Lire « Le vieux qui lisait des romans d'amour », et s'échapper vers son adolescence

Avec « Le vieux qui lisait des romans d'amour », le souvenir du prof de Philo. Il s’appelait André Bleuzet. Prof de philo, avant 68 ! avec l’atout de la jeunesse, la qualité d’une immense culture, il évoluait dans un monde de bienveillance ; nous entrions dans ses cours avec le même enthousiasme que lorsque nous quittions ce lycée prison d’avant 68.
  • Lettre à un enseignant dont on a gardé un bon souvenir.

Il s’appelait André Bleuzet.

Prof de philo, avant 68 ! avec l’atout de la jeunesse, la qualité d’une immense culture, il évoluait dans un monde de bienveillance ; nous entrions dans ses cours avec le même enthousiasme que lorsque nous quittions ce lycée prison d’avant 68. Enfin dans ces cours, nous étions libres ; non, nous apprenions la liberté, et nous ne le savions pas. De son regard, comme une ligne bleue des Vosges, il nous interrogeait sans qu’il ait prononcé un mot.
Il était de ces jeunes et talentueux profs qui ouvraient la voie aux différentes écoles de pensée ; l’époque était bénie, tout ou presque était à inventer.
Toutefois, en classe, rien de ses pensées de militant ne transpirait.
Nous avons découvert, à travers des sujets d’une affligeante banalité des univers à explorer : la banalité de la blouse uniforme que nous devions porter, ou l’impact de la sonnerie épouvantable ‘entrée » comme « sortie », sur le même tempo qui rythmait nos journées.

S’affranchir des dogmes, même si  nous étions très jeunes,  semblait pour lui le terreau fertile d’un esprit libre ; à défaut d’être éclairé. Eclairé nous le serions plus tard, au fil du temps, au fil des épreuves, au fil « des choses de la vie ».
Ensuite, cultiver la curiosité, cette richesse qu’il considérait inestimable, la curiosité de l’art sous toutes ses formes, le cinéma, celui surtout de la littérature et de la poésie, pour construire son libre arbitre, -surtout le « Libre Arbitre »-, ses propres réflexions, dans le raisonnement et la démonstration ; et le respect de « l’Autre ».
Chacun ayant son « jardin » il nous donnait, sans que nous en étions conscients, les outils de « La Liberté de Penser », les notions fondamentales « de Droits, et de Devoirs », de la liberté d’Etre, construisant les citoyens responsables, pour vivre en société.

Il s’appelait André Bleuzet, toulousain de naissance, il était un esprit libre, et c’est son nom et cette tranche de vie dont l’empreinte est si vive, qui vient à ma mémoire lorsqu’ est évoquée « La Liberté d’Expression »,
Disparu trop tôt, dans un ultime geste de liberté.

Cette pensée de François Mauriac, attachée au souvenir de ce prof exceptionnel :

« L’empreinte d’un homme sur un autre est éternelle, aucun n’a traversé le nôtre, impunément ».

 

  • Les Chemins du Temps- Géographie et Histoire.

Imaginer un Voyageur, venu de l’autre bout du monde ; faire une chronique de la France d’aujourd’hui.

JE suis le Vieux…

Je suis « le Vieux qui lisait les romans d’amour » sorti un instant de mon Amazonie dévorante, mais qui m’a finalement protégé.

Je découvre, ou je pense découvrir le pays où tout semble être possible. J’ai lu tant de romans, j’aime vos auteurs, j’aime la France, et je pense la connaître. Pas comme vous, surement, je suis frugal dans mon ascétisme, vous êtes omnivore, et plutôt épicurien. Tout vous va, vous vivez dans un pays auquel vous ressemblez : pas trop grand sous une heureuse latitude, pas de grande amplitude en température, mais avec des saisons marquées toutefois ; une diversité de bon aloi, tant sur les populations que sur la géographie. Oui, vous ressemblez à votre pays, et votre compagnie est agréable.
Nous ne nous ressemblons en rien, moi le taiseux imprégné jusqu’aux entrailles de l’humidité de ma forêt et de mon environnement que je souhaite tant protéger, me nourrissant pour survivre ; lisant des romans d’amour pour Vivre.
Vous ? Comment vivez -vous ? Pouvez -vous me dire comment ?

Ah ! OUI ! La Carte Bleue ! Je ne savais pas qu’un morceau de plastique avait tant de pouvoir… Elle est capable de faire faire des milliers de kilomètres à d’autres objets souvent en plastique, qui viendront finir un jour par encombrer nos plages et nos rivières. Quand je prie pour ma forêt, vous achetez du rêve à pas cher.

La Carte Bleue ! et la « magic connexion » (moi qui ne connaissais que la  French connexion), un univers sur la planète Terre. Imaginer un tel système relève du génie ; militaire, d’abord, mais qui mettra au pli la population de la Terre entière.
Dans ce Pays béni des dieux qui m’a fourni tant de romans, qui m’ont fait et me font rêver, qui m’ont fait m’évader de cet enfer vert, comme vous appelez l’Amazonie, je vous souhaite de garder vos illustrateurs ; ils m’ont appris à « lire » des dessins, des illustrations. Ils m’ont ouvert un horizon que je n’imaginais pas ; mon horizon, ici, c’est un rideau ; vert ; mais un rideau

Il commençait à avoir sommeil. Ah les séries françaises ! alors, il se leva, éteignit la télé. Une télé que venaient de lui échanger des chasseurs, - Mais, des chasseurs d’images, toutefois -, contre des renseignements précieux (que le Vieux égrenait de manière économe)   il se servit un verre de remontant, (un de ceux distillé par le diable (dans cet enfer..)) pour se prouver qu’il était bien vivant.
Il poussa la porte de sa cabane ; la forêt était toujours là, humide, impénétrable, son univers à lui, à qui il ressemblait.

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