PIÈGES ET MAIN D’ŒUVRE

CHRONIQUE DE JUILLET par Dan

Contenu

PIÈGES ET MAIN D’ŒUVRE 1

Un second sale tour qui sent la poudre. 1

Luna-park ?. 2

La société si vile de Macron se réinvente. 2

Concertation, dégraissages et « Bovid ». 2

L’ÉTAT-ROI ?. 3

Travailler pour vivre ! 4

L’heure de la revanche. 4

 

Le pouvoir s’est fracassé sur le mur des municipales. Tout comme la dernière fois, en 2014, lorsque le Premier ministre « hollandais » Jean-Marc Ayrault avait été débarqué à l’issue de ce scrutin. Le remplaçant d’Edouard Philippe a été livré clé en main par Nicolas Sarkozy. Un peu comme si Emmanuel Macron était un mélange synthétisé de Hollande et Sarkozy ».

 Comme disait Bernard Blier dans un film de Michel Audiard : «  j’ai déjà vu des faux-culs mais vous êtes une synthèse ».

 Reste à savoir lequel est l’autre : Mac ou Sarko ? En tout cas, au bal des faux types, ils ne sont pas les seuls. Marine Le Pen y ajoute sa tête de faux témoin en attribuant au Rassemblement National des villes qu’il n’a pas « prises ».  Lire ici : https://oeilsurlefront.liberation.fr/les-intox/2020/07/03/municipales-les-maires-imaginaires-du-rassemblement-national_1793240

 

Un second sale tour qui sent la poudre

Le tout se passe sur fond d’hécatombes transformées en victoires. Comme celles-ci :

Monsieur Philippe, élu par 24% des électeurs inscrits.

Madame Hidalgo, élue par 17% des électeurs inscrits.

Madame Aubry, élue par 12% des électeurs inscrits.

Un des sondages Ipsos commenté lors de la lugubre soirée électorale nous donne une indication qui sent la poudre : dans les préoccupations des personnes interrogées ce jour-là, le système de protection sociale se place en première position. Les invités rentrent alors la tête dans les épaules. Impavide, le socialiste Olivier Faure, arborant comme toujours sa frimousse confite d’affable mollusque, répète encore qu’un bloc social écologique est en cours de téléchargement. A Paris, ce bloc compact socialo-écolo est maintenant doté d’une conseillère de Paris en charge de l’agriculture, Audrey Pulvar. Le ridicule ne tuant pas, ce « ministère » local aurait sans doute plu à Alphonse Allais.[1]

Luna-park ?

Désolé pour la remarque qui suit, mais la ville-lumière ressemble de plus en plus au Luna-park qu’avaient imaginé messieurs Speer et Hitler lors de leur visite furtive à Paris. Quant à la ceinture rouge, elle s’est terriblement délavée.

A telle enseigne que le bastion d’Aubervilliers a été ravi par l’UDI. A la Libération, cette commune était dirigée par le communiste Charles Tillon. Puis, ce dirigeant ayant été exclu du PCF en 1953, un autre cadre politique ouvrier du PC avait pris sa place à la tête de cette ville frontière entre Paris-nord et le 9-3. Ensuite, une instabilité locale s’y est installée. Cette fois-ci, madame Karine Franclet, du Centre-droit issu de la démocratie chrétienne, a obtenu 4668 voix sur un total de 29 605 électeurs inscrits, soit 15,76% des voix réelles, lors d’une triangulaire. … La voilà devenue maire.

La société si vile de Macron se réinvente

Mais déjà, on est passé à autre chose. Un gouvernement « réinventé » se met en place. Monsieur Castaner se raidit en  victime d’un « laminage politique ». Il est pis que défenestré, il est déministré. La société-si-vile de Macron s’incarne désormais sous les traits d’un nouveau ministre de la Justice, le sieur Eric Dupont-Moretti Et qui mieux qu’une pharmacienne peut incarner la Culture ? Les media haletantes annonçaient « de grandes surprises » autour de ce remaniage ministériel. On a connu des suspens plus époustouflants dans la série télé « des jours et des vies ». Allons-nous phosphorer, nous aussi, sur « l’Hyperprésidence » ?  C’est la thèse que soutient un éditorialiste du Parisien (David Doukhan), ce 6 juillet au soir :

Le plan d’Emmanuel Macron est risqué. En nommant un Premier ministre super coordinateur, et des ministres sur-vitaminés, il accepte et assume pour les deux ans à venir l’hyper présidence.

Concertation, dégraissages et « Bovid »

A priori, nous pensons plutôt que le chef de l’État va se cacher derrière ce gouvernement remixé  en catastrophe. La conduite des opérations reposera d’abord sur les épaules de messieurs Darmanin (Intérieur) et Le Maire (Economie). Il restera alors à Castex le soin de régenter la Concertation indispensable pour agencer le surcroît de travail des uns et la mise en « réserve » des autres, incontournable pour licencier, pour sous-traiter.

C’est le moment de citer le camarade Philippe Martinez qui, prenant un air  sibyllin, confie au micro de LCI :

« "Les premiers dossiers" évoqués par #JeanCASTEX "c'est des vieilles choses qui ont montré que ça ne faisait pas consensus et que ce n'était pas idéal en terme de dialogue...". « mais on le verra dans les jours qui viennent »                    

Lire ici : https://twitter.com/i/status/1279810745438556160  

Faut-il épiloguer ? Vraiment ?

Les directions confédérales des syndicats se coulent dans le moule des TRACTATIONS TRIPARTITES PERMANENTES Patronat-Syndicat-État. Et, ce, depuis l’intronisation de monsieur Macron.

Cette sorte de syndicalisme asservi impulsé par en haut fait des dégâts en bas. Ainsi, à Safran- Issoudun, un accord avec le Patronat est quasiment ficelé :

Le représentant FO salue un accord "juste et mesuré, où chacun fait des efforts : le conseil d'administration gel ses dividendes, les salariés voient leur rémunération baisser avec le chômage partiel et des primes en moins... Mais cela doit permettre de sauver des emplois en baissant la masse salariale grâce à des départs volontaires".[2]

Il n’y aurait qu’un seul coupable : le Covid. Là, ce serait plutôt le Bovid, une affection qui frappe certains bureaucrates syndicaux dans certains grands groupes industriels. Répétons-le sans relâche : la catastrophe économique et financière a précédé la pandémie. Pour la juguler, il faut faire suer le burnous aux uns – Travailler plus pour gagner moins- et faire chômer les autres, le mieux étant de les mettre à disposition des « Territoires » pour les employer à des travaux d’utilité collective, sous peine de ne rien toucher.

Pour autant, ce dispositif de contrainte qui lie les directions syndicales à l’État n’est pas étanche, il est sans cesse bousculé par la colère des masses. Ainsi, parmi les « vieilles choses qui ont montré qu’elles ne faisaient pas consensus » (Martinez dixit), il y a la réforme antiretraite que le pouvoir veut « relancer ».  Cela s’appelle  désormais «  Dossiers retraite et temps de travail ». Or, à ce coin du tournant, les chefs généraux FO et CFDT commencent par s’ébrouer :

"On est dans une situation très compliquée économiquement et socialement", a souligné le secrétaire général de la CFDT, pour qui "la priorité des priorités, ça doit être l'emploi".

Après les longues grèves de décembre et janvier, puis le recours au 49-3 à l'Assemblée début mars, "on risque de rouvrir de la tension, un conflit social", a, pour sa part, mis en garde Yves Veyrier sur Europe 1.

"Ce n'est vraiment pas le moment de remettre ce dossier sur la table", a insisté le leader de FO, qui entend prendre attache avec les autres dirigeants syndicaux et patronaux pour envoyer un message commun au président de la République: "Il faut qu'on lui dise non".[3]

C’est juste « pas le moment », ou bien ?

L’ÉTAT-ROI ?

A tout le moins, Laurent Berger, fidèle à lui-même, dit fort et clair ce qu’il veut : une conférence sociale et écologique. C’est-à-dire le système de discussions tripartites « piloté » par l’État dont nous venons de parler. L’État-roi ayant le dernier mot, comme de bien entendu. Une conférence sociale « globale » qui tordrait le cou, une bonne fois pour toutes, à nos retraites et aux lois, règlements qui limitent le temps de travail, voilà ce que veut Berger. Sa mère supérieure, Nicole Notat ne voulait-elle pas une durée du temps de travail calculée sur la durée moyenne de la vie des salariés… Même pas sur l’année, le mois et encore moins sur la semaine et la journée.

Seulement voilà, « ce n’est pas le moment » a dit Yves Veyrier.

Réponse de Castex :

« Je vais rouvrir le dialogue, toutes les organisations syndicales viendront discuter avec moi et nous nous mettrons d'accord sur une méthode et un calendrier.»[4]

Travailler pour vivre !

Seulement voilà, le pouvoir n’a pas d’autre choix que de chercher à tout précipiter car, en fin de compte, Macron-Le Maire ne décident que de « l’art et la manière de servir » la commission de Bruxelles, la Banque centrale de madame Lagarde et, à travers ces organismes multinationaux, le Capital financier (banques et industries confondues).

Seulement voilà, les travailleurs, les jeunes et la population n’ont pas d’autre choix que la riposte. Pour travailler et vivre, travailler pour vivre, vivre pour nous-mêmes et pour nous tous.

Ainsi, à Lannion (Côtes d’Armor), c’est la population qui a manifesté avec les salariés de Nokia. Du coup, a rapporté  Ouest-France:

 « On demande le retrait pur et simple de ce PSE [5] », indique Bernard Trémulot, de l’intersyndicale.[6]

 

L’heure de la revanche

Nous sommes maintenant le 8 juin. Les media accréditées  fondent sur le nouveau ministre de la Justice, son entrée dans l’enceinte de l’Assemblée nationale a semé les moqueries dans son sillage.

Est-il là pour garder des Sceaux ou pour assurer la garde rapprochée de son collègue ministre de l’Intérieur qui venait juste d’être placé dans le collimateur des magistrats ?

Plus près de nos préoccupations concrètes, nous apprenons que 9 des plaintes de médecins et de personnels médicaux contre Philippe-Buzyn-Véran devant le Cour de justice de la république vont être instruites : « Au terme de la procédure, M. Molins est désormais tenu de saisir la commission d’instruction de la CJR, qui agira comme un juge d’instruction et mènera les investigations. » De même, le rapport  de la Fédération nationale des sapeurs-pompiers de France (FNSPF) contre la « gestion » du Covid par le pouvoir[7] ne saurait rester sans suite.

Oui, tout le monde déteste le pouvoir.

 

 

 

Merci à toutes celles et ceux qui nous lisent. Bien à toutes et tous.

 

 

 

[1] « On devrait construire les villes à la campagne car l'air y est plus pur !" avait écrit l’humoriste normand Alphonse Allais (1854-1905) qui était aussi un fin conteur et un fin lettré.

 [2] https://www.francebleu.fr/infos/economie-social/un-accord-de-groupe-en-passe-d-etre-signer-chez-safran-pour-eviter-des-plan-sociaux-1594129864

[3] https://www.boursorama.com/patrimoine/actualites/reforme-des-retraites-la-cfdt-et-fo-refusent-de-reprendre-les-discussions-55bb94625f02d4360b3750f783d8967a

[4] https://www.lefigaro.fr/social/reforme-des-retraites-jean-castex-relance-les-negociations-et-en-vitesse-20200708

[5] PSE : Plan de Sauvegarde de l’Emploi : en novlangue macronique, cela veut dire : plans de licenciements et de fermetures d’usines, d’ateliers, de dépôts, de services.

[6] https://www.ouest-france.fr/bretagne/lannion-22300/nokia-manifestation-a-lannion-pour-soutenir-les-salaries-6894236  

[7] https://www.lemonde.fr/planete/article/2020/07/05/coronavirus-un-rapport-au-vitriol-des-pompiers-denonce-la-gestion-de-la-crise_6045258_3244.html

 

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