Trois oeuvres qui m'apprennent encore à grandir

Originaires du Portugal, de Trieste et de Leipzig, mes coups de coeurs m'accompagnent encore, toujours. Ce sont les poèmes d'un berger, le récit d'un enfant surpris de se découvrir adulte, et un oratorio majesteux qui doit moins à la foi qu'au génie de la création musicale.

J’ai trouvé le vrai philosophe de l’instant en un berger des pâturages du Portugal. Ce berger vit comme au ralenti, avec lui, le temps s'étire le long du rayon de soleil qui lui lèche le visage, et ce sont ses pensées simplistes qui soulignent l’exceptionnel qu’il y a dans ce simple acte quotidien qu'est de vivre. Ce berger-philosophe m’a indiqué comment ralentir, afin d'apercevoir la beauté autour de moi. Cet être qui sait si bien savourer chaque moment de sa vie m’accompagne depuis, où que j’aille, et ce recueil de poèmes de Alberto Caeiro, un des multiples hétéronymes du poète portugais Fernando Pessoa, est un des cadeaux les plus intimes que je fais à des amis qui me sont chers.

Mon deuxième amour est italien. Je me souviens exactement comment j’ai découvert ce livre rare, malconnu : je travaillais dans une librairie et un collègue vidait le stock. Il distribuait des livres pour ne pas qu’ils soient mis au pilon. C’est le meilleurs cadeau qu’il me fit, ce collègue dont je ne sais plus rien, en me donnant un peu comme par hasard "La conscience de Zeno" d' Italo Svevo. L’humour de ce livre est d’une subtilité rarement rencontrée, et ce récit de maturation d’un être qui avait décidé de rester enfant est l’autre livre qui m’accompagne partout. De Italo Svevo, j’ai tout lu depuis, il n’y a pas beaucoup de livres de lui et ils sont tous excellents, mais "La conscience de Zeno" reste mon favoris.

Et puis un jour, me croyant alors déjà adulte alors que je m'aperçois, 15 ans plus tard, que ce processus n’est pas encore fini, je plonge tête première dans l’oratorio "La Passion selon saint Matthieu" de Bach. Je ne sais pas si c'était le moment spécifique de ma vie, le déménagement dans un pays dont je parlais à peine la langue, mais cet oratorio, que je connaissais déjà, m'est soudainement révélé dans toute sa puissance. C’est soudain, c’est violent, je ne suis capable d’écouter rien d’autre. Pendant près de 6 mois je n'écoute que ça, et puis un ami me fait remarquer que, si je me sens si déprimée, il faudrait peut-être écouter autre chose ! J’ai suivi son conseil et écouté ses recommandations. Mais aujourd’hui encore, cet oratorio me donne un plaisir particulièrement fort, que je réserve pour des moments particuliers.

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