Balkany, ce fin connaisseur des Antilles

«Je pense qu'on devrait la sanctionner. Je pense qu'elle devrait être virée du gou- vernement», a lancé Patrick Balkany, le 17 février, en commentant la sortie de Marie-Luce Penchard, ministre de l'outre-mer. (Photo ©Dominique Pipet.)

«Je pense qu'on devrait la sanctionner. Je pense qu'elle devrait être virée du gou- vernement», a lancé Patrick Balkany, le 17 février, en commentant la sortie de Marie-Luce Penchard, ministre de l'outre-mer. (Photo ©Dominique Pipet.)

«Je trouve que ces propos sont inadmissibles de la part d'un ministre de l'Outre-mer. Elle doit s'expliquer. On ne peut pas dire des choses pareilles, même dans un meeting en Guadeloupe. Quand on est ministre de l'Outre-mer, on s'occupe des Français de l'Outre-mer. On ne s'occupe pas uniquement de ceux de son département», a-t-il estimé.

En quelle qualité Patrick Balkany s'exprime-t-il? Député et maire de Levallois-Perret (Hauts-de-Seine)? Ami de trente ans de Nicolas Sarkozy et compagnon de route dans ses voyages africains? A moins que ce ne soit en tant qu'ancien exilé (fiscal) aux Antilles...

En 1997, après ses démêlés avec la justice (il a été condamné à quinze mois d'emprisonnement avec sursis, 200.000 francs d'amende et deux ans d'inéligibilité pour avoir payé trois de ses employés de maison sur la caisse de la mairie, puis plusieurs fois épinglé pour sa gestion de Levallois), Balkany s'enfuit à 8.000 kilomètres de Paris - pour «chercher la paix et se faire oublier», affirme-t-il - à Saint-Martin, petite île française de la Caraïbe où le régime fiscal est aussi flou que les eaux sont claires.

L'île possède en effet la «caractéristique étonannte», rappelait l'Express à l'époque, d'être séparée entre une partie française et une partie néerlandaise et «d'être à la fois une commune de la Guadeloupe» et «un port franc exonéré d'impôt». On n'ypaie en effet ni la TVA, ni la taxe professionnelle, ni même l'impôt sur le revenu. Là-bas, l'élu de Levallois a pu, trois ans durant, son éternel cigare à la bouche, aller de villas en villas, de soirée en soirée, aux côtés de ses amis Carlos, Stéphane Collaro et Johnny Hallyday, habitués de ce haut lieu de la jet-set.

Mais surtout, il a pu y faire son petit business, décrit ici. Notamment en reprenant RCI 2, la principale radio de l'île, essentiellement écoutée par les métropolitains, où il s'est mis à diffuser des classiques de la chanson française. Il a aussi tenté - en vain - d'acheter la SARL de presse des Iles du Nord, qui comprend les radios locales de plusieurs îles voisines, dont Saint-Barthélemy, et surtout le principal journal d'annonces de Saint-Martin, le St-Marteen's Week. Résultat, en 1998, le CSA le somme de cesser ses émissions de radio.

Parallèlement, Balkany est aussi rattrapé par les accusations de son ancien accolyte, Didier Schuller, exilé lui en République dominicaine, dans l'affaire des HLM des Hauts-de-Seine. 1999, retour en métropole. Deux ans plus tard, il remporte les municipales et retrouve son fauteuil de maire.

De cet exil doré aux Antilles, l'édile de Levallois n'en soufflera mot dans ses mémoires, parues en janvier 2010, et n'évoquera que brièvement l'«affaire Schuller» («un grain de sable qui est devenu une montagne»). Entre sa défaite aux municipales de 1995 (suivie de sa condamnation en 1996), et son retour à Levallois, en 1999, trois petites lignes: «Lorsqu'on est battu, il y a deux solutions, écrit-il. Rester et passer dans l'opposition (...). Ou s'éloigner, prendre du recul, examiner lucidement ses erreurs et laisser se dérouler le cours des choses. C'est la solution que j'ai choisie. Après ma défaite aux municipales de 1995, je suis parti. Loin. Aux Antilles. C'était toujours la France, mais c'était aussi ailleurs».

 

Lire notre critique des mémoires de Patrick Balkany, «Une autre vérité, la mienne», parues en janvier 2010.

Lire notre enquête : «Outre-mer: comment la rupture sarkozyste a cédé devant les réseaux chiraquiens».

Lire le portrait du couple Balkany dans Le Monde du 31 mars 2008.

 

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