Les assistés, ces inconnus sur lesquels il fait bon taper

Sous le nuage de la précarité, il y a ceux que l’on compte soigneusement, tous les ans, pour établir des courbes qui ne s’inversent pas. Et les autres. Qu’on ne compte pas, ou occasionnellement –quand ça peut nous arranger. Sous le nuage de la précarité, il y a ceux sur lesquels il est médiatiquement apprécié –que dis-je, ultra-vendeur !– de taper un peu. Ou beaucoup. Les « assistés ».

Sous le nuage de la précarité, il y a ceux que l’on compte soigneusement, tous les ans, pour établir des courbes qui ne s’inversent pas. Et les autres. Qu’on ne compte pas, ou occasionnellement –quand ça peut nous arranger. Sous le nuage de la précarité, il y a ceux sur lesquels il est médiatiquement apprécié –que dis-je, ultra-vendeur !– de taper un peu. Ou beaucoup. Les « assistés ».

Ceux-là, ce sont les bénéficiaires des aides que l’honnête contribuable leur offre : la Couverture maladie universelle (CMU) et sa complémentaire (CMU-C) ou l'Aide au paiement d'une complémentaire santé (ACS)  –voire pire, l’Aide médicale d’Etat (AME), le Revenu de solidarité active (RSA), l’Aide personnalisée au logement (APL) ou encore les allocations familiales. Sans oublier les tarifs sociaux de l’énergie.

Que des profiteurs !

Sur ceux-là, donc, un petit reportage télévisuel de temps en temps, un discours politique animé de l’envie de diviser pour mieux régner, laissent les réseaux sociaux et la fameuse « opinion publique » s’enflammer.

Pour dire combien les précaires profitent du système, combien les précaires se complaisent dans leur situation de précaire, combien ces précaires sont condamnables dans un monde où l’effort collectif, déjà demandé pour palier une crise mondiale, les finance honteusement sans qu’ils ne bougent de leur canapé.

Et si la réalité était plus complexe, sous le nuage de la précarité qui cache des profils et des situations d'êtres humains et non de chiffres et d'acronymes ?

Je suis une « précaire » et une « assistée ». Mais pas chômeuse. Je suis même diplômée, des études supérieures. Je suis appelée « autre inactive » sur les formulaires administratifs. Autant d’étiquettes qui me placent en citoyenne de seconde zone, paresseuse pour le moins. Et pourtant.

Je suis inscrite à Pôle Emploi dans une catégorie qui n’est pas comptabilisée dans les courbes qui ne s’inversent pas : travailleur indépendant pas chômeur. Je ne reçois aucune indemnité, j’ai depuis longtemps épuisé les droits que j’avais ouverts lorsque j’étais salariée. Je suis donc inscrite pour bénéficier des offres d’emploi qui passeraient éventuellement par l’agence. Jusqu’à présent, je n’ai toujours trouvé que par moi-même, mais l’espoir est encore gratuit dans ce monde marchand.

Et si ça vous arrivait ?

Je suis bénéficiaire du RSA, de la CMU-C, de l’APL, des tarifs sociaux de l’énergie. Et pour mes deux enfants, des allocations familiales. Je touche également une pension alimentaire. Toute entrée d’argent confondue, avant les prélèvements et factures incompressibles, je vis et fais vivre mes deux enfants avec quelques centaines d’euros mensuelles.

Je vous épargne le suivi quasi-policier qui accompagne les étiquettes « précaire » et « assisté ».

S’il est si enviable d’être un précaire, qu’attendez-vous pour nous rejoindre ?

Nous ne volons pas l’argent du contribuable. D'ailleurs, toute entrée d'argent lorsque nous travaillons est déduite des aides et non un petit plus dans le budget. Nous n’avons aucune envie de rester ces « précaires assistés » que votre écran plat vous permet de dénoncer sur les réseaux sociaux à coups de cent quarante caractères –lus et diffusés sur vos smartphones à plusieurs RSA– que vous pensez bien sentis, mais qui ne sont qu’injustice.

Et si un « accident de la vie » ou un plan social vous conduisait dans les démarches incessantes et épuisantes qui sont les nôtres, la vie –ou survie– dans laquelle les « assistés » se trouvent ?

Le Club est l'espace de libre expression des abonnés de Mediapart. Ses contenus n'engagent pas la rédaction.