À la ligne, de Joseph Ponthus

Lecture d'une description à la fois crue et poétique du travail précaire en usine alimentaire et des conséquence sur l'intimité et l'intellect de la personne qui le traverse ou en est traversée.

Je l’ai acheté sans trop y croire, pour essayer… et comme on dit l’essayer c’est l’adopter !

Tout, le style, dépouillé, poétique, incisif, souvent drôle d’un humour acerbe et vif, la description précise des actes à accomplir, qu’on s’occupe de crevettes ou de vaches à tuer, les rapports entre les travailleurs, amicaux parfois, solidaires aussi mais pas tout à fait toujours, les problèmes pratiques, de transport, de bouffe, de fatigue, d’abrutissement, d’absence de soi, tout le quotidien compliqué de l’ouvrier précaire, le côté sociologique avec les conséquences sociales de la précarisation : on ne manifeste pas quand on est précaire, on ne se syndique pas quand on est précaire, on ne peut qu’adhérer de loin aux luttes des « privilégiés » qui ont un vrai poste de travail -, le côté émotion, avec cette rage de vivre, rage d’enrager des injustices, et cet amour immense pour cette femme, jeune épousée, pour laquelle il faut bien trouver une solution alimentaire, cette mère qui tous les dimanches se manifeste, la maladie de la mère aussi, et en plus, en dehors du livre lui-même, évidemment, le destin de cet homme, jeune écrivain, son livre a fonctionné, il l’a présenté un peu partout, le voilà sauvé de l’usine et de la  précarité, et là, il meurt.

Juste comme ça, il meurt. Cette mort donne une sorte de fascination rétrospective sur l’œuvre, et à certaines pages une portée presque prémonitoire (celles sur la maladie de la mère, justement).

Enfin bon, vous l’avez compris, si vous n’avez pas encore lu Ponthus, lisez-le. Et profitez-en bien, il n’y en aura plus…

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