petit bout de rêve olympique

Oui, oui, oui, je sais.

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Oui, oui, oui, je sais.

Je sais pour le Tibet, pour la répression des opposants, pour les libertés bafouées. Je sais aussi pour le dopage, les tricheurs, les mauvais joueurs. Je sais pour l'argent et la politique et les médias.

 

Oui, mais voilà. Moi, les Jeux, ça me fait toujours ça. "Ca", c'est ce petit supplément d'âme, ce vibrillonement, cet émerveillement devant la beauté du sport. Cette idée que le sport, malgré le cirque médiatique qu'il est devenu, avec ses cohortes de problèmes, reste quand même porteur de certaines valeurs, d'une certaine "noblesse" - dans l'acception positive du terme - de l'Humanité.

Il y est toujours question de se dépasser, repousser ses limites, pousser l'effort au-delà de la souffrance, au-delà de la logique, au-delà des barrières physiques et mentales que l'on s'impose ou que l'on nous impose. Se sublimer pour soi, pour les autres, et aller chercher avec ses tripes, son coeur, sa sueur et son sang une médaille, un podium, une performance...

 

Alors bien sûr, la vidéo de cet article peut faire rire. Moi elle me fait pleurer d'émotion. Parce que lui, Eric Moussambani, est allé au bout de lui-même, il s'est transcendé, a dépassé les contraintes qui sont les siennes (constatez l'équipement, imaginez qu'en Guinée, il n'existe pas de piscine olympique, soit 50m de long. Sa performance date des Jeux de Sydney). C'est pour moi l'image la plus forte de l'ensemble des Jeux auxquels j'ai eu le bonheur d'assister. Parce que les valeurs du sport et de l'olympisme, elles sont tout autant là que chez les immenses champions qui vont battre des records incroyables. Sa performance a lui vaut bien des médailles d'or, et pour tout dire, peut-être faudrait-il aussi décerner des médailles du courage, du mérite, de la persévérance, toutes ces valeurs qui font le sport si beau, et qui récompenseraient aussi les héros vaincus.

 

Alors, je m'adresse à vous monsieur Moussambani : Vous êtes un exemple pour le sport et pour l'olympisme. Votre performance me rappelle ce poème de Kipling* à son fils :

 

[...]

Si tu forces ton cœur, tes nerfs, et ton jarret
À servir à tes fins malgré leur abandon,
Et que tu tiennes bon quand tout vient à l'arrêt,
Hormis la Volonté qui ordonne : « Tiens bon ! »

[...]

 

[...]

Si tu peux rencontrer Triomphe après Défaite
Et recevoir ces deux menteurs d'un même front,
Si tu peux conserver ton courage et ta tête
Quand tous les autres les perdront,

[...]

 

[...]

Si tu sais bien remplir chaque minute implacable
De soixante secondes de chemins accomplis,
À toi sera la Terre et son bien délectable,
Et, - bien mieux - tu sera un Homme, mon fils.

 

 

Merci, tout simplement, monsieur Moussambani d'avoir fait cela.

 

 

 

* Les extraits de ce poème sont tirés d'une traduction de Jules Castier en 1949, sauf la partie centrale, André Maurois, 1918.

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