Sociopathie en période de Pandémie

TRIBUNE LIBRE Voici la première tribune libre- contribution de notre Edition. Son auteur livre un premier aperçu sur le rapport entre politique et psychologie qui est, bien entendu, une question ouverte, à creuser. Nous le remercions chaleureusement de donner son point de vue. Comme toujours : à suivre et à débattre.

8 Avril 2020, Rédigé par Zwinker



Peut-être est-il temps de tirer la sonnette d'alarme. Les événements actuels font tomber les masques(1) en cascade et mettent l'accent sur ce qui est devenu une évidence : l'existence d'une pandémie. Ce mal dont est atteinte une frange non négligeable de la population mondiale et qui saute aux yeux depuis le début de la crise du coronavirus covid-19, c'est la sociopathie.

 

Le terme "psychopathie" serait tout aussi juste, mais il fait tellement penser aux "tueurs en série", qu'il pourrait être mal interprété. Quant à l'appellation – plus à la mode – "perversion narcissique", nous la laisserons de côté, car elle brouille les pistes plus qu'elle ne les ouvre. Toutes ces notions sont issues d'un même problème psychique : "le trouble de la personnalité antisociale".

Alors qu'est-ce que la sociopathie ? C'est rien de moins que l'absence, chez un individu, de toute conscience morale. Le sociopathe ne connaît pas l'empathie émotionnelle(2), la compassion, le remord, la vergogne, la culpabilité ou même la peur. Tous ces sentiments, toutes ces émotions qui nous font faire preuve d'humanité à chaque seconde de notre vie, les sociopathes ne les ressentent pas.

Ce ne sont pour eux que des concepts étranges, mais qu'ils sont souvent capables de mimer avec beaucoup de talent. Face à des gens normaux, ils sont en représentation permanente pour arriver à leurs fins et cela fonctionne d'autant mieux que l'immense majorité de la population n'a pas idée de l'existence de ces êtres humains sans humanité. Mais nous n'allons pas expliquer ici en détail ce qu'est la sociopathie, Martha Stout, une psychologue américaine, l'a déjà très bien fait dans la préface de son ouvrage The sociopath next door.

Alors quel rapport entre la sociopathie et la crise du covid-19 ? À peu de choses près le même qu'entre la sociopathie et toutes les crises sociales,  mondiales, locales, familiales, professionnelles de par le monde. Sans doute nous direz-vous que la ficelle est un peu grosse, le raccourci un peu facile, le bouc émissaire bien opportun. Pourtant vous verrez que nous n'avons pas ici pour but de dénouer tous les problèmes du monde et d'en livrer une solution clé en main, mais simplement de faire un constat, un simple constat qui permettra de changer radicalement de point de vue sur nos sociétés et leurs cortèges de tracas interminables.

Devant les actes – délibérés ou non –, les postures, les mines, les déclarations, les décisions de nos personnalités politiques, de nos grands patrons, de nos journalistes, nous est-il possible de nous poser des questions sur leur humanité, sur leur équilibre mental ? Mêmes interrogations pour les avocats, les dirigeants syndicaux, les hauts fonctionnaires, les banquiers, les magistrats, les médecins et autres scientifiques... Nous ne parlerons aujourd'hui que de personnes "sur le devant de la  scène", les membres les plus médiatiques de ces corporations qui charpentent notre société, qui régissent finalement nos vies quotidiennes. Si les sociopathes existent à tous les niveaux de nos sociétés, la plupart d'entre eux n'a pas les moyens de nuisance des "puissants".

Souvent, des noms d'oiseau fusent à la simple vue de certains de ces "VIP" médiatiques. À l'inverse, ils peuvent en subjuguer d'autres. Comme on dit, "ils laissent rarement indifférents". Que nous soyons séduits ou haineux, nous ne pouvons qu'être ébahis par l'assurance dont ils font preuve lorsqu'ils nous promettent "du sang et des larmes", sans ciller, sans la moindre étincelle de compassion, avec juste une sorte de morgue perpétuelle. Qui de sensé ne s'est pas demandé comment ils pouvaient vivre avec ce qu'ils infligent à des centaines de milliers de personnes en une simple déclaration, un simple sarcasme, un simple petit mot, une simple signature, un simple rictus même.

D'aucuns veulent voir dans ces comportements, qui paraissent inaccessibles au commun des mortels, la preuve d'un complot, d'un plan auquel obéiraient ces politiciens et autres magnats. Pourquoi ne pas plutôt regarder du côté du plus simple ? Pourquoi ne pourrait-on pas envisager que ces illustres personnalités manquent tout bonnement de certaines capacités physiologiques ?

Des scientifiques ont découvert, grâce à l'imagerie par résonance magnétique (I.R.M.), que les cerveaux des psychopathes ne fonctionnent pas comme ceux de l'immense majorité d'entre nous. Nombre de sentiments, d'émotions parmi ceux qui font de nous des êtres sensibles, humains, sont totalement absents du psychisme de ces humanoïdes. Rassurez-vous, nous n'allons pas prôner ici un dépistage géant afin de mettre hors d'état de nuire tous les sociopathes de la Terre. IRM pour tout le monde ! Les gentils de ce côté, les sociopathes direction l'échafaud ! Non,  encore une fois, nous ne cherchons qu'à éveiller la réflexion, l'exploration de nouvelles pistes.

Nous ne serons certainement jamais en mesure de savoir à coup sûr qui est effectivement sociopathe et qui ne l'est pas. D'ailleurs, la loi n'interdit nullement d'être un sociopathe. Ce que nous pouvons aisément faire en revanche, c'est distinguer les paroles et les actes de nature sociopathique.


La crise du covid-19 nous fait, bien malgré nous, baigner dans la recherche médicale et pharmaceutique. Ainsi l'on apprend que pour décider de l'efficacité ou non de tel ou tel médicament, il existe ce que l'on appelle des "études d'observation". Voilà quelque chose qui semble à notre portée, n'est-ce pas ? Observons les décideurs politiques ou autres, observons leurs attitudes, leurs mots, leurs idéologies, puis autorisons-nous à déterminer leur degré d'humanité. Autorisons-nous à constater qu'une personne agit de manière sociopathique ou qu'un système politique repose sur une considération sociopathique du peuple qu'il est censé régir.

Mais qui serions-nous donc pour oser juger, diagnostiquer ? À cela nous répondrons que toute personne pourvue d'humanité est en droit d'émettre un jugement. Quiconque ressent au fond de lui le remord, la compassion, la tendresse, la culpabilité est en capacité d'effectuer une sorte d'examen clinique sur l'attitude d'un individu, d'un groupe, d'un système.

Le milieu médiatico-politique français actuel regorge de cas d'école. Depuis la fin de l'ère Chirac, tous les filtres semblent s'être évanouis. Le culot, l'arrogance et le cynisme de nos dirigeants n'ont plus de bornes, c'est terminé. Prenez un responsable politique en défaut et vous verrez qu'il ne s'encombrera même plus de dénégations, de profil bas, encore moins d'excuses. Aujourd'hui, ils ASSUMENT. Si encore ils respectaient le sens du verbe "assumer", nous pourrions nous estimer heureux, mais ce n'est même pas le cas. Quand ils déclarent assumer, ils ne font finalement que reconnaître des faits en ajoutant qu'ils les revendiquent et referaient exactement la même chose s'ils avaient la possibilité de revenir en arrière. Comme nous pouvons le constater chaque jour, aucune velléité d'assumer leurs responsabilités ou d'assumer les conséquences de leurs actes en faisant amende honorable, non, surtout pas. "J'assume" signifie pour eux "oui, je l'ai fait et alors ?"

Mais nous ne vous apprenons rien, vous voyez exactement de quoi il est question. Alors pourquoi mettre l'accent sur ce qui est déjà à la vue de tous ? Justement pour démontrer que plus une chose est évidente, moins on la remarque. Nous baignons depuis notre naissance dans une société à caractère sociopathique, où l'important n'est pas le bien-être généralisé mais la compétition et l'évaluation sans fin. Chaque individu sent peser sur lui une pression de chaque instant, mais les discours sociopathiques en ont fait LA norme incontournable. Vous êtes dans une situation sociale, économique ou familiale douloureuse ? Vous le méritez. Vous voulez vous en extirper ? Alors usez de procédés sociopathiques pour vous en sortir que diable ! Écrasez votre collègue, votre voisin chez qui l'herbe est forcément plus verte, mentez, escroquez, vendez-vous... Vous avez des états d'âme ? Allons bon... vous vous croyez chez les Bisounours ? "Aujourd'hui c'est chacun pour soi !" Vous n'êtes pas prêt à tuer père et mère pour entrer dans le moule ? Mon pauvre Monsieur, ma bonne Dame, vous n'êtes que des faibles.

Notre société nous a inventé un mode de vie délétère mais que nous rechignons à vilipender sous le prétexte d'une apparente opulence matérielle. Il nous arrive une tuile ? Ne nous plaignons pas, il y a pire... Et toujours ces injonctions à paraître heureux, à se déclarer heureux. Comment ne pas se dire heureux dans une existence que nous avons consenti à subir ? Aujourd'hui, on "prend la vie du bon côté", on voit "le verre à moitié plein", "quand on veut on peut", il suffit de "se donner les moyens",  les râleurs sont des perdants, on aime la vie, on aime les gens, bref on est heureux. Les salles d'attentes des psys ne désemplissent pas, les antidépresseurs et autres anxiolytiques font toujours un carton dans le classement des ventes de médicaments, mais tout le monde est heureux...

Les sociopathes eux, ne souffrent pas psychologiquement. Combien connaissez-vous de dirigeants politiques à avoir dû être admis en urgence à l'hôpital pour dépression nerveuse sévère ? La réponse a toutes les chances d'être très proche de zéro. Essayons d'être lucides. Comment un être normalement constitué pourrait-il endurer de telles responsabilités sans broncher ? Comment un être normalement constitué pourrait-il imposer des mesures violentes et injustes à des millions de personnes sans même esquisser un soupçon de gêne ? Comment un être humain pourrait-il un jour faire voler en éclat les droits sociaux de toute une population, puis s'envoler tranquillement le lendemain, passer un week-end aux sports d'hiver. ?
En seriez-vous capable, vous ?

N'avez-vous jamais l'impression que l'on se moque de vous ? Nos maîtres politiques que nous avons le malheur et la bêtise de nommer nos "représentants" nous abreuvent de concepts absurdes. Ainsi ils nous assènent de grandes phrases sur la "valeur travail", ils conspuent les feignants qui profitent du système sans travailler en se gavant soi-disant d'aides sociales. Que sont donc ces beaux moralisateurs, paternalistes, infantilisants et condescendants ? Peut-être serait-il temps de n'y voir qu'une clique de défenseurs d'un système politique et économique, permettant à une minorité d'engranger toujours plus de dividendes, c'est à dire des revenus financiers qui ne nécessitent pas la moindre minute de travail pour tomber dans leur poche, qui ne nécessitent que le travail de ceux qu'ils méprisent...

Alors oui, ils sont parmi nous, tout-puissants, des humanoïdes à la tête des êtres humains. Nous ne sommes pas en guerre contre eux, ils nous ont matés depuis des lustres. Nous ne sommes que leur chiourme dans un bagne à ciel ouvert. Une illusion de liberté qu'ils entretiennent depuis des dizaines et des dizaines d'années. Mais l'illusion s'effrite chaque jour un peu plus. Ils ont tellement pris d'assurance que, dans l'ensemble, ils ne sont même plus conscients de nous exploiter, plus conscients d'être des humanoïdes. Ils ne se voient que comme nos semblables, mais supérieurs et méritants.

Fin de l'histoire ? Pas si sûr. Nous savons que leur meilleure arme face à nous, c'est la ressemblance physique parfaite avec les êtres humains pourvus d'une conscience morale, associée à notre candeur, notre naïveté, qui nous empêche d'imaginer qu'il puisse exister une espèce de "semblables" aussi différents. Nous en sommes toujours à penser que nous avons tous "une part d'ombre" qui sommeille en nous. Les sociopathes ne seraient que des "nous", juste un peu plus "durs", avec plus de sang-froid, légèrement plus intransigeants, à peine un peu plus insouciants, un brin plus violents, un poil plus cyniques, un tout petit chouia plus inquiétants...

Si leur force c'est leur masque, démasquons-les, observons-les et faisons-leur comprendre que nous savons.



 

  1. Sans aucun mauvais jeu de mots...
  2. À ne pas confondre avec l'empathie cognitive dont les sociopathes ont la capacité. Ils savent déceler ce que ressentent les autres mais pour l'utiliser à leur avantage, ils ne ressentent pas eux-mêmes l'émotion de l'autre. (Plus d'info...)

 

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