Dura lex, sed lex

Un homme est mort, bien sur. Trois balles dans le dos, ça fait désordre quand même. Surtout lorsque celui qui tenait le pistolet est gendarme. Une enquête est ouverte ; il est poursuivi, mis en examen pour des faits que l'on nomme trivialement "coups mortels". L'institution judiciaire prend d'emblée parti : il n'avait pas d'intention homicide. Pourquoi pas, même s'il est plutôt dans l'habitude du Ministère Public de ratisser large au moins dans un premier temps.

Le Juge des Libertés et de la Détention ne décerne pas mandat de dépôt. Il a, à priori, raison : la détention provisoire doit être, la loi le ressasse comme pour s'en convaincre, exeptionnelle.

On imagine mal en effet qu'un militaire prenne la fuite, suborne des témoins ou exerce quelque pression que ce soit : l'enquête menée par le Juge d'Instruction ne pâtira pas de la liberté du mis en examen d'autant qu'on nous assure que son contrôle judiciaire est "strict".

Certes, le seul motif du "trouble exeptionnel à l'ordre public" aurait pu justifier une incarcération. Mais bon, les prisons sont surpeuplées et cela aurait induit que la souffrance des victimes, c'est-à-dire la famille du défunt, soit prise en considération, ce qui n'est pas du tout dans l'air du temps.

Exit donc le ressentiment d'une mère, la haine d'une soeur, l'incompréhention de tout un clan : il ferait beau voir que les victimes interfèrent de quelque manière que ce soit dans le débat judiciaire.

Dura lex, sed lex.

Nul, en outre, n'est censé ignorer la loi : il devait, ou aurait du savoir que s'évader d'une gendarmerie fait courir beaucoup plus de risques que s'évader d'un commissariat, ce qui rend dérisoire toutes les objections des "droitdelhommistes".

Cette affaire n'est en rien extraordinnaire : la justice a bien fonctionné. Elle n'a bien évidemment pas contenté toutes les parties, mais ce n'est pas son rôle.

Les détenus qui, avec la mauvaise foi qui les caractérisent souvent, ne manqueront pas d'établir un parallèle avec leur propre affaire, font fausse route.

Se rebeller au contrôle d'identité lorsque l'on est sans domicile n'est pas raisonnable et vous conduit inévitablement en détention provisoire.

Voler, frauder, abuser lorsque l'on a déjà été condamné ne peut qu'amener la délivrance d'un mandat de dépôt en raison du risque évident de réitération.

Vendre de la résine de cannabis, même dans le cadre d'un trafic misérable, est insupportable en considération des risques pour la santé publique.

Cela n'a vraiment rien à voir et ces décisions d'incarcération ne sont aussi que le reflet d'une justice qui fonctionne bien.

Dura lex, sed lex, qu'on vous dit!

 

 

 

 

 

 

 

La loi doit s'appliquer dans toute sa rigueur.

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