Les six premiers mois de Sarkozy vus de Matignon

Interrogés dans le cadre de notre série consacrée à François Fillon (lire le premier volet ici), deux collaborateurs du premier ministre évoquent, deux ans après, les six premiers mois du mandat de Nicolas Sarkozy.

Interrogés dans le cadre de notre série consacrée à François Fillon (lire le premier volet ici), deux collaborateurs du premier ministre évoquent, deux ans après, les six premiers mois du mandat de Nicolas Sarkozy.
Jean de Boishue, le conseiller politique de François Fillon - et son compagnon de route depuis 1971, se souvient très bien quand celui-ci, à quelques mois de l’élection de Nicolas Sarkozy, lui a demandé : «Jean, est-ce que tu crois que je serai premier ministre ?». «C'était le deal de début de campagne, dans ce tandem, chacun y trouvait son intérêt, ils étaient complémentaires, raconte-t-il. A l’époque, Fillon n’était pas dans la perspective de se rouler sur la moquette devant le président, il savait qu’il détenait une culture tandis que Sarkozy c’était "je suis la force qui va"».

 

 

Mais dès juillet 2007, le sujet «à quoi sert François Fillon ?» vient sur le tapis, à commencer dans les médias. Libération raille même le «collaborateur» du président sur ses unes des 3 et 4 juillet:

 

«Les deux hommes étaient d’accord sur la présidentialisation du pouvoir, donc lui-même s’est mis dans une position différente des autres premier ministres. Mais Nicolas Sarkozy a renchéri : "c’est mon collaborateur", etc», se souvient Jean de Boishue, qui évoque même un «bizutage de François Fillon». «L’entourage de Sarkozy disait il n’est pas à la hauteur, on moquait sa "douleur subliminale" au dos, Sarkozy montrait de l’impatience, Fillon n’allait pas assez vite, selon lui, et il l’énervait un peu».

 

 

Un autre proche du premier ministre - qui ne s'exprime qu'en off - se souvient quant à lui de «six mois de délire» du fait des «problèmes personnels de Nicolas Sarkozy». «J’étais choqué par le délire ambiant de la cour. C’était aussi l’époque du tout com’ triomphant, avec les Georges-Marc Bénamou, les Catherine Pégard. On avait des gens sans expérience - Rachida, Martinon - qui ont cru que tout était possible», nous explique-t-il, citant le G7, ce conseil des ministres bis, réunissant les ministres «chouchous» du président …sans François Fillon. «Martinon [à l’époque secrétaire général de l’Elysée et protégé de Cécilia Sarkozy], à qui du nez coule encore quand on appuie dessus, a cru qu’il pouvait recadrer le premier ministre en disant "François Fillon n’aura pas à faire preuve d’imagination, car tout est écrit dans le projet". Or c’est leur projet !».

 

 

Tous deux l’assurent, l’été 2008 a constitué un tournant. «Avec la présidence européenne et la crise, c’est le retour à des hommes d’expérience, aux conseillers de crise, Guéant, Guaino, Pérol, Soubie. Le G7 est en train de tomber, ça participe du tournant», estime le même.

 

 

«Aujourd’hui François Fillon reprend la main, affirme Jean de Boishue. Il est très bien dans ses baskets, il reprend du poil de la bête. L’épreuve de feu, c’était l’enfer de Matignon les premiers mois. Depuis cinq-six mois, la presse ne parle plus de conflits avec Sarkozy et à Matignon l’ambiance a changé». Finis, selon lui, «les aller-retours entre l’Elysée et Matignon». Terminée aussi, «l’impression qu’on n’était pas dans le coup». «Avant on n’était pas toujours au courant, on découvrait les projets de loi, l’Elysée allait plus vite».

 

 

Evoquant la cote de popularité «incroyable» du premier ministre, son conseiller politique prévient que «l’enfer de Matignon pourrait se finir comme un eldorado, au prix d’une grande rigueur. Fillon a trouvé une ligne de flottaison lié à son allure. Sarkozy est complètement déchaîné sur tout tandis que Fillon a les pieds sur terre».

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