Sur les écoutes téléphoniques : Me Thierry HERZOG est-il le symbole de quelque chose?

 

 

La Chambre de l’Instruction de la Cour d’Appel de PARIS vient de valider, pour l’essentiel, les écoutes entre Thierry HERZOG et Nicolas SARKOZY, alias Paul BISMUTH.

 On se souvient que la Présidente de la Juridiction avait ordonné la suspension de l’instruction - initiative au demeurant rarissime – et ne laissait donc pas présager l’arrêt ainsi rendu. Il faut croire que le temps du délibéré, donc de la réflexion collégiale, aura infléchi sa position première.

 L’arrêt n’est pas encore disponible et on ne peut guère que supputer en considération de l’état actuel du droit qui, bien que clair,  est emprunt de la plus grande hypocrisie :

 Car, les conversations entre un avocat et son client sont, par essence, secrètes : on doit pouvoir tout dire à son avocat, même au téléphone. De fait, lorsqu’une personne sur écoute appelle son conseil et qu’il converse d’une stratégie de défense, le policier ne pourra retranscrire la conversation et se fera un devoir de…l’oublier.

Il n’en va autrement que si la conversation révèle la commission d’une infraction par l’avocat.

On perçoit bien que ce système n’est pas satisfaisant et relève de l’artifice puisque, en toutes hypothèses, les services de police ont accès à des conversations secrètes entre un avocat et son client.

 Il serait plus simple et conforme à sa mission d’interdire par principe toute écoute - plus seulement la transcription - en espérant que le fonctionnaire se plie à cette règle, c’est-à-dire retire ses écouteurs et arrête l’enregistrement lorsque la personne écoutée appelle son avocat.

On peut toujours rêver.

 La Chambre de l’Instruction aura donc du considérer que les écoutes faisaient suffisamment ressortir la commission d’une infraction – la corruption - par l’avocat.

 

Dans l’attente de la communication du texte de l’arrêt, il convient déjà de s’arrêter sur l’intervention de l’avocat de Me HERZOG, le Bâtonnier IWENS.

 Il a en effet solennellement affirmé que « le combat pour le secret de communication entre un avocat et son client n’était pas seulement le combat de Thierry HERZOG mais le combat de tous les avocats ».

 Prendre position au nom de tout un groupement, en particulier pour un combat aussi important, est délicat d’autant qu’ en l’espèce il est mené sur des bases illégitimes.

 Car, pour s’affranchir de la contrainte des écoutes, Me HERZOG aurait acheté un téléphone, qu’il aurait fait mettre au nom d’un ami d’enfance, Paul BISMUTH, puis l’aurait remis à son client.

Paul BISMUTH, placé ainsi sous les feux brulants de l’actualité, a d’ailleurs envisagé un temps de déposer plainte pour des faits d’usurpation d’identité.

 

Et bien il me semble que cette démarche est tout simplement indigne d’un avocat : fournir à son client un TOC - Téléphone Out of Control en anglais ; un tintin en langage policier - c’est-à-dire un appareil acheté sous un nom d’emprunt afin d’interdire toute traçabilité n’est sans doute pas une infraction - encore que cela puisse amener à en commettre – mais démontre, à tout le moins, une conception malsaine de la relation avocat/client.

 Un avocat n’a pas à rendre de tels services.

 A ce compte, si le client se sent suivi par un service de police, pourquoi ne pas lui prêter sa voiture afin qu’il puisse se déplacer en toute tranquillité ?

 Et puis, ce faisant, Me HERZOG a ravalé son client, ancien Président de la République tout de même - autant dire une autorité morale… - au rang de minable petit trafiquant de drogue.

 

Décidément, si l’on doit être très attaché au principe du secret des échanges entre un avocat et son client, on ne peut pas le défendre sur cette base : celle d’un dossier qui induit aux yeux du citoyen lambda qu’un avocat peut avoir des pratiques que la plus élémentaire morale réprouve.

Ne pourrait-il pas même penser que de telles pratiques à tout le moins douteuses sont de nature à justifier précisément la légitimité de ces écoutes ?

 

 

 

 

 

 

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