Sarkozy, version Michel Audiard et tonton flingueur

          Un quart d'heure d'agressivité et de rage. Un pur moment furieux. Entre règlements de compte au débotté et discours programmatique au coin du zinc. Un débit à la Darry Cowl (moins le zézaiement), un ton à la Bernard Blier (période Audiard), une gestuelle à la Louis de Funès (cf. Oscar, Pouic-Pouic).

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Un quart d'heure d'agressivité et de rage. Un pur moment furieux. Entre règlements de compte au débotté et discours programmatique au coin du zinc. Un débit à la Darry Cowl (moins le zézaiement), un ton à la Bernard Blier (période Audiard), une gestuelle à la Louis de Funès (cf. Oscar, Pouic-Pouic).

Voici la version mixée par Médiapart. La totalité de la vidéo se trouve sur le site de l'Elysée dont le lien est cliquable plus bas.

Des citations d'auteurs à la mode (Carla Bruni, «Y'a quelqu'un qui m'a dit»). Un public attentif, parfois dubitatif, à tout le moins surpris voire inquiet. Dans une allocution improvisée devant les salariés d'Alstom d'Ornans (Doubs), mardi 17 mars, Nicolas Sarkozy a répondu à ses détracteurs du moment et a assené quelques sentences qui ne tarderont pas à devenir aussi cultes que les plus belles brèves de comptoirs de Jean-Marie Gourio:

«L'écologie, c'est pas qu'y ait que des jardins»;

«Je crois en mes convictions»;

«Si y'en a qu'ça les démangent d'augmenter les impôts...»;

«Avec l'allongement de la durée de la vie, y'aura de plus en plus de gens qui voudront partir faire des tours en croisière».

Le président de la République s'en est pris, dans l'ordre:

à certains des députés UMP (dont François Baroin) opposés à l'intégration de la France dans l'OTAN,

à d'autres (dont René Couanau) soucieux d'en finir avec le bouclier fiscal,

à certains sénateurs UMP (dont Jean-Pierre Raffarin) favorables à un geste en réponse à la journée de protestation sociale de jeudi 19 mars,

à certains des élus de la majorité plus occupés par les batailles au sein de leur propre camp (le duel Pécresse-Karoutchi; les têtes de listes aux prochaines régionales) que par la défense de la politique gouvernementale,

à certains ministres ravis de la disparition du G7, cette fameuse rencontre informelle des ministres chouchous du sarkozysme,

à quelques uns de ses propres collaborateurs à l'Elysée, qui commencent à trouver gênante cette manie présidentielle à passer ses vacances sur des yachts de milliardaires ou dans des résidences de grand luxe.

Le matin, avant de gagner Ornans, le président de la République avait réuni l'état-major de sa majorité à l'Elysée pour un traditionnel petit-déjeuner. Le ton était monté très fort. Notamment avec le patron des députés UMP à l'Assemblée nationale, Jean-François Copé, qui à la sortie avait reconnu «une vraie engueulade». Ceci explique-t-il cela?

Quoi qu'il en soit, il faut prendre le temps de regarder cette vidéo (ici sur le site de l'Elysée). La ressemblance du sourcil à la fin, façon Jean Lefebvre (celui des gendarmes) ne manque d'intriguer. Tout y passe: le mépris pour les journalistes, les "sachants", pour l'ancienne direction d'Alstom, la contre-publicité récurrente pour Siemens (le concurrent allemand d'Alstom) à la limite de l'incident diplomatique, la morgue à l'égard de certains de ses "amis" d'aujourd'hui dont la rigidité vertébrale laisse à désirer et à l'égard de ses ennemis d'hier... L'air de rien, Nicolas Sarkozy aura dynamité la fonction présidentielle comme personne. Conclusion présidentielle: «J'avais pas prévu de vous dire tout ça mais ça m'a fait bien plaisir de vous le dire.» Le chef de l'Etat n'est jamais autant lui-même que lorsqu'il improvise.

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