Raconter le passé pour discerner l'avenir ?

En 1920, Sebastian Haffner devient magistrat stagiaire. En 1938, il quitte son pays, Après un passage à Paris, il s'installe en Angleterre. Avant le début de la Seconde Guerre mondiale, l'éditeur Warburg lui commande un livre sur son expérience. La guerre éclate et le manuscrit n'est pas publié.. Après son décès, ce manuscrit est retrouvé par son fils et est publié en 2000 (cf. Wikipedia)

Suite à un article du site cousin arret sur images, Daniel Schneiderman a évoqué la genèse de son écriture du livre sur la presse (Berlin, 1933: la presse internationale face à Hitler, Editions du Seuil, 2018) avant l'explosion de la deuxième guerre mondiale, le lourd non-dit de cette presse, et entr'autre sa lecture d'un livre de souvenirs écrit par un allemand, jeune magistrat stagiaire à Berlin, sur son ressenti dans l'Allemagne des années 20 jusqu'en 1933.

Couverture Histoire d'un allemand © moi-même Couverture Histoire d'un allemand © moi-même

J'ai voyagé dans ce court récit avec un intérêt, une curiosité insatiable. La vision d'un être raisonnable, c'est-à-dire doué de raison, dans cet univers de chaos (depuis la période de Weimar) et l'importance grandissante, au début étonnante, de la lutte contre les Juifs par l'ensemble de la population, puis de l'apparition de cet être improbable qu'était Hitler sur la scène politique, qualifié au début de grossier et violent, les tortions successives de la loi qui lui a permis de se hisser aux plus hautes places, le viol permanent de cette même loi à son profit au moyen de décrets-loi et de la résolution qui transférait au gouvernement la totalité du pouvoir législatif, la montée de la peur dans l'esprit des Allemands à la suite de l'évolution du comportement des SA, une police d'abord bonhomme et tolérante lors de leurs perquisitions, devenant peu à peu inquisitrice pour finir comme elle est restée dans l'histoire. 
Comment les libertés se sont peu à peu effilochées au fil du temps, comment le travail des "honnetes gens" a été contraint dans une atmosphère idéologique malsaine. Tous ceux qui n'obéissaient pas à l'idéologie dominante étaient contraints dans leur mouvements de tous les jours (un petit peu comme maintenant, toutes proportions gardées !) , comment la vie amoureuse du jeune témoin s'est précisée dans la fréquentation d'une jeune et belle fille juive, Lisl, dont la famille était sous les feux des lois éternellement modifiées pour limiter leur activité professionnelle, leurs allées et venues dans un Berlin sombre jusqu'à la décision de leur fuite hors d'Allemagne.
Et puis ce constat sur la société, sur l'esprit allemand qui m'est apparut comme essentiel dans cette noire évolution. Je rapporte cela de mémoire:
L'allemand est un être fidèle et accepte sans réserve le pouvoir. C'est dans son essence. Et si ce pouvoir s'avère tordu, malveillant, il lui est très difficile de ne pas obéir à ses injonctions, il ne le peut pas. Cette construction mentale est le nerf de leur comportement à travers les âges et structure le chemin vécu par ce peuple. Là ou nous sommes caractérisés par un joyeux foutoir (ceci dt en toute sympathie pour le foutoir !), une anarchie d'individualités, avec des choix qui partent dans tous les sens, le peuple germain se construit dans une homogénéité stabilisatrice, ce qui leur donne la puissance.
Et ce livre montre avec force comment toute la société à été pressée dans cet entonnoir mental à coup de petites touches permanentes. Seul ceux qui ont eu la force ou la possibilité de quitter le pays s'en sont extrait sans dommage.Cette vision de l'intérieur de l'ascension du nazisme au coeur même de la société est un témoignage édifiant des dangers qui guettent toute société qui oublie son libre arbitre.

A lire scéance tenante.

... voici 2 courts passages qui donneront une idée du contexte

extrait 1 © moi-même extrait 1 © moi-même

... et celui-ci sur une comparaison Allemagne-Europe

extrait 2 © moi-même extrait 2 © moi-même

Le Club est l'espace de libre expression des abonnés de Mediapart. Ses contenus n'engagent pas la rédaction.