C'est à un exercice réjouissant que se sont livrés les anciens ministres Marie-Noëlle Lienemann et Paul Quilès, avec notre confrère de Backchich Renaud Chenu: imaginer les rebondissements politiques qui nous séparent de la présidentielle de 2012. Avec comme point de départ et d'orgue, en lieu et place du remaniement au rabais mais réel de novembre, une dissolution fictive qui change tout.

Pensez-donc: un Sarkozy battu dans les urnes et bataillant sans cesse pour court-circuiter l'action d'une Martine Aubry devenue Premier ministre, tentant en à peine un an de contenter ses alliés écologistes et communistes. Au fil des pages, les auteurs ne pastichent que dans le titre la série américaine «24h chrono», se gardant bien d'imaginer une planète au bord de la crise nucléaire. Mais c'est en cela que leur ouvrage tient en haleine: en se consacrant aux méandres de la vie politique française, tout en liant leur récit aux débats de fond qui animent la gauche aujourd'hui et en traçant les grandes réformes qui pourraient voir le jour sous la gauche, ils réalisent la prouesse de rendre crédible une histoire, quand bien même la réalité s'en est éloignée.

Tout au long de ce «peuple fiction», on est saisi par la crédibilité des épisodes narrées, fruit de la malice de ses inventeurs, mais aussi de leur expérience des coulisses du pouvoir. Et on s'amuse des moues du ministre des Affaires étrangères Laurent Fabius qui énervent Nicolas Sarkozy, des éternelles revendications de la ministre de l'Environnement Cécile Duflot pour imposer la taxe carbone et la taxe sur les poids lourds, de l'orthodoxie budgétaire d'un François Hollande locataire de Bercy, des coups tordus d'une Ségolène Royal présidente de l'Assemblée demandant à ce que les députés soient en charge du budget.

Les imitations des discours parfois empesés d'Aubry, des billets de blogs enflammés de Mélenchon ou des tirades grandiloquentes de Villepin valent également le détour. L'avertissement vis-à-vis de l'irrésistible ascension de Marine Le Pen, conquérant enfin Hénin-Beaumont, n'a rien de saugrenu. Enfin, les allusions aux tics journalistiques est plus que savoureuse (où l'on croise d'ailleurs, entre autres, notre collègue de Mediapart Marine Turchi, buvant des bières dans le Pas-de-Calais).

En post-face de ce roman d'anticipation jubilatoire, Lienemann, Quilès et Chenu préviennent: «Que celles et ceux qui ne se reconnaitraient pas dans le rôle qu'ils jouent dans ce récit veuille bien nous excuser (…) Il ne s'agit que d'une fiction et il ne tient qu'à eux d'en faire la preuve.» Message transmis aux seconds rôles du bouquin: Strauss-Kahn, Villepin, Joly, Besancenot ou Bayrou. A eux de faire mentir cette vision «gauche plurielle idyllique», développée avec talent par l'imagination de ces nostalgiques du front populaire, insatiables promoteurs de nouveaux Etats-généraux de la gauche.

«18 mois chrono. Une cohabitation du troisième type», éditions Jean-Claude Gawsevitch, 19,90 €

 

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Tous les commentaires

Monsieur Quilès ne devrait-il pas plutôt écrire un polar social sur la façon dont il a ruiné le Carmausin, dans le Tarn ? L'ensemble de la population déjà forte atteinte par le chômage et la précarité, dans ce pays minier, paye chaque jour les frais de ses projets mégalos (parcs d'attraction sur la mine à ciel ouvert). Pendant qu'il fait de la littérature de et pour la classe dominante politique, ses administrés eux ... payent les mots cassés de ces précédentes fulgurances d'imagination.

Il ne suffit pas de critiquer le sérail, avec les limites imposées par le sérail (le politiquement correct) pour être politiquement subversif. La vraie subversion résiderait à faire une analyse en règle de SES pratiques en temps que politique, quand il a eu un gramme de pouvoir (député du Tarn).

Les frasques de la classe dominante ne nous intéressent pas, ce qui nous intéresse c'est comment la population va un jour pouvoir à nouveau faire confiance à un de ses représentants.

Cordialement.

Sabine Jauffret, Carmausine.