Non à une laïcité discriminatoire

Le jeudi 18 avril, le tribunal correctionnel de Bobigny a jugé quatre affaires de discrimination. Nous retiendrons deux de ces affaires.

Dans la première affaire, le gérant d'un PME – juif pratiquant – refusait systématiquement d'embaucher des candidats maghrébins. Selon ce gérant, ces candidats feraient courir un risque à ses employés de confession juive. Contre cette personne, le procureur a requis une amende de 5 000 à 6 000 euros.

Dans la deuxième affaire, un homme s'est vu refuser un emploi de bagagiste parce qu'il porte une barbe trop longue et trop fournie, laissant supposer son appartenant à la religion musulmane.

Dans ces deux affaires, le procureur à requis des condamnations car nous sommes en face de cas flagrants de discrimination (dont la définition est : « mise à part d'un groupe social, ethnique ou religieux à son détriment.)

Selon la Cour de cassation (19 mars 2013), c'est également à cause d'une décision (un licenciement) discriminatoire que le renvoi d'une employée de garderie fut annulé. De fait, selon la cour, « le principe de laïcité instauré par l’article 1er de la Constitution n’est pas applicable aux salariés des employeurs de droit privé qui ne gèrent pas un service public » Ainsi, il est interdit de licencier une employée musulmane qui porte un foulard.

Que dirions-nous si le gouvernement – mécontent de la décision du tribunal – pensait modifier la loi afin de rendre légal le refus d'embauche – dans une entreprise où la majorité des employés sont juifs – de Maghrébins ?

Également, que dirions-nous si le refus d'embauche pouvait se justifier à la longueur de la barbe du postulant et à la méfiance d'un patron qui ne désire pas employer des Musulmans ?



Évidemment, il est impensable d'imaginer qu'un gouvernement pourrait agir de la sorte. La lutte contre les discriminations ne doit pas être limitée : ni à l'origine ethnique des individus, ni à leur religion.

Pourtant, suite à la décision de la Cour de cassation dans l'affaire de la garderie Baby-Loup, le Président de la République François Hollande a estimé que la loi devait être modifiée afin de rendre légal le licenciement d'une employée musulmane qui porte le foulard.

L'argument du président n'est pas inintéressant. De fait, selon lui, dans la mesure où le port du foulard est interdit dans les écoles, « il doit y avoir une certaine similitude (…) dès lors qu'il y a contact avec les enfants dans ce qu'on appelle le service public de la petit enfance. »

Ainsi, il suffit qu'une discrimination soit devenue légale (dans les écoles) pour qu'on puisse penser à la généraliser dans d'autres lieux. Dans ce cas, le port du voile deviendrait interdit dans un nombre de plus en plus grand d'endroits.

Le Président désire sans doute protéger les enfants et les faire évoluer dans une ambiance neutre (c'est-à-dire laïque). Pourtant, c'est exactement cet argument qu'avaient avancer les opposants au mariage pour les homosexuels, avant de se faire répondre qu'aucune étude scientifique sérieuse n'a pu relever un quelconque danger pour les enfants qui sont élevés dans des familles où les parents sont du même sexe.

Logiquement, nous pouvons donc demander au Président de la République et aux partisans d'un changement de la loi de la laïcité d'avancer les études qui montrent que des enfants élevés dans une garderie dans laquelle une des employées porte un foulard sont en danger.

En l'absence de telles études, on peut se demander ce que valent les arguments des partisans du mariage pour les homosexuels qui estiment ne pas mettre en danger les enfants qu'ils élèvent. La logique doit rester la même dans tous les cas.

Il est sans doute naïf de croire que l'absence de telles études permettra une réflexion plus profonde sur un éventuel changement de la loi. Depuis l'interdiction du port du foulard dans les écoles, la France adopte un discours sur la laïcité qui s'apparente de plus en plus à celui de l'extrême-droite. Après l'interdiction du foulard dans les écoles, la loi est venue interdire le port du voile complet (le niqab) dans la rue. Dans quelques mois, c'est le port du foulard dans certaines entreprises qui risque de devenir interdit.

Le chemin qui est suivi par cette logique est dangereux, discriminatoire et vexant. Une discrimination en est une, même lorsque la loi l'autorise. L'honneur de la France ne sort pas grandi par ce combat d'un autre âge.

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