Sarkozy au Mexique: l'Elysée a menti

Nous savons maintenant qui a payé la facture de l'hôtel El Tamarindo Beach and Golf Resort, où le couple Sarkozy a passé les nuits de vendredi et de samedi avant de retrouver, dimanche 8 mars, le président mexicain Felipe Calderón. Et c'est un sérieux démenti aux premières affirmations de l'Elysée.

Nous savons maintenant qui a payé la facture de l'hôtel El Tamarindo Beach and Golf Resort, où le couple Sarkozy a passé les nuits de vendredi et de samedi avant de retrouver, dimanche 8 mars, le président mexicain Felipe Calderón. Et c'est un sérieux démenti aux premières affirmations de l'Elysée.

 

Vendredi, pressé de s'expliquer par l'opposition, le gouvernement mexicain a, par la voix de son secrétariat pour les relations extérieures, rendu publiques les explications suivantes: «En marge de la visite d'Etat du président Sarkozy à l'invitation du président Calderon, un groupe d'entrepreneurs mexicains a mis à la disposition du président Sarkozy une résidence sur la côte de l'Etat de Jalisco pour la durée de son séjour précédent ses activités officielles».

 

Or dimanche soir 8 mars, contacté par Mediapart, Franck Louvrier, le conseiller pour la communication et la presse du président, donnait une version fort différente. «C'est le président mexicain qui invitait et, quand on est invité, on ne demande pas combien ça coûte», nous affirmait-il.

 

L'Elysée mettait ainsi le pouvoir mexicain dans l'embarras. Interrogée par la presse, interpellée par l'opposition, la présidence allait vite faire savoir, en «off», qu'elle n'avait pas payé les nuits du couple Sarkozy et de son entourage. «Les voyages privés ou les activités non officielles des dirigeants étrangers au Mexique ne sont pas pris en charge par la présidence ou la chancellerie», nous expliquait dès le 11 mars le secrétariat des relations extérieures. L'ambassade de France à Mexico s'alignait, elle, sur les déclarations de l'Elysée. Selon nos sources à Mexico, c'est pourtant l'ambassadeur de France qui avait pris grand soin de sélectionner personellement le lieu de villégiature du couple Sarkozy. Il ne pouvait donc ignorer les conditions financières de ce séjour.

 

Situées dans la réserve naturelle de Jalisco, entre la foisonnante forêt tropicale et les plages de sable blanc du Pacifique, les villas de l'hôtel, équipées de spas, golf et tennis, ont gratifié le couple d'un séjour «luxe, calme et volupté». Un séjour dispendieux aussi. Coût total du week-end pour deux: 6.800 euros, taxes incluses mais «sans les pourboires», comme le signale la plaquette de présentation de l'hôtel. Mais, qu'importe, le couple présidentiel peut bien vivre avec prodigalité, si bon lui semble : en vacances, on oublie tout. Même la note. Une note que Mediapart a évaluée, au total (en incluant agents de sécurité, etc.) à près de 50.000 euros.

 

L'opposition mexicaine n'a pas désarmé. Mario Alberto di Constanzo, ministre des entreprises publiques dans le «shadow cabinet» socialiste, indiquait avoir déposé une requête devant l'Institution fédérale d'accès à l'information publique (AFAI). Le 11 mars, sur RTL, le même Mario Alberto di Constanzo voulait bien admettre que les frais du séjour n'avaient pas été pris en charge par la présidence mexicaine mais par un proche ami du président Calderón, dénommé Roberto Hernandez Ramirez.

 

 

Figure de proue de la finance mexicaine, classé 382e homme le plus riche du monde en 2006 par le magazine Forbes, Roberto Hernandez Ramirez était le PDG de la Banque du Mexique (Banamex), deuxième banque la plus importante du Mexique, qu'il a vendue en 2001 au géant américain Citigroup. L'homme d'affaires avisé, également propriétaire de la plus grande chaîne de télévision mexicaine, Televisa, aime se présenter comme un philanthrope.

 

Sur son site personnel, un article réalisé par la revue mexicaine Poder y Negocios, daté de 2005, détaille ses bonnes œuvres : fondations pour l'enfance, Téléthon, tourisme écologique... En 2006, l'entrepreneur lance avec son entreprise Imagen y Espectáculos de Lujo de grands travaux dans la réserve de Jalisco, afin d'y installer un parc hôtelier. Plus de 200 hectares de la réserve naturelle sont urbanisés, malgré les réticences des organisations fédérales pour l'environnement. Un comble pour celui dont le cousin, Patricio Patrón Laviada, est nommé Procureur pour la protection de l'environnement (équivalent du secrétaire d'Etat à l'écologie) en 2008 par le président Felipe Calderón. Aujourd'hui, l'hôtel Tamarindo Beach and Golf Resort est géré par Luis Bosoms, son beau-fils, à travers un groupe hôtelier, Grupo Plan. Interrogé par Mediapart, celui-ci n'a pas souhaité s'expliquer.

 

Dans un communiqué publié vendredi 13 mars, l'Elysée explique que «le président Sarkozy ne connaît pas et n'a pas rencontré» Roberto Hernandez Ramirez, même si celui était présent, lundi 9 mars, au cours du dîner préparé au Palais présidentiel mexicain. Le milliardaire philantrope a ansi rendu un service de plus au président Felipe Calderon, un de ces amis de fac. Un service qu'il avait déjà rendu en 1999 à l'ancien président Zedillo, en accueillant, Bill Clinton dans une de ses haciendas du Yucatan.

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