Club de Mediapart. Et Christian Mousset a signé Johnny Clegg sur son label Marabi il y a quelques années. Ils s'étaient rencontrés en 1986 à Johannesburg, comme l'a dit Mousset sur scène, qui a reçu avec émotion les quelques mots d'hommage prononcés en français par le zoulou blanc quand il lui a remis le prix.

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