L'affaire KOHLER ou le mépris de "la culture française"

En intervenant directement au soutien d'Alexis KOHLER, le Président de la République prend le risque de s'embourber un peu plus dans une affaire gravissime en ce qu'elle met en cause le Secrétaire général de l'Elysée. Il confirme surtout son mépris de "la culture française", en piétinant un principe théorisé par MONTESQUIEU : la séparation des pouvoirs.

Alors quoi, la séparation des pouvoirs serait devenue une vue de l’esprit ?

Le Pouvoir judiciaire, qui n’est dans la Constitution qu’une « autorité », peut-il, sans appeler de réprobations unanimes, être piétiné par le Président de la République lui-même ? Peut-il, sans qu’aucune autre autorité s’en émeuve, recevoir des ordres du Pouvoir exécutif  dans une affaire qui, quelle qu’en soit l’épilogue, est gravissime en ce qu’elle met en cause le Secrétaire général de l’Elysée.

Les faits sont simples.

Médiapart soulève un lièvre, un autre : Alexis KOHLER aurait barboté, durant son passage au Ministère des Finances, dirigé alors par un certain Emmanuel MACRON, dans un conflit d’intérêt majeur.

Dès l’annonce de l’ouverture d’une enquête préliminaire par le Parquet National Financier, l’Elysée se fend d’un communiqué pour expliquer qu’il n’y a pas de dossier, qu’Alexis KOHLER aurait toujours été transparent sur sa situation.

Il serait « d’une probité exemplaire », selon le Président de la République, lui-même.

Ce postulat a été posé lors de son déplacement au Canada ce qui, au passage, donne du relief à cette affaire puisqu’il va jusqu’à violer la pratique, qui veut que le Président n’évoque pas à l’étranger des considérations de politique intérieure.

Dès lors, on peut d’ores et déjà annoncer que Monsieur KOHLER sortira blanchi de cette ténébreuse affaire.

Car les fonctionnaires de police et les membres du Parquet qui s’occupent de cette enquête n’ont d’autre choix que de plier devant l’oukase présidentiel : leur patron, et pas n’importe lequel, celui qui est au sommet de la pyramide de leur hiérarchie, vient de leur intimer l’ordre de ne rien trouver. De faire, forcément, choux blanc.

Parce que dans le cas contraire, s’ils mettaient la main sur LE document ou LE témoignage qui démontrerait le conflit d’intérêt, ce ne serait plus seulement Alexis KOHLER qui serait dans la nasse : le Président de la République, qui s’est porté garant de son collaborateur, s’y trouverait aussi. Mais lui, il se serait mis dedans tout seul.

Et finalement, sortir le dossier ne serait pas seulement mettre en difficulté un haut fonctionnaire, fut-il pilier de la Macronie.

Ce serait ouvrir une crise politique de laquelle le Président sortirait forcément diminué.

Car il devra, alors, faire face à une alternative cruelle : soit il connaissait la situation et il serait malhonnête ; soit il ne la connaissait pas et il serait incompétent.

Encore que l’on puisse douter que cela change quoique ce soit : ses deux derniers prédécesseurs ont démontré avec un certain brio qu’au sommet de l’Etat la malhonnêteté et l’incompétence pouvaient ostensiblement régner en maitre.

Notre Président, qui aime citer les auteurs étrangers, devrait lire un philosophe français, qui a un peu marqué « la culture française », en théorisant, entre autre, le principe de la séparation des pouvoirs.

« La liberté politique, écrit MONTESQUIEU dans l’Esprit des lois, [n’existe que là où] on n’abuse pas du pouvoir ; mais c’est une expérience éternelle, que tout homme qui a du pouvoir est porté à en abuser ; il va jusqu’à ce qu’il trouve des limites. (…) Pour qu’on ne puisse abuser du pouvoir, il faut que, par la disposition des choses, le pouvoir arrête le pouvoir »

 

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