Dream State de Son Lux

Mars 2020, confinement chez ma mère. J'ai trouvé quelques trésors musicaux et littéraires qui m'ont aidé à trouver et tenir un nouveau cap. Dans le cadre de la série d'été, je tente de les partager.

Journée sous une chape de plomb. Je suis confiné chez ma mère, à Calais. Le soir tombe déjà, j’ai rien fait de la journée. Ma mère est partie travailler et je suis seul.

Trop d’incertitudes quant à la suite de ma vie. Qu’est ce que tu vas faire ? C’est quoi la suite ? J’ai 30 ans et je suis chez ma mère, sans trop de travail.

Occupé à broyer du noir, j’allume mon PC. J’évite soigneusement facebook et scrolle sur youtube, à la recherche d’un son. Dans les suggestions, un titre de Son Lux. J’aime bien Son Lux. Je l’ai découvert en 2015 avec la bande originale du film Mon roi, une claque.

C’est sombre, aérien et sourdement sensuel. J’ai besoin de ça, à ce moment-là, blotti au fin fond du morose.

Je clique sur le lien, la vidéo se lance.

Décollage immédiat. La poussée des cordes te soulève du sol. Mes bras s’ouvrent grand, j’inspire profondément, je me lève. 

Flashs de lumière parce que ça fait trop d’oxygène d’un coup pour mon cerveau avachi.

« Days we were young we took photographs of everything we could see »

ça papillonne encore dans mes yeux fermés. Je laisse flotter la sensation. Une ivresse gratuite et sans produit, je prend. À nouveau une grande inspiration et je m’étire. 

Dehors, j’ai besoin d’être sous le ciel.

Sur le balcon, il fait déjà noir sur les jardins et sur le bout de rue qu’on aperçoit si on tourne la tête.

« invisible skin, it’s all we all begin

awake awake, this is a dream state »

État de rêve. Super, elle fait du bien cette idée. Tout cela n'est qu’un rêve.

Le confinement, la vie arrêtée, les perspectives bouchées. Oui. Un rêve. Un rêve nul mais un rêve avec un début et surtout une fin. Surtout une fin.

Les vibrations font trembler le sol et le cœur. La voix caresse et pleure.

Scansion du refrain et montée jusqu’à l’explosion :

« out of the dark day into the brighter night

out of the dark day into the brighter night

out of the dark day into the brighter night

out of the dark day into the brighter night

out of the dark day into the brighter night

out of the dark day into the brighter night »

ça défile. La nuit s’éclaire. 

Je revois tout : les soirées, la fête, 

« out of the dark day into the brighter night »

les amies, la musique, la danse, l’ivresse, 

« out of the dark day into the brighter night »

les squats, les gens.

« out of the dark day into the brighter night »

cette fille. 

« out of the dark day into the brighter night »

Deux mètres de talons, de cuir, de résille et de fascination.

« out of the dark day into the brighter night »

Je me souviens de la suite de la soirée, jusqu'à tard le lendemain matin

« How do we fell .. »

Je sais que ça finira, que la fête reprendra, que je reverrais les potes, que je la reverrais elle

« into the brighter night »

ça fait du bien l’espoir

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