L'or en conclusion

La dernière médaille attribuée lors de ces Jeux Olympiques revient, une fois n'est pas coutume durant cette quinzaine, aux meilleurs.

La dernière médaille attribuée lors de ces Jeux Olympiques revient, une fois n'est pas coutume durant cette quinzaine, aux meilleurs.

Parce que sans excès de chauvinisme exacerbé, cette équipe de France-là est l'équivalent handballistique de la Seleção brésilienne de 1970, ou de la Dream Team du titre Olympique de basket des USA en 1992.

 

Jamais auparavant, une équipe n'avait surclassé ainsi la concurrence en Handball.

Cette équipe-là avait tout : des individualités extraordinaires (Omeyer, Karabatic...), un collectif parfait, une adaptation tactique sans faille et une volonté de fer. En regardant le match de poules contre la Croatie le week-end dernier, j'ai compris. Il ne pouvait rien leur arriver. Ils étaient simplement plus forts. Trop forts pour les adversaires. Il est rare de maîtriser ainsi son sujet. Même l'équipe de France de football, en 1998, n'avait pas été aussi sereine.

 

Alors, forcément, en finale, il n'y a pas eu de match. Pas de suspense. Du coup, l'adrénaline n'est pas montée en flèche, l'émotion, pour le spectateur était sans doute plus intérieure que lors d'un match à couteaux tirés, se jouant sur un seul but d'écart à la dernière minute. Soyons honnêtes, jamais les courageux Islandais n'ont réussi à inquiéter qui que ce soit. Les Islandais n'ont pas existé. Les Français les ont étouffés, les ont empêchés de faire durer le suspense, de faire naître l'espoir.

Paradoxalement, ce qui est "ôté" à l'émotion est ajouté à l'admiration : réussir en finale olympique à ce qu'il n'y ait qu'une équipe sur le terrain, avec une défense injouable (avec mention spéciale à Didier Dinart, dans un rôle exclusivement défensif très ingrat, et qui a été simplement énorme, et à Thierry Omeyer, le meilleur gardien du monde, titre mérité une infinité de fois, et qui a écoeuré littéralement les Islandais) et une attaque capable de varier ses stratégies en étant efficace dans chaque style (et Nikola Karabatic retrouvé en marqueur, alors qu'il avait su, le reste du tournoi s'inscrire en organisateur et trouver des solutions collectives), c'est très rare, et leur performance est vraiment impressionante.

 

Mais surtout, surtout, ce qui est impressionnant, c'est cette mainmise psychologique sur le tournoi. Rien ne pouvait leur arriver, parce qu'ils l'avaient ainsi décidé. Comme Julien Absalon. Comme Anne-Caroline Chausson. Comme Alain Bernard. Comme les escrimeurs du sabre et de l'épée qui savent se transcender pour le collectif. Des médailles qui se sont gagnées, non pas sur des tripes, sur le courage, mais des victoires dans la tête, construites, pensées, auxquelles on a cru vraiment. Des victoires que l'on a décidées avant l'épreuve. Et en France, où souvent l'on voue un culte aux "Poulidors", parfois au détriment des vainqueurs, c'est assez rare pour être souligné. Nos 33 médailles "d'honneur" sur les 40 glanées en témoignent parfaitement.

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